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4. Bahalul, quelessaillies deson espritfirentsu nommeral-mégun, c'est-à-dire, lefou, mérita, parses reparties ingénieuses, son humeur enjouée, ses traits viss et facétieux, la confiance et l'estimc du calife Haroun-AlRaschild, qui lui donna toute sorte de liberté dans sa cour. Ce prince lui dit un jour defaire le catalogue des sous de la ville de Bagdad : « Cela n'est pas aisé # faire , « lui répondit Bahalul; mais ordonnez-moi de faire la « liste de tous les sages, et vous serez bientôt satisfait.» Quelqu'un, pour se moquer de lui, vint lui dire que le calife lui avoit donné la charge de maître des ours, des loups, des renards et des singes de son empire. Bahalul lui répondit aussitôt : « Venez donc me rendre hom« mage, carvous voilà devenu un de mes sujets. » Etant entré dans la salle des audiences du prince, et voyant son trône vide, il s'y placa. Les huissiers de la chambre l'ayant aperçu, l'en firent bientôt sortir à coups de · canne , et lui reprochèrent son imprudence. Bahalulse mit à pleurer, et le calife étant entré immédiatement après, et ayant demandé le sujet de ses larmes, les huissiers lui dirent aussitôt ce qui étoit arrivé, ajoutant qu'il pleuroit à cause de quelques coups qu'ilavoit recus;mais Bahalul prenant la parole, dit au calife : « Seigneur, ce « n'est point pour les coups que je viens de recevoir, « c'est par pitié pour vous que je pleure; car je consi« dère que si, pour m'être assis une seule fois en ma « vie sur le trône, j'ai recu un si grand nombre de « coups, il faut que vous enduriez beaucoup pour vous « y asseoir tous les jours » Le même monarque lui dit une autre fois : « Bahalul, pourquoi ne te maries-tu « pas, comme tous les autres hommes ?Tu aurois de la « compagnie, et † qui auroit soin de toi; et tu « ne vivrois pas dans la solitude, comme les bêtes fé« roces. Je t'aime; je veux, pour te le prouver, te « donner une épouse digne de toi : jeune , bien faite , « riche, elle te procurera toute les douceurs de la vie. » . Bahalul ébranlé par ces raisons, et plus encore par l'autorité du calife, consentit enfin au mariage ; et les noces s'étant faites, il entra avec sa femme dans le lit nuptial. Mais à peine s'y fut-i couché, qu'il entendit,

ou feignit d'entendre un grand bruit dans le sein de sa · compagne. Effrayé, il abandonne le lit, et prend la fuite bien loin hors de la ville. Le calife l'ayant appris, le fait chercher : on obéit; on le trouve, on l'amène. Le prince lui fait d'abord une terrible réprimaude ; puis il lui demande où est donc le mot pour rire dans toute cette affaire. « Seigneur, lui répondit Bahalul, ne m'a« viez-vous pas promis, en me donnant une femme, « que je trouverois avec elle toutes les douceurs de la « vie ? Mes espérances ont été trompées : aussitôt que « je fus avec elle, j'entendis dans son sein un bruit hor« rible : je prêtai l'oreille avec attention, etje distinguai « plusieurs voix, dontl'une me demandoit un habit,une « chemise, un bonnet, des souliers ;l'autre du pain, du « riz, de la viande : je remarquai de plus des cris et « des pleurs; les uns rioient, les autres s'entre-battoient, « en sorte que ce vacarme m'a tellement épouvanté, « que craignant, au lieu du repos que j'avois cru trou« ver, de devenir encore plus fou que je ne suis, si je « demeurois plus long-temps avec ma femme, et si je « devenois le père d'une grosse famille; je cherchaima « sureté et mon repos dans une prompte retraite. »

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l'. LE célèbre Aristide avoit à juger un différent entre deux particuliers. L'un d'eux rapportoit au long les injures que son adversaire avoit vomies contre Aristide, afin d'irriter le juge ; mais cet homme intègre, l'interrompit : « Mon ami, lui dit-il, laissons-là, « je vous prie , les outrages que votre ennemi m'a « faits ; parlons de ceux que vous en avez recus : je « suis ici pour juger votre cause , et non la mienne. »

Il accusoit un homme ; les juges, qui connoissoient sa vertu et son équité , ne vouloient seulement pas entendre la défense du coupable , et se préparoient à le condamner sur la dénonciation seule d'Aristide ; mais ce religieux observateur de la justice se jeta luimême aux pieds des juges, les conjurant de ne point transgresser les règles ordinaires, et de laisser à l'accusé la liberté de produire ses moyens de justification2. Lorsqu'Alexandre-le-Grand rendoit la justice , il avoit coutume , pendant que l'accusateur parloit , de se boucher une oreille avec la main ; et comme on lui demanda la raison de cet usage : « C'est, dit-il, « que je garde l'autre à l'accusé. » 3. Chilon , l'un des sept sages de la Grèce , fut - choisi , par deux de ses amis , pour être l'arbitre . d'un différent survenu entre eux ; mais , ne voulant ni blesser la justice ni offenser aucun d'eux , il les pria de le dispenser de ce jugement , et de s'en rapporter à un autre. Il s'en repentit ensuite, et reconnut qu'il eût été plus parfait de rendre inviolablement la justice sans respect humain, et que si quelqu'un des deux s'étoit offensé d'un arrêt équitable et conforme aux lois , la perte d'un tel ami ne devoit pas être regrettée. Chilon, dans sa vieillesse, disoit que toute sa vie, il n'avoit jamais eu que ce seul reproche à se faire. 4. L'empereur ConradII, allant à Mayence pour s'y faire sacrer, trois particuliers se jetèrent à ses pieds, et le supplièrentdeleurfaireraison de quelques dommages qu'ils avoient essuyés de la part de leurs ennemis. Conrads'arrête pourécouter leurs plaintes; mais ceretardementparoissantfâcherceux qui l'accompagnoient, il se retourne vers eux.» Je ne suis chargé de gouverner l'em« pire, leur dit-il, que pour rendre la justice; mon de« voir est de ne point la différer : par où puis-je mieux « commencer mon règne que par un acte d'équité ? » 5. L'aïeule de Jean Desmarets, assassiné par le seigneur de Talart , s'étant jetée aux pieds de François I, pour lui demander justice de l'assassin de son fils : « † , lui dit le roi ; il n'est pas né« cessaire de se mettre à genoux pour me demander « justice ; je la dois à tous mes sujets : à la bonne « heure , si c'étoit une grace. » Le crime fut puni, et Talart eut la tête coupée aux Halles de Paris. 6. Le philosophe Bias,forcé de condamner à mort un criminel, versa des larmes sur le tristesortde cetinfortuné. « Pourquoi pleurez-vous, lui dit quelqu'un?Ne

