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HISTORIQUE
D' É DUCATION,
Où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer

& d'enrichir toutes les facultés de l'ame & de l'esprit,
en substituant les exemples aux maximes, les faits aux
raisonnemens, la pratique à la théorie.

NOUVELLE EDITION,
Qui a été revue , corrigée & augmentée d'un grand nombre

d'articles, & sur-tout d'une TABLE HISTORIQUE DES
PERSONNAGES, plus ample, plus exacte & plus intéressante
que celle qui accompagnoit les précédentes éditions de ce

Dictionnaire;
Par M. FILL ASSIER, des Academies royales d'Arras,

de Toulouse, de Lyon, de Marseille , &c.

Longum per præcepta , breve per exemplum iter.

2 vol. in-, rel. 12 liv.

TO ME SECOND

A PARIS,
Chez MÉ QUIGNON l'aîné, Libraire , rue des Cordeliers,

près des Ecoles de Chirurgie.

M. DCC. LXXXIV.
AVEC APPROBATION, ET PRIVILEGE DU ROI.

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DICTIONNAIRE

HISTORIQUE D'ÉDUCATI O N.

I.

HABI T U D E.
Platon,

LATON, voyant un jeune homme occupé à jouer, lui en fit des reproches très-vifs : » Je ne joue qu’usi

très-petit jeu , lui répondit le jeune homme. Eh! n comptez-vous pour rien, répliqua le fage, l'habitude » du jeu que vous contractez par-là? u

2. Le comte de Grammont , étant encore fort jeune, étoit en voyage avec son gouverneur, pour se rendre à l'armée de Piémont. Il descendit à Lyon dans une auberge. Le gouverneur , qui appréhendoit que son élève ne trouvât quelque sujet de diffipation qui l'arrêtat trop long-tems, vouloit le faire fouper dans une chambre ; mais le comte insista à manger en compagnie. » En pleine auberge ! s'écria le rigide Mentor. 1 Eh ! monsieur, vous n'y pensez pas ; ils sont une o douzaine de baragouineurs à jouer aux cartes & aux » dés , qui font un bruit de diable. « A ces mots de cartes & de dés, dit le comte , qui rapporte lui-même fon aventure , je fentis mon argent pétiller. Je defcendis & fus un peu surpris de trouver la salle où l'on mangeoit , remplie de figures extraordinaires. Mon Tome 11.

A

un

peu loin

ne l'eût

hôte , après m'avoir présenté, m'assura qu'il n'y auroit que dix-huit ou vingt de ces messieurs qui auroient l'honneur de manger avec moi. Je m'approchai d'une table où l'on jouoit , & je pensai mourir de rire. Je m'étois attendu à trouver bonne compagnie & gros jeu ; & c'étoient deux Allemands qui jouoient au trictrac. Jamais chevaux de carrosse n'ont joué comme ils faisoient ; mais leur figure sur-tout passoit l'imagination. Celui auprès duquel je me trouvois , étoit petit ragot, grassouillet & rond comme une boule. Il avoit une fraile, avec un chapeau pointu haut d'une aune. Non, il n'y a personne qui , d'un pris pour le dôme de quelque église avec un clocher dessus. Je demandai à l'hôte ce que c'étoit? » Un mar» chand de Basle, me dit-il, qui vient vendre ici des » chevaux ; mais je crois qu'il n'en vendra guèr s de » la manière qu'il s'y prend ; car il ne fait que jouer. » – Joue-t-il gros jeu? lui dis-je. — Non pas à pré» sent , répondit-il'; ce n'est que pour leur écot, en » attendant le souper. Mais , quand on peut tenir le petit » marchand en particulier, il joue beau jeu. --, A-t-il de » l'argent? lui dis-je. Oh! oh! dit le perfide Cerize , » (c'étoit le nom de l'aubergiste ) plut à Dieu que vous » lui eussiez gagné mille pistoles, & moi en être de moi» tié ! nous ne serions pas long-tems à les attendre. « Il ne m'en fallut pas davantage pour méditer la ruine du chapeau pointu. Je me remis auprès de lui pour l'étudier. Il jouoit tout de travers : écoles fur écoles, Dieu fait ! Je commençois à me sentir quelques remords sur l'argent que je devois gagner à une petite citrouille , qui en savoit si peu. Il perdit son écot : on servit, & je le fis mettre auprès de moi. C'étoit une table de réfectoire, où nous étions pour le moins vingt-cinq, malgré la promesse de mon hôte. Le plus mauvais repas fini , toute cette cohue se dissipa , je ne sais comment, à la réserve du petit Suisse qui se tint auprès de moi, & de l'hôte qui vint se mettre de l'autre côté. Ils fumoient comme des dragons , & le Suisse me disoit de tems en tems : » De» mande pardon à monsieur de la liberté grande; « là-dessus il m'envoyoit des bouffées de tabac à m'étouffer. Cerize,

« »