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lât; tant cette institution était le fondement de la civilisation païenne!

Quand Aristote a constitué la sociabilité, il lui reconnaît un double caractère, la variété des formes et des moyens, l'unité du but qui est l'utilité générale. A ses yeux, la cité se compose d'individus qui ne sont pas semblables. Comme la famille est composée du mari et de la femme, la propriété du maître et de l'esclave, de même la cité se compose de tous ces éléments divers et de plusieurs autres encore. Il suit naturellement que la vertu de tous les citoyens ne doit pas être la même; comme, dans un chœur de danse, le talent du coryphée doit différer de celui du choriste. De la différence des citoyens entre eux et des vertus sociales, Aristote passe à la diversité des formes de gouvernement. Il apprécie successivement les caractères réels et historiques de la royauté, qui peut devenir tyrannie; de l'aristocratie, qui dégénère souvent en oligarchie; de la république, qui tourne facilement à la démocratie. Dans cette contemplation de l'histoire, Aristote prend encore le pas sur Platon. Les inconvénients de chaque gouvernement, leurs mérites, les causes de corruption et de décadence; les leçons que donnent pour l'avenir des sociétés, Lacédémone à la fois démocratique et oligarchique, Athènes livrée tout entière au génie brillant et facile des mæurs populaires; l'orageuse Syracuse; Solon, Lycurgue et Charondas appréciés dans leurs intentions et leur ouvrage ; les petites républiques de la Grèce et de l'Italie citées en témoignage des règles politiques qu'établit le philosophe, tout cela fait du livre d'Aristote la meilleure école pour l'historien et le publiciste. Mais, au milieu de ces richesses historiques, le philosophe n'oublie pas le but général de la société, qui est, comme pour l'homme individuel, l'union du bonheur et de la vertu : il faut que tous les citoyens participent à une vie heureuse qui procure aux familles et aux générations toutes les ressources nécessaires à la subsistance et à une aisance complète; il faut aussi que la société politique mette son principe et son but dans les actions honnêtes et vertueuses des hommes qui la composent et non pas simplement dans la condition de vivre ensemble.

Pour le philosophe, le souverain varie suivant la forme de l'État; la souveraineté est tantôt dans la multitude, tantôt dans les riches, tantôt dans l'aristocratie, tantôt dans un homme, roi ou tyran. Aristote ne songe pas à tracer une théorie philosophique de la souveraineté considérée abstraitement; il ne l'étudie que dans ses manifestations.

Le politique macédonien reprend les mêmes faits et les mêmes leçons sous une autre face; il considère les révolutions des empires, comment ils se pervertissent et finissent par tomber, l'égalité politique faussement entendue dans les républiques et les démocraties , les querelles et les factions entre les plus puissants, l'insolente audace des démagogues; dans les oligarchies, une ambitieuse minorité s'attribuant toutes les magistratures, et s'appuyant sur des soldats étrangers ; les mêmes dangers dans les aristocraties; la royauté n'ayant de force que dans la justice, affaiblie et impuissante dès qu'elle ne donne plus au peuple la sécurité des personnes et des propriétés; la tyrannie travaillée à la fois des vices de l'oligarchie et de ceux de la démocratie, ne pouvant se conserver quelque temps que par des procédés exaspérés et cruels.

Platon, dans sa République, avait aussi traité des révolutions; ( mais, remarque son rival, il n'en parle pas bien; car « il ne fait pas connaitre proprement le changement qui peut (( arriver dans la première et meilleure forme de gouverne« ment. Il prétend en effet qne rien ne peut se maintenir, « parce qu'il doit toujours survenir des changements dans « une période donnée, et que cela arrive lorsque les nom« bres dont la racine cubique est ajoutée à un multiple de « cinq font deux harmonies ; c'est-à-dire lorsque le nombre « de cette figure devient solide, attendu qu'alors la nature « produit des êtres dépravés, et qu'ils résistent à toute édu« cation. » Voilà le fameux nombre de Platon sur lequel les commentateurs se sont épuisés, mais le fiat lux n'a pas encore paru. Au surplus, en écartant les formules géométriques, on comprendra que Platon enseigne que tout sur cette terre doit périr et tomber. Comme il faisait descendre sa politique du ciel et des idées éternelles, comme il ne voyait dans ce monde qu'une tente éphémère qui devait se replier quand les destins seraient accomplis, il obéissait à ses croyances en assignant aux révolutions politiques une périodicité fatale, en prodiguant les siècles pour aboutir à l'éternité. Ainsi Bossuet, dans le siècle même où les institutions paraissaient le plus immobiles, célèbre d'un ton de triomphe l'acheminement des choses humaines vers le néant. Qu'en dirons-nous donc aujourd'hui où les rois et les empires s'évanouissent comme une fumée légère?

