Le rationalisme chrtien a la fin du XIe sicle: ou, Monologium et proslogium de Saint Anselme, sur l'essence divine

 

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liii - Et certes on ne doit pas trouver trange, que Dieu en me crant ait mis en moi cette ide pour tre comme la marque de l'ouvrier empreinte sur son ouvrage...
liv - Dieu se trouve contenue) par la mme facult par laquelle je me conois moi-mme; c'est--dire que lorsque je fais rflexion sur moi, non seulement je connais que je suis une chose imparfaite, incomplte, et dpendante d'autrui, qui tend et qui aspire sans cesse quelque chose de meilleur et de plus grand que je ne suis...
lii - Par le nom de Dieu j'entends une substance infinie, ternelle, immuable, indpendante, toute connaissante, toute-puissante, et par laquelle moi-mme et toutes les autres choses qui sont (s'il est vrai qu'il y en ait qui existent) ont t cres et produites. Or, ces avantages sont si grands et si minents, que plus attentivement je les considre, et moins je me persuade que l'ide que j'en ai puisse tirer son origine de moi seul. Et par consquent il faut ncessairement conclure de tout...
liii - ... j'ai en quelque faon premirement en moi la notion de l'infini que du fini, c'est--dire de Dieu que de moi-mme ; car comment serait-il possible que je pusse connatre que je doute et que je dsire, c'est--dire qu'il me manque quelque chose...
liii - Et il n'est pas aussi ncessaire que cette marque soit quelque chose de diffrent de ce mme ouvrage : mais de cela seul que Dieu m'a cr, il est fort croyable qu'il m'a en quelque faon produit son image et semblance, et que je conois cette ressemblance dans laquelle l'ide de Dieu se trouve contenue par la mme facult par laquelle je me conois moi-mme, c'est--dire que lorsque je fais rflexion sur moi, non seulement je connais que je suis une...
lxxiii - Dieu par dmonstration, & qu'une masse :de matiere, dont les parties sont sans perception, ne sauroit faire un tout qui pense. Je ne mprise point l'argument invent, il ya quelques sicles, par Anselme, qui prouve que l'tre parfait doit exister ; quoique je trouve qu'il manque quelque chose cet argument, parce qu'il suppose que l'tre parfait est possible. Car si ce seul point se dmonstre encore, la dmonstration toute entiere sera entierement achev.
11 - ... ne soit un grand bien? Celui-l donc est bon par soi-mme, puisque c'est par sa bont que tout est bien. Il suit que tous les autres biens sont biens par un autre, et ce bien-l seul par lui-mme. Mais aucun bien, tel par la vertu d'un autre, n'est gal celui qui l'est par soi-mme, ou n'est plus grand que lui. Celui-l donc est seul souverainement bon qui est bon par soi ; car cela seul est suprme qui est tellement lev au-dessus des autres , qu'il n'a ni gal ni suprieur.
xxxvi - Quid plura et plura? Bonum hoc et bonum illud : toile hoc et illud, et vide ipsum bonum, si potes ; ita Deum videbis, non alio bono bonum, sed bonum omnis boni.
lii - Partant, dit-il, il ne reste que la seule ide de Dieu dans laquelle il faut considrer s'il ya quelque chose qui n'ait pu venir de moi-mme.
li - Car lorsque je pense que la pierre est une substance ou bien une chose qui de soi est capable d'exister, et que je suis aussi moi-mme une substance, quoique je conoive bien que je suis une chose qui pense et non tendue, et que la pierre au contraire est une chose tendue et qui ne pense point, et qu'ainsi entre ces deux conceptions il se rencontre une notable diffrence ; toutefois elles semblent convenir en ce point qu'elles reprsentent toutes doux dus substances.