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« autrement; et, suivant la plus saine partie de ceux qui ont « discuté ces matières, j'ai posé pour fondement du corps « politique la convention de ses membres ; j'ai réfuté les « principes différents du mien... L'établissement du con« trat social est un pacte d'une espèce particulière, par le« quel chacun s'engage avec tous ; d'où s'ensuit l'engage« ment réciproque de tous envers chacun, qui est l'objet « immédiat de l'union. Je dis que cet engagement est d'une « espèce particulière, en ce qu'étant absolu, sans condition, « sans réserve, il ne peut toutefois'être injuste, ni suscep« tible d'abus, puisqu'il n'est pas possible que le corps se « veuille nuire à lui-même, tant que le tout ne veut que pour « tous... La volonté de tous est donc l'ordre, la règle su« prême, et cette règle générale et personnifiée est ce que « j'appelle le souverain. Il suit de la que la souveraineté est « indivisible, inaliénable, et qu'elle réside essentiellement « dans tous les membres du corps. Mais comment agit cet «« être abstrait et collectif? Il agit par des lois, et il ne sau« rait agir autrement. Et qu'est-ce qu'une loi ? C'est une déa claration publique et solennelle de la volonté générale sur « un objet d'intérêt commun... Mais l'application de la loi « tombe sur des objets particuliers et individuels. Le pou« voir législatif, qui est le souverain, a donc besoin d'un au« tre pouvoir qui exécute, c'est-à-dire qui réduise la loi en « acte particulier... Ici vient l'institution du gouvernement. « Qu'est-ce que le gouvernement ? C'est un corps intermé« diaire, établi entre les sujets et le souverain pour leur

mutuelle correspondance, chargé de l'exécution des lois « et du maintien de la liberté, tant civile que politique. Le « gouvernement, comme partie intégrante du corps politique, « participe à la volonté générale qui le constitue; comme « corps lui-même, il a sa volonté propre. Ces deux volontés « quelquefois s'accordent, et quelquefois se combattent. «« C'est de l'effet combiné de ce concours et de ce conflit « que résulte le jeu de toute la machine. Je principe qui « constitue les diverses formes du gouvernement consiste « dans le nombre des membres qui le composent... Les di« verses formes dont le gouvernement est susceptible se ré« duisent à trois principes. Après les avoir comparées par « leurs avantages et par leurs inconvénients, je donne la « préférence à celle qui est intermédiaire entre les deux « extrêmes, et qui porte le nom d'aristocratie... Enfin, dans « le dernier livre, j'examine par voie de comparaison avec « le meilleur gouvernement qui ait existé, savoir celui de « Rome, la police la plus favorable à la bonne constitution « de l'État. Puis je termine ce livre et tout l'ouvrage par des « recherches sur la manière dont la religion peut et doit en« trer comme partie constitutive dans la composition du « corps politique. Que pensiez-vous, monsieur, en lisant « cette analyse courte et fidèle de mon livre ? Je le devine ; « vous disiez en vous-même : Voilà l'histoire du gouverne« ment de Genève. C'est ce qu'ont dit, à la lecture du même « ouvrage, tous ceux qui connaissent votre constitution... « J'ai donc pris votre constitution, que je trouvais belle, « pour modèle des institutions politiques ; et, vous proposant « en exemple à l'Europe, loin de chercher à vous détruire, « j'exposai les moyens de vous conserver. Etc. »

Il a échappé à beaucoup d'admirateurs de Rousseau qu'il a considéré comme exemple et comme modèle la constitution aristocratique de Genève. Ainsi, Aristote avait derrière lui Alexandre ; Platon, l'Orient; Spinosa, la république hébraïque ; Machiavel, l'Italie du quinzième siècle ; Locke, l'Angleterre de 1688 : tant la philosophie sociale, quelque hardie et indépendante qu'elle se puisse concevoir, doit toujours s'appuyer sur la réalité! Mais, si Rousseau songeait à Genève en construisant ses théories, ses théories allèrent plus loin que cet idéal, et ce publiciste, qui se disait ou se croyait animé d'une pensée aristocratique, est devenu le législateur de la démocratie.

Quel est véritablement le début historique du pouvoir lé

gislatif? Les sociétés ne commencent pas par le contact et l'équation de volontés indépendantes et égales, mais par la soumission de la liberté humaine à ce qu'elles appellent l'empire de Dieu, à la théocratie. Le pacte, loin d'être leur commencement, est aujourd'hui leur dernier' progrès. L'Angleterre et la France sont arrivées à asseoir leur constitution sur un contrat bilatéral entre le pouvoir législatif, auquel le peuple a délégué sa souveraineté, et le pouvoir exécutif, agent de la société, trouvant son titre et sa raison dans l'intérêt général. Et, pour le dire en passant, l'Assemblée constituante a rectifié l'erreur de Rousseau quand il veut que la souveraineté soit incommunicable, puisqu'elle a dit : « La « souveraineté appartient à la nation ; la nation, de qui « émanent tous les pouvoirs, ne peut les exercer que par dé« légation; la constitution française est représentative ; les i représentants sont le corps législatif et le roi. »

Ainsi donc historiquement la théorie du Contrat n'est pas exacte; elle n'est pas non plus philosophiquement nécessaire pour amener la liberté sociale, car je lis dans Rousseau luimême : « Ce qui est bien et conforme à l'ordre, est tel par « la nature des choses, et indépendamment des conventions « humaines (1). » Donc, la raison même est indépendante de la volonté.

