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tières financières, religieuses et de haute police. Il s'y passa aussi un incident curieux ; le lieutenant civil, à la tête d'une députation du tiers état, dit un jour à l'ordre de la noblesse assemblée en chambre : « Trajtez-nous comme vos frères « cadets, et nous vous honorerons et aimerons. » Le lendemain, M. de Senecey, président de l'ordre de la noblesse, ayant audience du roi, s'exprima ainsi sur cette irrévérentieuse prétention : « Le tiers-état, sire, qui tient le dernier « rang, oubliant toute sorte de devoirs, se veut comparer à ( nous; j'ai honte de vous dire les termes qui de nouveau ( nous ont offensés : ils comparent votre État à une famille a composée de trois frères ; ils disent l'ordre ecclésiastique « ètre l'ainé; le nôtre le puîné, et eux les cadets. En quelle « misérable condition sommes-nous tombés, si cette parole « est véritable? En quoi tant de services rendus d'un temps a immémorial, tant d'honneurs et de dignités transmis héré« ditairement à la noblesse, l'auraient-ils bien, au lieu de « l'élever, tellement rabaissée, qu'elle fût avec le vulgaire en « la plus étroite sorte de société qui soit parmi les hommes, « qui est la fraternité. Rendez, sire, le jugement, et, par une « déclaration pleine de justice, faites-les mettre en leurs de<< voirs et reconnaître ce que nous sommes et la différence « qu'il y a (1). » Les infortunés ! Richelieu n'était pas encore arrivé aux affaires. Un siècle et demi après, Mathieu de Montmorency briguait la faveur populaire.

Entre 1614 et 1789, les lettres et la philosophie comblent l'intervalle, et cette Assemblée constituante, où l'on devait expier tant de mépris, ne s'ouvrira que lorsque la civilisation et le génie national auront reçu la plus brillante et la plus riche culture. Il faudra que sous le plus absolu de nos rois une littérature enchanteresse nous ait fait goûter les plus vives jouissances de l'esprit, que plus tard une audacieuse émancipation de la pensée nous ait jetés dans des systèmes

(1) Extruit du procès-verbal de la noblessc aux états de 1014, pag. 115. qui voudront à tout prix se satisfaire. Alors, le temps venu, les salles de Versailles s'ouvriront, se rempliront d'orateurs, d'hommes d'État ignorés, s'ignorant eux-mêmes. Barnave sortira d'un barreau de province, Cazalès d'un régiment de cavalerie, Mirabeau de ses débauches : des comités pleins d'ardeur écriront sans hésiter une législation nouvelle, et, en deux ans, le peuple français ne trouvera plus rien de l'ancienne monarchie. Ce n'est pas, comme en Angleterre, une conquète lente qui ne parvient à s'achever qu'à force de temps, de statuts arrachés successivement au despotisme royal ou à l'asservissement parlementaire ; c'est le développement soudain et électrique d'une nation qui croit toucher d'un bond au terme de sa course.

Maintenant, il nous est facile de répondre à cette question: la France avait-elle ou non une constitution sous l'ancienne monarchie ? Elle avait une constitution non écrite, profondément enracinée dans ses moeurs, voilà quelle était sa force ; mais confuse, imparfaite, dépourvue des moyens de se réformer elle-même, douteuse ou muette sur des difficultés capitales, voilà qui fit sa ruine. Comme le parlement ne savait pas au juste, non plus que la royauté, ce qu'était l'enregistrement, il fallut que l'Assemblée constituante se chargeât de supprimer ce sujet de controverse; comme les états généraux ne pouvaient réclamer que la faculté de voter l'impôt quand ils étaient convoqués suivant le bon plaisir des rois, il fallut que la royauté, qui avait si puissamment servi la liberté, recomůt son propre ouvrage et voulut bien donner à ce tiers état, émancipé sous sa protection et sous son aile, la réalité du pouvoir législatif. Voilà ce qu'elle aurait dû comprendre. Il y avait donc dans l'ancienne France une constitution impuissante, et il y eut une révolution inévitable.

Vers la fin du règne de Louis XIV, trois hommes sentirent confusément l'approche de commotions redoutables. Les vices qui minaient la monarchie frappèrent vivement FéneJon, le duc de Bourgogne et le duc de Saint-Simon, qui nous montre, dans ses Mémoires, quels étaient à peu près les projets de réforme de ces trois personnages. Ils songeaient à une restauration de la noblesse, à des assemblées provinciales qui devaient intervenir dans l'administration générale et dans les affaires particulières des localités, enfin la vieille constitution devait être recrépie et réparée. Il n'en alla pas ainsi : au lieu du ministère de Fénelon, il y eut celui du cardinal Dubois. La réforme ne vint pas d'en haut; elle ne partit ni du trône ni de la noblesse ni du clergé : toute la vie de la France s'était réfugiée dans le peuple, se concentrait dans le cœur du pays, qui battait violemment, et dont les pulsations vives rejetèrent beaucoup de choses.

CHAPITRE V.

LA CONSTITUTION ANGLAISE.