Aristote abandonne les révolutions pour chercher quelles améliorations peuvent, dans chaque État, en fortifier le principe, le conserver et le féconder : transition naturelle qui le conduit à l'éducation.

L'antiquité faisait de l'éducation une puissance à laquelle rien ne pouvait résister. Quand ses législateurs voulaient fonder des sociétés nouvelles, ou réformer les anciennes, ils demandaient à l'éducation de façonner les hommes à leurs pensées et à leurs conceptions. Socrate, dans la République de Platon, répond à ceux qui lui objectent que les femmes ne sauraient se livrer aux mêmes exercices et aux mêmes occupations que les hommes : nous y parviendrons par l'éducation. Monstrueux contre-sens, car l'éducation ne saurait être efficace qu'en respectant le caractère et les variétés de la nature humaine. Mais, malgré cette exagération, l'antiquité, législateurs et philosophes, avait reconnu l'office social de l'éducation, comment elle doit rallier les générations naissantes à un sentiment commun, les suivre dans tous les âges de la vie, se multiplier sous toutes les formes, fêtes, solennités, réunions de jeunes gens, assemblées de vieillards, théâtres, pompes nationales, comment elle peut à la fois réjouir et fortifier l'homme par cette p.cuolxò, expression admirable dont les meurs modernes n'ont pu reproduire le véritable sens. L'éducation est si bien le corollaire nécessaire de la législation, que toujours elle se trouva associée dans la pensée des législateurs et des philosophes. Rousseau fait de même qu'Aristote et Platon : il écrit le Contrat social pour la législation, et l'Emile pour l'éducation. Il a senti que la réforme sociale dont il traçait la théorie devait s'asseoir sur ces deux fondements. Mais, tandis qu'Aristote et Platon ne considérèrent que l'État et l'harmonie sociale, Jean-Jacques à surtout songé à l'individu. Émile est un homme qu'il a voulu armer contre ses semblables et la société entière; il les lui montre comme ses ennemis. Il lui apprendra un métier; il saura le préparer à la fois à l'esclavage chez les Algériens et à l'adultère dans sa maison (1). Le problème de l'éducation n'est si difficile chez les modernes que parce qu'il s'est agrandi et qu'il embrasse l'individu comme la société. Il ne se dénouera pas en un jour, dût-on vouloir en précipiter la solution avec une puérile impatience.

Aristote, au début du second livre de sa Politique, a déclaré que, s'il s'engage dans la recherche des améliorations sociales, c'est qu'il est touché des imperfections des États qui existent : dia to nedôs lysuv távras tàş vũv ÚTS@YouOms (TC).:Teloz). Il a su réunir à la critique de l'historien l'indépendance du philosophe, raconter et juger, apprécier les faits et recommander les réformes; à le lire, on dirait que des siècles le séparent de Platon, et cependant il est son contemporain : cette Grèce accumulait dans un court espace Périclès, Socrate, Platon, Aristote et Alexandre.

(1) Voyez chap. x, Jean-Jacques Rousseau,

CHAPITRE III.

LE STOÏCISME.

Socrate avait fondé la morale, et le démon avec lequel il s'était entretenu avait passé dans l'âme de Platon et d'Aristote. Le Stagyrite avait reconnu les caractères de la sociabilité humaine ; et, comme moraliste, il avait mis la vertu dans un milieu, dans un temperament. Or, cette vue de bon sens, qu'il ne faut pas détacher du reste de la théorie péripatéticienne, n'était pas assez entière, assez absolue, pour rallier l'humanité et susciter un mouvement nouveau. Ce n'est pas au nom d'un milieu que les nations se remuent, mais au nom d'une idée une, tranchée, qui soumet toutes les autres, qui, si elle les épargne, a au moins la force de les coordonner et de les dominer. La morale péripatéticienne, pratiquement excellente, ne suffit pas alors aux progrès nécessaires. Autrement, comment Épicure et Zénon eussent-ils songé à dogmatiser? Un homme né à Gargettos, bourg à quelques lieues d'Athènes, chercha à rendre la vertu facile, agréable et commode, dans des intentions pures qu'au surplus, parmi les modernes, Gassendi a complétement expliquées. Épicure met la vertu dans l'art d'être heureux, dans un bonheur aisé et médiocre, dans des moeurs élégantes et de bon goût, qui ne doivent jamais tremper dans aucun extrême. N'ayez pas peur que l'épicurien s'embarque dans un dévouement périlleux ou dans des opinions décidées qui réclament un prosélytisme ardent : ses amis se moqueraient de lui, car il aurait dérangé son bonheur ; mais son égoïsme est plus savant, plus raffiné, et place entre lui et les passions énergiques et bruyantes une modération systématique. Une vertu aussi peu héroïque devait sur-le-champ trouver des contradicteurs qui se réfugieraient dans les plus nobles attri

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