« dépend-il pas de vous de condamner ou d'absoudre « cet homme ?— Non, répondit Bias : la justice et les « lois exigent qne je le condamne ; mais la nature de« mande à son tour que je m'attendrisse sur les mal

« heurs de la foible humanité. » 7.Henri IVavoit accordé au crédit et aux prières du maréchal de Bois-Dauphin la grace d'un gentilhomme, nomme Berthaut, qui avoitété condamné par arrêt du parlement, à perdre la tête. La cour, étantavertie que le coupable devoitêtre arraché au supplice, députa le président de Thou, pour remontrer au roi de quelle conséquence il étoit que l'arrêt fût exécuté. Laremontrance du président fut faite devant le maréchal même.Le monarque, touché des raisons dontseservit de Thou, et des prières de Bois-Dauphin, parut d'abord embarrassé ; puis s'adressant à ce dernier : « Monsieur de Bois-Dau« phin, lui dit-il, n'est-ce pas l'amitié que vous avez « pour Berthaut, qui vous détermine à me parler en sa « faveur?-Oui, sire, lui répondit le maréchal.—Mais « ne puis-je pas croire que vous avez pour moi autant « d'amitié que pour lui ?—Ah ! sire, quelle comparai« son, répliqua Bois-Dauphin !-Eh bien ! continua le « prince,laissons donc à lajustice son libre cours, puis« qu'en sauvant Berthaut, vous me faites perdre mon « ame et mon honneur. Je n'offense déjà Dieu que « trop souvent, sans ajouter ce péché aux autres. » L'arrêt fut exécuté, et Berthaut ent la tête tranchée. 8.QuoiqueAgésilas, roi deSparte, fût en tout exact observateur des lois, et qu'il ne voulût point s'écarter des règles de la justice,il croyoit cependant que c'étoit être inhumain et cruel, que d'être troprigoureusement juste dans les affaires de ses amis; c'est ce que prouve cette lettre très-courte qu'il écrivit, dit-on, au Carien Hidriée, en faveur d'un de ses amis, que ce magistrat avoit fait mettre en prison. «Si Nicias n'est point cou« pable,relâchez-le;s'il est coupable,relâchez-le : quoi « qu'il en puisse être,relâchez-le.»Comme la clémence doit toujours tempérer la justice, s'il arrive qu'un personnage grave en adoucisse quelquefois la rigueur, elle n'en est pas moins respectée , et ne perd rien de son

, pouvoir. On demandoit à ce prince s'il préféroit la · valeur à la justice : « La valeur seroit inutile , répon« dit-il , si tous les hommes étoient justes. » S. Les rois d'Egypte donnoient I'attention la plus , scrupuleuse à l'administration de la justice, persuadés que de ce soin dépendoit non-seulement le bonheur dcs particuliers, mais la tranquillité de l'état. Trente † ges étoient tirés des principales villes pour composer a compagnie qui jugeoit tout le royaume. Pour remplir ces places difficiles, le prince choisissoit les plus vénérables personnages, et mettoit à leur tête celui qui se distinguoit davantage par la connoissance et l'amourdes lois. Il leur assignoit d'honnêtes revenus, afin qu'affranchis des embarras domestiques, ils pussent donner tout leur temps à faire observer les lois.La justice étoit gratuite ; les tribunaux étoient accessibles à tout le monde, et préférablement aux pauvres, qui , par leur état même , sont plus exposés à l'injure , et ont plus besoin de la protection des lois. Pour éviter les surprises , on traitoit les affaires par écrit. On craignoit cette fausse éloquence qui séduit les esprits, en remuant les passions. On vouloit que la vérité se montrât toute nue, ornée des seules graces qui lui sont naturelles. Le président de ce sénat auguste portoit un collier d'or et de pierres précieuses, d'où pendoit une figure sans yeux , qu'on appeloit la vérité.Quand il la prenoit, c'étoit le signal pour commencer la séance. Il l'appliquoit à la partie qui devoit gagner sa cause , et c'étoit la forme de prononcer la sentence. 1o. Il paroît qu'en # les rois veilloient avecgrand soin à ce que la justice fût administrée avec beaucou d'intégrité et de désintéressement.Un magistrat s'étant laissé corrompre par des présens, fut impitoyablement condamné à mort par Cambyses, fils et successeur de Cyrus, qui ordonna qu'on mît sa peau sur le siége où ce juge inique avoit coutume de prononcer ses jugemens, et où son fils, qui succédoit à sa charge, devoit s'asseoir, afin que le lieu même où il jugeroit, l'avertît continuellement de son devoir. Les juges ordinaires étoient pris dans le corps des vieillards, où l'on n'entroit qu'àl'âge de cinquante aus

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