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la lumière céleste, d'où seulement il peut tirer sa force et son bonheur.

Or de nos jours, au milieu de toutes les théories et de tous les systèmes qu'enfante l'esprit philosophique, où le christianisme trouvera-t-il sa force, si ce n'est dans l'essence même des dogmes de la révélation? Autrement, il se réduirait à n'être qu'une variante du rationalisme. Plus l’humamité s'exalte et se glorifie, plus l'office de la religion est de lui dénoncer que sans Dieu elle ne peut rien, que hors de Dieu, elle s'agite dans un douloureux néant.

La mission du christianisme n'est pas de se montrer humanitaire, comme on dit dans le jargon du jour, mais bien d'inspirer à l'homme le désir d'un monde placé au delà de l'humanité. Je suis toujours convaincu, comme autrefois, que le christianisme a sa part dans le développement des institutions et dans le triomphe de la liberté civile. Mais aujourd'hui ce résultat est obtenu. Maintenant que faire de la liberté ? comment organiser l'avenir ? Dans ce nouveau travail, les représentants et les ministres du christianisme ne sauraient se méprendre sur la nature de leur rôle, ni se mettre à doubler, pour ainsi dire, les rationalistes et les philosophes. Leur mission est autre : elle est dans la guérison, dans le changement des âmes, dans l'affranchissement de l'homme de la tyrannie des sens et des passions, dans la régénération complète de l'homme intérieur, qu'il faut remettre en rapport avec la sagesse divine. Il est écrit dans l'Evangile : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa jus« tice, le reste vous sera donné par surcroît. » Ainsi donc changez les âmes, et le reste vous sera donné par surcroît : or, ce reste n'est autre chose que la transformation pacifique et féconde de la société.

CHAPITRE 1.

MACHIAVEL.

Dès que les Romains eurent soumis Tarente et chassé Pyrrhus, l'unité politique de l'Italie commença; elle se déve. loppa sous la république, se confirma sous César et sous Auguste, fut troublée par Constantin, expira avec Augustule; unité où aspire encore aujourd'hui l'Italie après tant de déceptions et d'épreuves. Mais que de détours ne prend pas l'histoire ! Ainsi Grégoire VII, qui voulait soumettre la Péninsule à sa théocratie, suscite au contraire les républiques italiennes. Ce pape, plus que tout autre, avait mis aux prises le Nord et le Midi; à chaque règne l'empereur passait les monts pour aller prendre sur l'autel de Saint-Pierre la couronne impériale; guerres toujours renaissantes, lutte du sacerdoce et de l'empire, des Guelfes et des Gibelins, orages qui fécondèrent l'indépendance des villes italiennes. Milan, destiné à servir tour à tour de garnison à l'Allemagne et à la France, combat les empereurs avec héroïsme. Venise donne l'exemple d'un patriciat despote et persévérant comme un seul homme. Gênes, cet amphithéâtre de marbre au milieu de la Méditerranée, se glorifiera de Doria et de Colomb. Déjà, dans l'antiquité, la Toscane avait devancé Rome par une civilisation moitié orientale, moitié grecque, et la sagesse de ses Lucumons avait brillé dans Fisole et dans Volaterre. Florence, au moyen-âge, passe tour à tour de l'aristocratie au régime populaire, du patronage des Médicis i l'insurrection ; incapable de liberté conime de servitude (1),

(1) Au quinzième siècle, Mathieu Palmieri, un de ces anciens auteurs que les Italiens aiment à relire aujourd'hui, déplorait amèrement dans son livre de la Vita civile, les divisions qui désolaient Florence. « Je ne puis me rappeler sans larmes, écrivait-il, que Dieu a si heureusement disposé aux plus grandes choses le génie et la forle nature des Floren

mais reine de l'Italie, mais fleur brillante de cette Grèce moderne, elle donne à l'Europe le Dante, Machiavel, Guichardin et Galilée.

Quand Machiavel vint aux affaires, l'importance politique de Florence s'éclipsait un peu. Il occupa toujours des emplois inférieurs à son génie, et il rendit des services essentiels, sans jamais paraître au premier rang. Dans l'espace de quatorze ans, sa république l'envoya quatre fois à la cour de France, deux fois auprès du pape, deux fois aussi auprès de César Borgia, d'abord triomphant, ensuite prisonnier au château Saint-Ange. Le secrétaire florentin eut encore à s'acquitter de plusieurs autres missions auprès de petits princes italiens. Florence flottait alors entre les alliances de l'Allemagne, de la France et de Rome, et sa politique incertaine avait les inconvénients de tous les partis qu'elle prenait. Machiavel dépensa donc sa vie à ménager à sa patrie des transactions continuelles, et à conquérir de petits résultats; rôle