Que les révolutions sont utiles pour comprendre l'histoire ! Combien, dans un siècle où les dynasties et les constitutions se supplantent avec une rapidité qui peut étonner même l'imagination la plus prompte, il nous est plus facile de pénétrer dans l'esprit des vicissitudes du passé, et des faits qui auparavant paraissaient si compliqués et si obscurs ! Ainsi, avant 1789, la constitution anglaise n'était que difficilement comprise, parce qu'elle était empreinte d'un caractère tout à fait national, et aussi parce qu'elle était unique. L'Angleterre seule vivait constitutionnellement libre. L'Italia avait donné les lettres et les arts à l'Europe ; l'Allemagne l'indépendance religieuse; la Grande-Bretagne lui donna l'exemple de la liberté politique, conquise, maintenue et régularisée. Montesquieu seul, dans la première moitié du dix-huitième siècle, sut s'élever à la contemplation exacte et profonde de la constitution anglaise; après lui, elle fut constamment étudiée, souvent mal entendue, surtout quand on voulut l'accommoder à la France. Nous pouvons aujourd'hui, après nos deux révo

lutions qui s'enchaînent et se conplètent, apprécier avec une impartialité facile l'originalité historique et les mérites généraux de cette vieille et puissante constitution, d'autant plus qu'elle est troublée en ce moment par une crise qui met à nu ses fondements et ses principes (1).

César était tellement prédestiné dans l'histoire à s'entremettre entre l'antiquité et le monde moderne, comme Napoléon laissant derrière lui la vieille Europe pose sa statue sur le seuil du dix-neuvième siècle, que c'est encore lui qui dé. barque en Angleterre et asseoit le premier un camp romain sur le sol de cette ile. Mais, vers le milieu du cinquième

(1) Il y a vingt ans (car le bill de réforme a été voté en 1832) que la constitution anglaise a été sensiblement modifiée dans un intérêt démocratique. Deux opinions ont parlagé et partagent encore les hommes d'État de l'Angleterre sur un fait aussi considérable. Les uns, parmi lesquels il suffit de citer lord Eldon et le duc de Wellington, ont pensé que la réforme porterait le trouble dans cette grande organisation politique par laquelle l'aristocratie ne se retrouvait pas moins dans la chambre des communcs que dans la chambre des lords. Elle s'y retrouvait dans d'auires conditions, et plus rapprochée des classcs moyennes; mais elle y dominait avec toute l'autorité de traditions fortes et respectées. Les autres, dont lord John Russell a souvent exprimé le sentiment, pensent que si l'Angleterre a jusqu'à présent, notamment en 1848, évité une révolu tion, elle le doit à la réforme. Ils sont convaincus que, depuis la réforme, le peuple n'a jamais été plus attaché à la couronne, plus loyalement dévoué à la monarchie constitutionnelle. Ils se portent garants de la sdgesse de la démocratie.

Il est remarquable, au surplus, que, si la moitié de l'aristocratie anglaise a pris l'initiative de la réforme, c'est qu'elle était persuadée que, par un pareil acte, loin de bouleverser la constitution, elle la raffermissail. C'est ce qu'en 1832, au sein de la chambre des pairs, soutint avec une éloquente énergie l'illustre et vieux lord Grey, qui s'écria plusicurs fois : Non, milords, je ne suis pas un révolutionnaire!,

Néanmoins, l'originalité historique de la Grande-Bretagne tend à s'effacer: on reconnaît de plus en plus, chez nos voisins, des analogies frappantes avec la civilisation politique des États-Unis, et chaque jour l'Angleterre de Cobden ressemble moins à l'Angleterre qu'admirait Montesquieu.

(Note de la 3e édition.)

siècle, Rome renonça à l'occupation vaniteuse des rivages de l'Angleterre; c'est à peine si elle eût pu en tenter la conquête dans ses plus éclatantes prospérités. Comme pour remplacer sur-le-champ les maîtres de la vieille civilisation, la Germanie envoya les Saxons fonder dans cette île une société neuve, ayant ses lois, ses traditions, ses grands hommes, ses souvenirs et ses monuments. Antérieure à la féodalité, la société saxonne se compose de prêtres chrétiens, de nobles et d'hommes libres ; elle a des assemblées nationales (wittenagemot), un grand législateur qui appartient à la fois à l'histoire et à la poésie, dont les traditions ont fait un type, une époque entière, comme les mythes helléniques pour Orphée, legum anglicanarum condilor, auquel le patriotisme attribue tout ce que les mœurs anglaises ont de franchise, de justice et de liberté. Après Alfred, les Danois qu'il avait chassés, reparurent, régnèrent quelque temps ; mais la dynastie saxonne fut restaurée par Édouard le Confesseur, pour succomber irrévocablement sous une conquête nouvelle et définitive, sous l'invasion normande. Ainsi, cette Angleterre si fière, à juste titre, de son isolement qui la protége, la rend libre des soldats étrangers et l'a sauvée de Napoléon, a commencé son histoire par être violée tour à tour par les Romains, les Saxons, les Danois et les Normands.

Guillaume le Bâtard n'apporta pas seulement en Angleterre sa personne et son épée, mais aussi une autre société, d'autres meurs, la féodalité; et cette fois non plus une féodalité successive, se rassemblant pièce à pièce, mais constituée d'un seul coup, générale et systématique. Il partage l'Angleterre à ses barons, à ses nobles ; il fait toutes les parts lui-même ; il exige serment non-seulement de ses vassaux immédiats, mais des vassaux de ses vassaux, et il se constitue le chef d'une féodalité royale et d'une aristocratie terrienne. Alors la vieille société saxonne, méprisée, s'efface sous cette organisation de la conquête, et ne peut plus que

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