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ant allât lui-même parler au cardinal. Son éminence, n reprenant son mandat, dit aux deux personnes qui toient présentes : « Vous avez tous raison, je m'étois trompé; le procédé de madame le prouve; » et, au lieu e cinquante sequins, il en écrivit cinq cents, qu'il enagea la vertueuse mère d'accepter pour marier sa fille. 16.La générosité du célèbre Fouquet, surintendant les finances sous Louis XIV , ne l'abandonna point lans sa disgrace. Un homme de lettres, ayant vu supprimer une pension qu'il tenoit de sa libéralité, ne laissa pas de le défendre avec zèle, et de témoigner hautement sa reconnoissance. Fouquet, instruit de sa conduite, se retrancha quelque chose du peu qui lui restoit, et fit prier mademoiselle de Scuderi deremettre une somme considérable à cet homme de lettres. Mademoiselle de Scuderi se conduisit à cet égard avec autant de générosité que de politesse. Une pesonne , étant allée de sa part chez le littérateur, trouva le moyen, après avoir causé quelque temps avec lui, de lui laisser, sans qu'il s'en aperçût , un sac où étoit enfermée une somme proportionnée à la pension qu'il avoit perdue. 17. Un gentilhomme fort pauvre avoit deux filles à marier. Il demanda leur dot à Henri I, comte de Champagne, surnommé le Magnifique.L'intendantducomte traita fort mal ce gentilhomme, et finit parjurer que les libéralités de son maître l'avoient réduit à n'avoir plus rien à donner. « Tu en as menti, répondit le prince; je « ne t'ai pas encore donné, vilain! Tu es à moi : prenez« le, mongentilhomme, et je vous legarantirai. » Celuici obéit aussitôt, se saisit de l'intendant, le mit en prison, et ne lui rendit la liberté qu'après en avoir tiré cinq cents livres, avec lesquelles ilmaria ses deux filles. 18.Protéas, dontl'espritplaisantamusoitAlexandre, ayant eu le malheur de déplaire à ce prince, engagea ses amis à demander son pardon; ce qu'il fit en même temps les larmes aux yeux. Alexandre, sans se laisser trop prier, lui dit qu'il oublioit sa faute. « Seigneur, reprit « aussitôt Protéas, commencez donc par m'en donner « quelques marques, pour que j'en sois bien assuré. » Cette demande fit rire le conquérant, qui commanda qu'à l'heure même on lui donnât cinq talens.

Ce monarque écrivit à Phocion , le plus célèbre · Athénien de son siècle, et l'un des plus grands hommes de la Grèce, qu'il ne le regarderoit plus comme son ami , s'il continuoit de refuser ses présensIl aimoit qu'on lui demandât, quoiqu'il prévînt souvent les demandes, et ne savoit point refuser. Un jeune homme, appelé Sérapion, qui donnoit la balle à ceux qui jouoient, n'avoit jamais rien recu du roi, uniquement parce qu'il ne lui demandoit rien.Unjourqu'Alexandre vint jouer, Sérapion jeta toujours la balle aux autres joueurs, et ne la lui jeta pas une seule fois. Le prince, surpris de cette conduite, lui dit enfin : « Etmoi, ne me la « donneras-tupas ?—Non, seigneur, répondit Sérapion, « puisquevous ne demandez point.»Alexandreentendit

