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bien de l'avoir fait expédier; mais, au lieu d'un billetde deux cents balisches, il en fit expédier un autre de trois cents. Les officiers en différèrent encore le payement, comme ils avoient fait la première fois. Le marchand en fit ses plaintes, et le Kan lui fit faire un troisième billet de six cents balisches que les officiers furent enfin obligés de payer. Octaï , le prince du monde le plus modéré, nes'emporta pas contre euxsur le retardement u'ils avoient apporté a l'exécution de sa volonté : mais il leur demanda s'il y avoit au monde une chose qui fût éternelle ? Les officiers répondirent qu'il n'y en avoit aucune : « Vous vous trompez, reprit l'empereur ; la « bonne renommée et le souvenir des bonnes actions « doivent durer éternellement. Ainsi , par vos lon

« gueurs à distribuer les largesses que vous vous « imaginez m'être inspirées par le vin, vous montrez « que vous êtes mes ennemis, puisque vous ne voulez « pas qu'on parle éternellement de moi dans le « monde. » Voyez BIENFAISANCE , GÉNÉRosITÉ.

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1 . QuE L QU'UN conseilloit au célèbre Hippocrate d'allèr à la cour d'Artaxerxès , · roi de Perse , lui disant que c'étoit un bon maître : « Je ne veux point « de maître, quelque bon qu'il soit, » répondit l'immortel médecin. 2.Le sénat de Rome, après la funeste bataille de Cannes, plutôt que de racheter les prisonniers, ce qui auroit moins coûté, aima mieux armer huit mille esclaves; et il leur fit espérer la liberté, s'ils combattoient vaillamment. Ils avoient déjà servi près de deux ans, avec beaucoup de courage : la liberté tardoit toujours à Venir ;etils aimoient mieux la mériter que de la demander, quoiqu'elle fût l'objet de leurs plus ardens désirs. Il se Présenta une occasion importante, où elle leur fut · InOntrée comme le fruit prochain de leur courage. Ils firent des merveilles dans le combat , excepté quatre · mille

mille qui montrèrentquelque timidité.Après la bataille, ils furent tous déclarés libres. La joie fut incroyable. Gracchus, qui les commandoit, leur dit : « Avant que « de vous avoir égalé tous par le même titre de la li« berté, je n'ai point voulu mettre de différence entre « le courageux et le timide. Il est pourtant juste qu'il « y en ait. » Alors il fit promettre avec serment à tous ceux qui avoient mal fait leur devoir , que, tant qu'ils serviroient , en punition de leur faute , ils ne prendroient leur nourriture que debout, excepté en cas de maladie ; ce qui fut accepté , et exécuté avec une parfaite soumission. 3.Jamais le fameux Pollion, l'un des plus grands orateurs de son siècle , ne put s'abaisser au métier de courtisan. Il conserva toujours, dans ses procédés avec Anguste, la liberté républicaine.Ayant donné un grand repas, dans le temps où la nouvelle de la mort du jeune Caius-César, étoit toute récente, Auguste lui écrivit pour s'en plaindre en ami : « Vous savez, lui disoit-il, « quelle part vous avez dans monamitié ; et je m'étonne « que vous en preniez si peu à mon affliction. » Pollion lui répondit : «J'ai soupé en compagnie, le jour même « que je perdis mon fils Hérius.Qui pourroit exigerune « plus grande douleur d'un ami que d'un père ? » 4. On sait que, pour la proclamation du roi de Pologne , il faut un consentement général. Lors du couronnement de Ladislas , frère aîné du roi Casimir , le primat ayant demandé à la noblesse si elle agréoit ce prince, un simple gentilhomme répondit que non. On lui demanda quel reproche il avoit à faire à Ladislas ? « Aucun , dit-il ; mais je ne veux point qu'il « soit roi. » Il tint ce langage pendant plus d'une heure, et suspendit la proclamation. Enfin , il se jeta aux pieds du roi , et lui dit qu'il avoit voulu voir si sa nation étoit encore libre ; qu'il étoit content, et qu'il donnoit sa voix à sa majesté. 5.En 1574, Philippe II fitinvestir la ville de Leyde, † la soumettre au jougespagnol qu'elle avoit secoué. es assiégeans,instruits qu'iln'y avoit point de garnison dans la ville , y jetèrent des lettres pour engager les ha^ Tome II. C c

bitans à se rendre. On leur répond , du haut des murailles , qu'on sait que le dessein des Espagnols est de réduire la place par la famine ; mais qu'ils n'y doivent pas compter, tant qu'ils entendront les chiens abover, que lorsque ce secours et toute autre espèce d'alimens · manqueront, on mangera le bras gauche, tandis qu'on se servira du droit pour se défendre; que privé enfin de tout, on se résoudra plutôt à mourir de faim , qu'à tomber entre les mains d'un ennemi barbare. Après cette déclaration , on fit une monnaie de papier, avec cette inscription : Pour la liberté.Ce papier fut, après le siége , fidellement converti en monnaie d'argent. 6. L'ame des Romains étoit la liberté. Ils se figuroient sous ce nom un état où personne ne fût sujet que de la loi, et où la loi fût plus puissante que les hommes. Ils aimoient la patrie, parce qu'elle étoitennemie déclarée de toute servitude et de tout esclavage.Ce goût républicain paroissoit né avec Rome même; et la puissance des rois n'y fut point contraire , parce qu'elle étoit tempérée par le pouvoir du sénat et du peuple, qui partageoient avec eux l'autorité du gouvernement. Il est vrai néanmoins que, pendant tout ce temps, ils ne firent encore u'un foible essaide la liberté. Les mauvais traitemens e Tarquin-le-Superbe en réveillèrent vivement en eux l'amour; et ils en devinrentjaloux à l'excès, quand ils en eurent goûté la douceur toute entière sous les consuls. Il § que dès-lors cet amour de la liberté fût bien vif et bien violent, pour étouffer dans un père tous les sentimens de la nature, et pour lui mettre , en quelque sorte, un poignard à la main contre ses propres · enfans.Mais Brutus erut devoirsceller par leur sang la délivrance de lapatrie,inspirer aux Romains, pourtous les siècles, par cette sanglante exécution, une horreur invincible de la servitude etde la tyrannie.Ce futl'effet véritablement que produisit cet exemple. Le plus léger soupcon contre un citoyen de vouloir porter atteinte à la liberté, faisoit oublier dans l'instant même toutes ses grandes qualités, et tous les services qu'il pouVoitavoirrendus à sa patrie.Caius-Marcius,tout brillant oncore de la gloire qu'il s'étoit acquise au siége de Co