lins, que si les dissensions et les guerres civiles n'avaient lourné contre cux-mêmes ces dons, ils cussent certes étendu leur empire, non-sculcnient en Italie, mais aussi au dehors et sur les générations des peuples élrangers. La cruelle et détestable division des Guelfes et des Gibelins a perdu la nation qui florissait dans l'abondance. Certes, cela est dur, et digne de deuil et de pleurs, de songer à tant de bons et paisibles citoyens abatlus par d'autres injustes et superbes. Cela est dur, de se remettre sous les yeux les veuves délaissées, les innocents pupilles dévorés par des gens affamés et rapaces. Cela est dur de voir la pudeur sans tache des vierges, violée en présence niême de leurs mères. Cela est dur, de se remémorer nos temples si ornés, nos saints et révérés autels devemus la proie sacrilege d'avares et insatiables spolialcurs. Mais surtout sont choses cruelles les blessures, le sang répandu, les morts, les incendies, les ruines, les désastres de tant de dignes citoyens, produits par l'obstination acharnée des deux partis. Non contents du mal qu'ils pouvaient se faire, combien de sois n'ont-ils pas provoqué pourles défendre.ct appelé presque des extrémités du monde dans les diverses contrées de l'Italic, de puissants rois et empereurs, préférant servir sons ces races Barbares et sans frein, plutôt que de vivre dans leur propre ville, sous le gouvernement de leurs concitoyens, » Note de 1:1 ge edition.)

subalterne, indigne de lui : je lui eusse voulu un emploi de premier ministre sous un roi puissant, auprès de quelque grand trompeur sur le trône, comme Louis XI, Ferdinand le Catholique, ou Charles-Quint. Quoique dans son patriotisme il ait toujours cherché l'indépendance de sa patrie, et qu'il ait servi tour à tour pour la sauver du joug étranger la seigneurie et les Médicis, on peut dire qu'il eût été inutile au monde , s'il n'eût pas écrit.

Un critique anglais (1) a expliqué avec bonheur une des faces du caractère de Machiavel. Il en a fait le représentant du génie italien, tel qu'il était sorti des troubles et des factions du quinzième siècle ; mélange de finesse, de ruse et de persévérance, fourbe avec naïveté, aussi naturellement que le Français était présomptueux et le Germain un peu lourd ; une inépuisable perfidie dans les desseins, du sang-froid dans l'exécution, de la bravoure, de la fidélité dans les haines et les amitiés. Il est évident que le siècle et le pays qui produisirent Machiavel, Alexandre VI, César Borgia, tous les politiques du consistoire romain, furent par excellence le pays et le siècle de la diplomatie. Ainsi, Machiavel, continuellement envoyé où il y avait de sérieuses difficultés à vaincre, se trouvait auprès de César Borgia au moment où celui-ci était au plus fort de ses entreprises et de ses hypocrisies. Ce fils naturel du pape Alexandre VI bouleversait toute l'Italie. On était toujours incertain de savoir quels alliés il se proposait de duper ; sa pensée était en hostilité constante avec ses paroles. Pendant la légation de Machiavel, César Borgia se surpassa lui-même. Il avait autour de lui les Orsini et Vitelozzo, éternels ennemis qu'il était parvenu à persuader de son profond regret sur leurs inimitiés passées. Il

(1) Voyez Edimburg Review. – L'article a été traduit dans le 23e numéro de la Revue britannique. L'auteur est M. Macaulay, aujourd'hui membre de la Chambre des communes, et l'un des réformistes les plus distingués. Nous sommes fâché seulement de la légèreté injuste aver lite quelle il a Iruité Montesquieu,

les amène à lui gagner et à lui ouvrir la ville de Sinigaglia, y entre avec eux, les fait saisir, et pendant la nuit met à mort Vitelozzo et messer Oliverotto. Aussitôt après il se présente à Machiavel pour lui apprendre l'heureux succès de son entreprise, et lui témoigner qu'il serait charmé de recevoir à ce sujet les félicitations de la république. Machiavel ne sour. cille pas, et, avec le plus grand flegme, il expédie ses dépeches à la seigneurie.

« Magnifiques seigneurs, je vous ai écrit hier par deux « lettres, tout ce qui s'était passé depuis l'arrivée de Son « Excellence à Sinigaglia, ainsi que la manière dont il « s'était emparé du seigneur Pagolo, du duc de Gravina Or« sini, de Vitelozzo et d'Oliverotto. Ma première n'était qu'un a simple avis de cet événement. Dans la seconde j'entrais « dans les plus grands détails, et de plus je vous y rendais «« compte de ce que m'avait dit Son Excellence, et de ce que « l'on pensait généralement de sa conduite dans cette cir« constance... Je vais vous redire en substance, par surcroit « de précaution, tout ce qui s'est passé, dans le cas où vous ( n'auriez pas reçu mes lettres.

« Son Excellence partit hier matin de Fano avec toutes « ses troupes, et se dirigea sur Sinigaglia, qui, à l'exception « de la citadelle, avait été occupée par les Orsini et messer « Oliverotto. La veille, Vitelozzo était venu de Castello dans « les environs; ils allèrent les uns après les autres à la ren« contre du duc, l'accompagnèrent à travers la ville jusqu'à a son logement : entrés avec lui dans son appartement, Son << Excellence les retint prisonniers... Il me fit ensuite appe« ler vers la deuxième heure de la nuit, et, de l'air du monde « le plus satisfait, il se félicita avec moi du succès qu'il ve« nait d'obtenir, me dit qu'il m'en avait parlé la veille, mais « qu'il ne m'avait pas dit clairement toute la chose, telle « qu'elle était; il s'expliqua ensuite en termes pleins de sa" gesse et de la plus vive affection pour notre république, « donnant toutes les raisons qui lui faisaient désirer votre

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