sans peine ce que le jeune homme vouloitdire : il se mità rire,etcommencadès cejourà luifairebeaucoupde bien. " Périllus le priant de l'aider à faire la dot de sa fille, il ordonna qu'on lui délivrât cinquante talens. « C'en est « assez de dix , lui dit cet homme fort surpris. « C'en est assez pour Périllus, répondit le vainqueur « de l'Asie ; mais c'en est trop peu pour Alexandre. » Anaxarque, à qui le trésorier de la couronne avoit ordre de donner tout ce qu'il demanderoit, alla le prier de lui donner centtalens. La somme effrayaletrésorier, qui ne voulut pas la compter , sans en instruire le prince. Ce monarque lui répondit qu'Anaxarque savoit bien qu'il avoit un ami qui pouvoit et vouloit lui donner cette somme, et de plus considérables encore. Il vit un pauvre Macédonien qui conduisoit un mulet chargé de l'argent du trésor royal, mais si las, que ne pouvant plus se soutenir , le conducteur, pour suppléer à l'épuisement de l'animal, chargea l'argent sur ses épaules. Près de succomber sous un fardeau trop pesant , il alloit le jeter à terre : « Ne te lasse « point, lui dit Alexandre, et gagne tout douce« ment ta tente avec cet argent : je te le donne. » Ayant fait de grandes largesses à ses soldats, il voulut aussi payer les dettes qu'ils avoient contractées.Pourcet effet, il leur en demanda l'état; mais plusieurs, dans la crainte depasserdansl'espritde leur roi pour des dissipa

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ours, ne voulurent point se faire inscrire. Q† il apprit , il leur en fit des reproches, et leur dit qu'il toit mal de dissimuler ainsi avec ses compatriotes.

19. Cimon, fils de Miltiade, faisoit de ses biens un sage que le rhéteur Gorgias marque en peu de mots, lais d'une manière vive et élégante. « Cimon, dit-il, amassoit des richesses pour s'en servir ; et il s'en servoit pour se faire estimer et honorer. » Il vouloit que es vergers et ses jardiins fussent ouverts en tout temps ux citoyens, afin qu'ils pussent y prendre les fruits ui leur conviendroient. Il avoit tous les jours une table ervie frugalement, mais honnêtement. Elle ne resembloit en rien à ces tables somptueuses et délicates, ù l'on n'admet que des personnes de distinction , et n petit nombre, uniquement pour faire parade de sa magnificence ou de son bon goût. Lasienne étoit simple, mais abondante ; et tous les pauvres bourgeois de la ille y étoient indifféremment recus. Il se faisoit touours suivre de quelques domestiques qui avoient ordre le glisser secrètement quelque pièce d'argent dans la nain des pauvres qu'on rencontroit, et de donner des tahits à ceux qui en manquoient. Souvent aussi il pourut à la sépulture de ceux qui étoient morts sans avoir aissé de quoise faire inhumer; et, ce qui est admirable, 'est qu'il n'exercoit point ses libéralités pour se rendre )uissant parmile peuple, ni pour acheter ses suffrages.

Quoiqu'il vît tous les autres gouverneurs de son emps enrichis par leurs concussions et leurs rapines, l se maintint pourtant toujours incorruptible, conerva ses mains pures, non-seulement de toute exacion, mais encore de tout présent, et continua jnsqu'à a fin de sa vie de dire et de faire gratuitement , et ans aucune vue d'intérêt , tout ce qui étoit utile et xpédient pour la république.

2o. Mondir-Ben-Mogheirah raconte, dans le livre du . Vighiaristan,qu'étanttombé dansune extrême indigen:e,il quitta Damas son pays, etvintà Bagdadavec ses enans,dans letempsque le célèbre Fadhel-Ben-lahia étoit onfaveurauprèsdukalife Haroun Al Raschild.Lorsqu'il futarrivésurlagrandeplacedumarché,ilmitsesenfansà

a porte de la grande mosquée,etallachercherfortunel vitd'abord une foule de gens de qualité, qui paroissoienl s'assembler pour assister à quelque festin. Commel faim le pressoit, il prit la résolution de les suivre, et entr avec eux dans un palais magnifique, où d'abord la port ayant été ouverte, on les fit passer tous jusques dansh salle du festin. Chacun, dit-il lui-même, s'étant mis à table, je pris aussi ma place; et, ayant demandé à celui qui étoit assis auprès de moilenom du maître du logis,il me dit que c'étoitFadhel.Quoiqu'à cette question je me fisse connoître pour étranger,onne laissapas de me souf frir avec les autres, et de me présenter une assiette d'or, comme à tous les convives ; et, après le repas, deux sachets de parfums qu'on emportoit chez soi avec l'assiette. Enfin, la compagnie se séparant, je prenois le