Mais, pour comprendre véritablement Rousseau, il faut considérer quelle était à ses yeux sa mission. Il voulait à la fois réveiller dans l'homme isolé le sentiment de son indépendance, et dans l'homme collectif, c'est-à-dire dans la société, la conscience de son droit de chercher le bien et le juste, de n'obéir qu'à l'expression même de sa volonté, et de remplacer une législation, qui n'avait plus de raison et de légitimité, par l'exercice énergique d'une nouvelle liberté politique, c'est-à-dire de la volonté générale. Comment le philosophe définit-il le but social? « Trouver une forme d'as.

(1) Contrat social, liv. II, chap. vi, de la Loi.

« sociation qui défende et protège de toute la force commune

« la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle . « chacun, s’unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui

« même, et reste aussi libre qu'auparavant (1). » Jean-Jacques a vu les deux termes du problème social : l'association et l'individualité. Mais comment l'homme social serait-il aussi libre que l'homme sauvage ? Il aura une autre liberté, une liberté plus grande, puisque ce qu'il ne pourra faire par lui-même, il le fera par d'autres; il aura la liberté véritablement humaine.

Rousseau a écrit : « La loi est l'expression de la volonté « générale. » Dans la pensée même de la loi, que trouvonsnous d'abord, si ce n'est une idée de règle, antérieure à l'idée de vouloir? L'homme veut une chose, mais à une condition : qu'elle lui paraisse bonne. Il s'attache à la vue de son intelligence, s'y opiniâtre, et la veut. Si l'objet de sa volonté lui est contesté par d'autres, il veut plus fortement encore; et cette loi qu'il aime, il l'appelle l'expression de sa volonté. Le peuple qui veut une chose ne distingue pas pourquoi il la veut. Il conçoit et veut dans un acte naturel et obscur dont il n'a pas la conscience réfléchie, et dans lequel la volonté est plus sensible pour lui que l'intelligence. Dire que la loi est l'expression de la volonté générale, c'est parler juste, mais incomplétement; c'est avoir un sentiment vif de la réalité, mais ne pas l'embrasser tout entière. Néanmoins, la définition de Jean-Jacques répondait tellement aux véritables besoins de son siècle, qu'elle s'incorpora avec nos mæurs et nos idées politiques.

Mais nous n'irons pas loin sans trouver les inconvénients philosophiques de cette vue incomplète. La justice sociale ne sera plus que l'effet d'un contrat, qui, une fois enfreint par une des parties, permettra à l'État de rendre guerre pour guerre au violateur du pacte. « Tout malfaiteur attaquant le

(1) Contrat social, liv. I, chap. vi, du Pacte social.

« droit social devient par ses forfaits rebelle et traitre à la ( patrie; il cesse d'en être membre en violant ses lois, et « même il lui fait la guerre. Alors, la conservation de l'État « est incompatible avec la sienne. Il faut qu'un des deux pé« risse; et, quand on fait mourir le coupable, c'est moins « comme citoyen que comme ennemi (1). » Non, la loi n'est pas un contrat, mais une règle que la société présente au coupable; elle y compare ses actions; elle les y mesure avec . une justice misericordieuse et sans colère ; elle punit avec douleur; elle absout avec joie, dans la personne du magistrat, qui est un pontife et non pas un gladiateur.

Nouveaux inconvénients. Si la volonté seule est toute la loi, la loi pourra être mobile comme la volonté; et Rousseau arrivera à cette proposition : « D'ailleurs, en tout état de « cause, un peuple est toujours le maître de changer ses lois, « même les meilleures; car, s'il lui plaît de se faire mal à lui:« même, qui est-ce qui a le droit de l'en empêcher (2)? » Et cependant le même Rousseau dit ailleurs : « Il n'y a pas de dan« ger qu'un peuple se fasse mal à lui-même. » L'absence de la raison générale se fait assez sentir dans la définition de la loi.

Il était naturel que le gouvernement monarchique parût au philosophe inférieur tant à l'aristocratique qu'au démocratique. Il en a tracé un portrait amèrement injurieux. « Un dé« faut essentiel et inévitable qui mettra toujours le gouverne«« ment monarchique au-dessous du républicain est que dans ( celui-ci la voix publique n'élève presque jamais aux pre« mières places que des hommes éclairés et capables qui les « remplissent avec honneur; an lieu que ceux qui parvien« nent dans les monarchies ne sont le plus souvent que de « petits brouillons, de petits fripons, de petits intrigants, à « qui les petits talents, qui font dans les cours parvenir aux

(1) Contrat social, liv. II, chap. v, (2) Ibidem, liv. II, chap. XII,

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