rioles, fut banni pour cette seule raison. Sp. Melius, malgré ses libéralités à l'égard du peuple, et à cause de ses libérâlités mêmes, qui l'avoient rendu suspect, fut puni de mort. IManlius-Capitolinus fut précipité du haut de ce même Capitole qu'il avoit défendu si courageusement, et qu'il avoit sauvé des mains des Gaulois, parce qu'on crut qu'il aspiroit au despotisme. En un mot, l'amour de la liberté et l'amour de la patrie constituoient le Romain, dont le nom seul emportoit avec lui l'idée d'une souveraine indépendance, subordonnée seulement à la loi. 7.Antipater, gouverneur de Macédoine, après avoir vaincu les Athéniens dans une grande bataille, et forcé ces republicains à recourir à la négociation, reçut de leur part une ambassade solennelle, qui venoit le supplier d'accorder à la première ville de la Grèce une paix supportable. On avoit choisi pour députés ce qu'Athènes avoit de plus illustres personnages : à leur tête étoient Phocion et Xénocrate.La grande réputation de vertu dontjouissoitce dernier, avoitfaitcroireauxAthéniensquesaprésencc etses discoursamolliroientle cœur dugénéralmacédonien, etque, parrespect pour ce philosophe fameux,illeurimposeroit des conditions moins dures.Ils s'étoient trompés.Antipaterembrassa les autres ambassadeurs, etne daignapas mêmesaluer Xénocrate. «Vous avez raison, lui dit ce sage; vous rougissez « dem'avoir pourtémoindesinjustices que vous voulez « faire à ma patrie. » Quandensuite il se mit à parler, le vainqueur l'interrompit sans cesse, et finit par lui commander de se taire. Il écouta Phocion , lié de tous les temps avec les Macédoniens; parce qu'il avoit cru que l'intérêtd'Athènes le demandoit.Après qu'ileutachevé son discours , le gouverneur de Macédoine dit que les théniens auroient paix , alliance et amitié avec lui , pourvuqu'ilsluilivrassent Hypérideet Démosthène;que, rétablissantlaforme donnéeparleurs ancêtresàleur gouVernement,ilsn'admissentaux chargesque des gens conVenablement riches ; qu'ils les remboursassentdesfrais delaguerre, etqu'ils luipayassent une certaine somme *titre d'amende. Les ambassadeurs se soumirent à ces

conditions, qui leur parurent assez douces.Xénocrate seulen pensabien autrement.Cegénéreux athénien conservant toujours son héroïque indépendance, et triomphant deson ennemi parsanoblefermeté : «J'avoue, dit« il, que si nous sommes esclaves, on nous traite assez « humainement ; mais si nous sommes encore libres, « n'est-ce pas là nous asservir?Oma patrie! ma chère pa« trie !tes meilleurs citoyens te trahissent en cejour. Dé« plorable liberté!jete perds pourjamais.Des conditions « aussi peu équitables t'anéantissent sans espérance !» 8. Xerxès, résolu de porterlaguerre dans la Grèce, fit le dénombrement de ses troupes de terre et de mer, et demanda à Démarate s'il croyoitque les Grecs osassentl'attendre ? Ce Démarate étoitun des deux rois de Lacédémone, qui , ayant été exilé par la faction de ses ennemis, s'étoit réfugié en Perse, où il avoit été comblé de biens et d'honneurs.Mais nil'injustice de ses concitoyens , ni les bons traitemens du monarque hospitalier, ne purent lui faire oublier sa patrie. Dès qu'il sut que Xerxès travailloit aux préparatifs de la guerre, il en avoit averti les Grecs par une voie secrète. Obligé, dans cette occasion , de s'expliquer, il le fit avec une noblesse et une liberté dignes d'un roi de Sparte. Démarate, avant que de répondre à la question du roi , lui avoit demandé si son intention étoit qu'il lui · parlât sans déguisement; et Xerxès ayant exigé de lui la plus grande sincérité : « Puisque vous me l'ordonnez, « grand prince, reprit Démarate, lavérité va vous parler « par ma bouche.Il est vrai que de tout temps la Grèce « a été nourrie dans lapauvreté; mais on aintroduit chez « elle lavertu, que la sagesse cultive, et que la vigueur « des lois maintient.C'est par l'usage que la Grèce fait « de cette vertu, qu'elle se défend également des in« commodités de la pauvreté, et du joug de la domina« tion. Pourne vous parler que de mes Lacédémoniens, « soyez sûr que,nés et nourris dans la liberté,ils ne prê« teront jamais l'oreille à aucune proposition qui tende « à la servitude.Fussent-ils abandonnés par tous lesan« tres Grecs,et réduits à une troupe de mille soldats, ou « même à un nombre encore moindre, ils viendront au

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