chemin de la porte,lorsqu'unvaletdelamaison m'arrêta. Je crus alors que l'on mevouloitfairerendre ce quej'emportois; maison me ditseulementqueFadhelvouloitme parler : je me présentai donc devant lui.Ilme ditd'abord qu'il m'avoit reconnu pour étranger parmi les autres, et

que sa curiosité l'avoit porté à apprendre de moi quelle

aventure m'avoit conduit dans sa maison ? Je lui fis un détail de tout ce qui m'étoit arrivé; et l'histoire de mes misères le toucha si fort, qu'il m'invita à demeurer le reste de la journée en conversation avec lui. Comme la nuit s'approchoit, je le priai de me permettre d'aller apprendre des nouvelles de mes enfans. Il me demanda où je les avois laissés, et lui ayant répondu qu'ils étoient à la porte de la mosquée : « Eh bien ! dit-il , il n'y a

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« Haut. » Puis , appelant un de ses domestiques , auquel il dit un mot à l'oreille , il continua la conversation , et voulut que je passasse la nuit dans son palais. Le lendemain, à mon réveil , il me donna un homme . pour me conduire à la mosquée; mais, au lieu d'en prendre le chemin, ce domestique me mena dans une belle maison richement meublée , où je trouvai mes enfans. Legénéreux Fadhel les y avoit fait conduire laveille; et c'étoitpour travailler à ma fortune que cet homme bienfaisant m'avoit retenu auprès de lui sans me connoître.

l'

21.Un savant Suédois ayant donné au public un ouvrage qui fit du bruit en France, M. Colbert s'informa de son nom ;et, l'ayant appris, ce ministre obtint pour lui une pension de mille écus. Le roi fit donner ordre en même temps à son ambassadeur en Suède, d'avertir ce savant de la pension que sa majesté lui accordoit à la prière de M. Colbert. L'ambassadeur le chercha d'abord à Stockolm; on n'y connoissoit pas même son nom.Enfin, après bien des perquisitions, on trouva ce savantdans une petite ville de Suède, presque ignoré de ses concitoyens. Il étoit mal accommodé des biens de la fortune : et il ne s'attendoit guère à la voir accourir , pour le favoriser", d'un climat aussi éloigné du sien. Cn lui vint annoncer un gentilhomme de la part de l*ambassadeur de France ; et celui-ci ne se fit connoître qu'en lui remettant la moitié desa pension, échue pendant le temps qu'on s'étoit occupé à le chercher. | 22. Du Guesclin sortoit de Bordeaux, où il avoit été long-temps prisonnier. Sur sa route , il rencontra un † breton , autrefois officier sous lui. Cet écuyer étoit à pied, il paroissoit très-fatigué de sa marche , et le désordre de ses habits annoncoit sa mauvaise fortune. Du Guesclin l'ayant reconnu, lui demanda où il alloit en si mauvais équipage? Le gentilhomme lui répondit qu'il revenoit de Bretagne, où il avoit été inutilement oury chercher de quoi payersarançon, etque, suivant # parole qu'il avoit donnée, il alloit seremettre dans les risons de Bordeaux. La rancon de cet écuyer montoit ! à centlivres que Du Guesclin lui donna, avec cent autres livres pour le mettre en état de le suivre à la gnerre. 25.Un marchand présenta un bonnet à Octa#-Kan , empereur des Tartares, lorsque ce prince étoit à table, uu peu échauffé de vin : lebonnet lui plut; et il fitexpédier au marchand un billet pour recevoir deux cents balisches. Le billet fut dressé et livré ; mais les officiers qui devoient compter la somme ne la payèrent pas, voyant qu'elle étoit excessive pour un bonnet, et que le Kan , dans l'étatoù il étoit, n'y avoit pas fait réflexion.Le marchand parut le lendemain, et les officiers présentèrent le billet au Kan , qui se souvint fort

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