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s devant de vous , et ne refuseront pas le combat. » A ce discours, le roi se mit à rire; et comme il ne pouvoit comprendre que des hommes libres et indépendans, tels qu'on lui dépeignoit les Lacédémoniens, qui n'avoient point de maîtres pour les contraindre, sussent capables de s'exposerainsi aux dangers et à la mort : « Ils « sont libres et indépendans de tout homme, répliqua « Démarate : mais ils ont au-dessus d'eux la loi qui les « domine, et ils la craignent plus que vous-même n'êtes « craint de vos sujets. Or, cette loi leur défend de fuir « jamais dans le combat,quelque grand que soit le nom« bre des ennemis;etelle leur commande,endemeurant « fermes dans leur poste , de vaincre ou de mourir. » 9. Auguste, assis sur son tribunal, rendoit la justice, et paroissoit disposé à condamner à mort plusieurs criminels. Mécène , son intime ami , s'en apercut ; et voulant sauver la vie à ces malheureux , il tâcha de s'approcher de lui ; mais la foule étoit trop grande. Il écrivit donc sur des tablettes ces mots : « Lève-toi , « bourreau , » et les jeta à l'empereur , qui , les ayant lues , se leva , et ne condamna personne. 1o. Titus, fils de Vespasien, étant en Silicie , des députés de la ville de Tarse lui présentèrent une requête surdes objets pour eux de grandeimportance.Titus leur répondit qu'il s'en souviendroit lorsqu'il seroit à Rome, et qu'il se rendroit lui-même leur agent auprès de son père. Cette réponse paroissoit favorable et obligeante ; mais Apollonius de Thyane, qui l'avoit entendue, n'en fut pas content. Usant de toute la liberté que donne la philosophie : « Seigneur, dit-il à Titus, sij'accusoisde« vant vous quelques-uns de ceux-ci d'avoir conspiré « contre votre personne et contre l'empire, quel traite« ment éprouveroient-ils de votre part ?—Je les ferois « périr sur-le-champ, répondit le prince.-Eh quoi ! « reprit le philosophe , n'est-il pas hontenx de tirer « vengeance dans le moment, et de différer les graces ; « de décider par vous-même du supplice , et d'atten« dre des ordres pour dispenser des bienfaits ? » Titus fut frappé de cette remontrance;et dans le momentilaccorda aux citoyens de Tarse ce qu'ils lui #oient C

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11. L'heureux succès de la bataille de Chéronnée enflasingulièrement Philippe,roideMacédoine.Au sor· tir d'un grand repas qu'ilavoit donné auxofficiers,enivré également de joie et de vin,il se transporta sur le champ de bataille; et là, insultant à tous ces morts dont la terre étoit couverte, il mit en chant le commencement d'un décret que Démosthène avoit dressé pour exciter les Grecs à cette guerre , et chanta, en battant la mesure : « Démosthène,Péanien,fils de Démosthène, a dit.» Il n'y eut personne qui ne fût choqué de voir le prince se déshonorer lui-même, etflétrir sa gloire par une bassessesi indigne d'un roi et d'un vainqueur; mais tous gardoient le silence. L'orateur Démade, du nombre des prisonniers, mais toujours libre, fut le seul qui osât lui en faire sentir l'indécence. « Eh! seigneur, lui dit-il, la fortune « vous ayant donné le rôle d'Agamemnon, comment ne « rougissez-vous pointdejouer celuide Thersite?»Cette parole pleine d'une généreuse liberté , lui ouvrit les yeux , et le fit rentrer en lui-même. Loin d'en savoir ' mauvais gré à Démade,ill'en estima encore davantage, lui fit toutes sortes d'amitiés, et le combla d'honneur. 12. Le philosophe Zénon étoit très-familier avec An- . tigone , roi de Macédoine, et reprenoit avec beaucoup de liberté la passion de ce prince pour le vin.Un jour, le monarque étant ivre , s'approcha du sage , l'embrassa avec cet épanchement de cœur que donne quelquefois l'ivresse , et lui dit : « Mon cher Zénon , de« mande-moi tout ce que tu voudras , et je te l'ac« corderai. - Eh bien ! répondit Zénon , je demande « que vous alliez cuver votre vin. » 13. Les Athéniens envoyèrent une ambassade à Philippe, roi de Macédoine, ennemi d'autant plus redouta· ble, qu'il se cachoit davantage. Ce prince, en congé• diant les ambassadeurs, leur dit , suivant sa coutume : « Si les Athéniens ont encore quelque chose à me de« mander, je suis prêt à les servir.—Pendez-vous, » lui dit librement l'un d'eux , nommé Démocharès. Cette liberté lui eût coûté la vie, si la feinte clémence du roi de Macédoine n'eût arrêté son bras. « Allez rappor« ter attx Athéniens, dit-il, en s'adressantaux autresdé

