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DE VALMONT,

Du Comte de Valmont à son Père. 09119

Bio je totiv 107 Non, mon père, ne me parlez plus de religion, devérité, de vertu;jene veux plus rien entendre. Mon coeur, flétri par la douleur et l'opprobre, se refusé à toutes vos leçons; et, dans l'état où je suis, tout secours me devient. inutile. Il n'y a plus rien de sûr, rien de vrai.is Émilie m'a trompé. Émilie ! quelle honte ! quel oubli d'elle-même ! ô noirceur! ô trahison ! ô comble d'horreur !..... Oui, Lausane..... Le perfide Lausane triomphe partout de sa conquête; et le feroit-il, si, parla sagesse de sa conduite, Émilie l'eût toujours forcé à la respecter! Ah! puisqu'il m'enlève mon épouse , l'honneur .... qu'il m'arrache Tome III.

A

donc la vie , ou qu'il se prépare à me donner la sienne.

A l'égard d'Émilie...... Mais hélas ! je voudrois pouvoir douter encore, malgré les rapports qu'on m'a faits. Je voudrois, malgré l'évidence, pouvoir conserver d'elle la même idée que vous. Ah! quand je vous ai exposé mes soupçons, vous ne m'avez point écouté; trop prévenuen sa faveur, vous m'avez condamné sans ménagement : en lisant votre lettre, je me trouvois avili à mes propres yeux. Mes soupçons se vérifient cependant... Ils se vérifient!.... Peut-être me trompé-je encore. On croit trop aisément, me direzvous, ce que l'on craint vivement: et où sont en effet ces preuves si constantes , ces justes fondemens de l'accusation la plus odieuse , la plus injuste, si Emilie est toujours ce qu'elle, nous a paru , l'ame la plus belle et la plus vertueuse ? Quoi, de simples délations pourrontflétrir la plus pure vertu !... Omon père, je crois vous entendre me parler ainsi, et par toutes ces réflexions , j'aime tour à tour à me flatter et à me tourmenter moimême. Il est des instans où, rapprochant toutes les circonstances, toutes les preuves, je crois tout; et alors, toutes les passions me dévorent; je ne respire que haine, que vengeance, que fureur; la rage, l'enfer est dans mon coeur. Il en est d'autres où , plus tranquille (et je le deviens en m'entretenant avec vous ), je m'accuse de trop de précipitation et d'emportement ; je me condamne ; j'ai honte des transports qui m'agitent, des passions qui m'aveuglent, du délire où je suis; je suspends toute résolution ; et je crains autant de faire éclater des soupçons malfondés, que j'appréhende d'être trop facile à les rejeter. Ainsi, toujours balancé par des senti a mens contraires , je ne sais à quoi m'arrêter.... Ah! du moins, puissé-je être assez sage pour attendre des lumières plus sûres encore ! Mais aussi, une fois convaincu..., si Lausane, si Émilie sont coupables, ah! c'est dans leur sang..... Mon père ! soyez touché du triste état de votre malheureux fils. N'insultez point à sa douleur : répandez sur des plaies trop vives pour un coeur sensible, ce baume salutaire que vos lettres y ont fait couler jusqu'ici. J'espère que, jusqu'à votre réponse, j'aurai bien la force de contenir mes craintes et mes transports. Quoi que j'aye pu vous dire dans l'ivresse de ma passion et l'égarement de mon esprit, ne cessez de me donner des conseils , qui me deviennent plus que jamais nécessaires ; et parlezmoi toujours de cette Religion , dont les caractères sont en effet si frappans , dont le dernier sur-tout me remplit d'étonnement, et que je commence si vivement à admirer malgré moi, quoique si peu disposé encore à la suivre,

L E T TRE X L I V.

Du Marquis à son Fils. Mon fils, ô mon fils, que ne suis-je prêt de toi ! que ta situation présente me rend mon exil douloureux et pénible! Cher Valmont ! je voudrois si bien être à portée de calmer tes craintes ; et rien ne peut suspendre les miennes. Ta lettre me fait trembler. Ce n'est point le défaut de réserve et de sagesse dans Emilie , que je crains ; c'est toi, c'est ta vivacité, ce sont les dispositions où je te vois. Cher ami, crois-en un père qu'un long usage du monde a instruit, et qu'aucune passion ne transporte ; crois – en un ami tel que moi, et qui, sans risquer de se tromper, se fait garant de la sagesse de ton épouse. Il y a des femmes vertueuses , Valmont, quoi qu'en disent le libertinage et la frivolité; et la tienne est certainement de ce nombre. Je l'ai toujours suivie dans ses démarches depuis sa plus tendre enfance; dans ses lettres,

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