Bibliothque portative des crivains franois, ou choix des meilleurs morceaux extraits de leurs ouvrages, en vers. Par m. Moysant, 3 3-4

Franois Moysant
1803
 

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10 - La mort a des rigueurs nulle autre pareilles ; On a beau la prier, La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles, Et nous laisse crier. Le pauvre en sa cabane, o le chaume le couvre, Est sujet ses lois ; Et la garde qui veille aux barrires du Louvre N'en dfend point nos Rois.
197 - Encor si vous naissiez l'abri du feuillage Dont je couvre le voisinage, Vous n'auriez pas tant souffrir ; Je vous dfendrais de l'orage : Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent. La nature envers vous me semble bien injuste.
37 - En courroux, comme vous, on ne me voit point tre; Je prends tout doucement les hommes comme ils sont, J'accoutume mon me souffrir ce qu'ils font; Et je crois qu' la Cour, de mme qu' la ville, Mon flegme est philosophe, autant que votre bile.
36 - J'entre en une humeur noire, en un chagrin profond, Quand je vois vivre entre eux, les hommes comme ils font ; Je ne trouve partout, que lche flatterie, Qu'injustice, intrt, trahison, fourberie; Je n'y puis plus tenir, j'enrage, et mon dessein Est de rompre en visire tout le genre humain.
106 - Vous ne dmentez point une race funeste; Oui, vous tes le sang d'Atre et de Thyeste : Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfin Que d'en faire sa mre un horrible festin.
106 - N'a pas, en le traant, arrt votre main ? Pourquoi feindre nos yeux une fausse tristesse ? Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse ? O sont-ils ces combats que vous avez rendus ? Quels flots de sang pour elle avez-vous rpandus ? Quel dbris parle ici de votre rsistance ? Quel champ couvert de morts me condamne au silence ? Voil par quels tmoins il fallait me prouver, Cruel, que votre amour a voulu la sauver.
197 - Le chne un jour dit au roseau : "Vous avez bien sujet d'accuser la nature : Un roitelet pour vous est un pesant fardeau. Le moindre vent qui d'aventure Fait rider la face de l'eau Vous oblige baisser la tte : Cependant que mon front, au Caucase pareil, Non content d'arrter les rayons du soleil, Brave l'effort de la tempte.
46 - Ces gens qui, par une me l'intrt soumise, Font de dvotion mtier et marchandise, Et veulent acheter crdit et dignits A prix de faux clins d'yeux et...
37 - Cette grande roideur des vertus des vieux ges Heurte trop notre sicle et les communs usages ; Elle veut aux mortels trop de perfection : Il faut flchir au temps sans obstination ; Et c'est une folie, nulle autre seconde, De vouloir se mler de corriger le monde...
163 - Un clerc, pour quinze sous, sans craindre le hol, Peut aller au parterre attaquer Attila ; Et, si le roi des Huns ne lui charme l'oreille, Traiter de visigoths tous les vers de Corneille.