« putés, qu'un prince qui a entendusans s'irriter unmot « aussi outrageant , a eu plus de considération pour « vous , que celui qui l'a prononcé sans sujet. » N 14. François I accordoit beaucoup de liberté à ceux qui avoient l'honneur d'être présens à ses repas.En voici une preuve.Ce prince parloit à son dîner del'antiquité, de la grandeur et de la beauté de la ville de Milan;chacun en disoit son sentiment. Un Italien, prenant la parole, dit que Milan étoit, à la vérité, une belle et grande ville, mais que son port ne valoit rien.Le monarque, le regardant avec un souris agréable, lui dit de s'approcher, et de lui rendre compte des défauts du portde Milan,qu'il paroissoit avoir examiné de fort près. L'Italien, s'avancant, et en faisant une profonde révérence , dit , en sa langue : « Sire, j'ai eu l'honneur de parler à votre ma« jesté; cela me suffit.—Que voulez-vous dire , lui de« manda le roi? - Sire, répondit-il , voyant la bonté « que vous avez de donner à chacun la pcrmission de « parler, je voulois en profiter.Je sais bien que la mer « n'est pas plus près de Milan que de Gênes ; mais si « j'avois dit quelque chose de raisonnable, on ne m'eût « point remarqué; j'ai trouvé moyen de me faire écou« ter , et de me faire entendre de votre majesté ; c'est « le seul bonheur que j'ambitionnois. » 15. Louis IIdemanda compte au maréchal Desquerdes de l'argent qu'il lui avoit donné pendant la† pourles dépenses dontill'avoit chargé. Desquerdes présentaun mémoire sort détaillé, dans lequella dépense excédoit de beaucoup la recette.Louisse met à discuter les articles.Le maréchalse lève,etditavec une noble liberté: « Sire, avec cet argentj'ai conquis les villes d'Arras, de « Hesdin, de Boulogne ; rendez-moi mes villes , et je « vous rendraivotreargent.-Par la pâque-dieulrépond « le monarque , il vaut mieux laisser le moustier où il « est; » et il ne fut plus question de compte à rendre. 16.Lorsque le maréchal de Biron produisit ses titres de noblesse pour être admis au nombre des chevaliers du Saint-Esprit , ce seigneur , voyant que l'on paroissoit avoir plus d'égards pour les preuves généalogiques que pour les services, et que d'ailleurs, parmi ceux qui

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sournissoient leurs preuves, il s'en trouvoit qui avoicnt passé avec des titres supposés , il affecta de me produire que sort peu de titres. Il n'apporta, dit Brantome, que cinq ou six titres fort antiques ; et les présentant au roi et à MM. les commissaires et inquisiteurs : « Sire, dit-il, voilà ma noblesse ici comprise ; » et puis, mettant la main sur son épée , il ajouta : « Mais, sire , la voici encore mieux. » 17. Charles XII, roi de Suède, avoit accoutumé ses troupes à la discipline la plus sévère, et le soldat ne se permettoit pas le moindre pillage dans le pays ennemi. Cependant un grenadier, ayant unjour enlevé le dîner d'un paysan, et celui-ci étant venu s'en plaindre au monarque, le soldat, interrogé sur cette action, répondit hardiment : « Sire, vous avez bien ôté un royaume à « l'électeur de Saxe; pourquoi ne pourrois-je pas enle« ver un misérable dindon à ce paysan ?» Ce bon mot , malgré sa liberté, ne déplut point au roi : il fit grace au soldat, et se contenta de lui dire qu'en ôtantun royaume à Auguste, il n'en avoit rien réservé pour lui. Ensuite il renvoya le paysan , après lui avoir donné dix ducats pour le dédommager. Voyez GRANDEUR D'AME, HÉRoïsME , AMoUR DE LA PATRIE , FAMILIARITÉ.

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1. (( O, il y a beaucoup de médecins , il y a beau« coup de malades , disoit le philosophe Arcésilas ; « de même , où il y a beaucoup de lois , il y a beau« coup de vices. » 2. Solon demandoit au philosophe Anacharsis, son ami, ce qu'il pensoit des lois qu'il avolt portées pour le bonheur des Athéniens ? « Ce sont , lui répondit« il, autant de toiles d'araignées : elles arrêteront les « foibles , et laisseront passer les forts. » 5. « Les citoyens, disoit Iléraclide, doivent combat« tre avec autant d'ardeur pour la défense des lois, que « pour celle de leurs remparts; car les lois ne sont pas « moins nécessaires que les remparts pour la conser« vation d'une ville. » 4. On demandoit à Démarate commentil pouvoit se faire qu'étant roi de Lacédémone, il en fût cependant exilé ? « Parce que les lois à Lacédémone sont au-dessus « des rois , » répondit-il. 5.Lorsqu'Antigonus-Doson eut pris possession du trône de la Macédoine, il fit savoir à toutes les villes de son obéissance, que s'il arrivoit qu'il écrivît quelque chose qui fût contraire aux lois, elles eussent à ne point obéir, parce que ses dépêches auroient été surprises. 6.La discorde régnoit depuis long-temps dans Athènes ; et ce fléau des états populaires désoloit les dissérens corps qui composoient cette république fameuse. Enfin, les gens de bien voulurent faire cesser ce désordre ; et tous les citoyens , par un choix unanime , jetèrent les yeux sur Solon , le plus grand philosophe de son siècle, et l'Athénien le plus vertueux. Ce sage fut élu archonte, et nommé arbitre souverain et législateur absolu. Il n'abusa point de son pouvoir ; et ne cherchant, à l'exemple de Lycurgue, que le bien de sa patrie, il rétablit le calme par des lois sages , dont voici les principales. Il permit à tout le monde d'épouser la querelle de quiconque auroit été outragé ; de sorte que le premier ^venu pouvoit poursuivre ct mettre en justice celui qui avoit commis l'excès. Par cette ordonnance , il vouloit accoutumer ses concitoyens à sentir les maux les uns des autres, comme membres d'un seul et même corps. Ceux qui, dans les différents publics, ne prenoient aucun parti, et attendoient le succès pour se déterminer, étoient déclarés infames , condamnés à un bannissement perpétuel , et à perdre tous leurs biens. Solon abolit les dots de mariages , par rapport aux *oes qui n etoient pas uniques, et ordonna que les mariées ne porteroient à leurs époux que trois robes et quelques meubles de peu de valeur. Car il ne vouloit pas que le mariage devînt un trafic et un commerce d'intérêt ; mais qu'il fût regardé comme une société honorable pour Èonner des sujets à l'état, pour vivre o .

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