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ensevelit, il en évoquera d'autres. Homme, ne méconnais pas la force de ton esprit, qui n'est autre que celui de Dieu même : Ubi aulem spiritus Domini, ibi libertas (1).

La jeunesse de l'humanité est passée : son imagination n'a pas tari, mais elle se fortifie des convictions sévères d'un åge plus mûr. On ne persuadera plus aux sociétés qu'elles meurent, parce que dans leur sein quelques tentes se replient, et que quelques dieux dont le temps est venu tombent sur leurs autels. L'homme social n'est plus idolâtre, et il s'est affranchi du culte des images; il cherche, pour l'adorer, l'esprit des choses.

En vain quelques-uns maudiront l'aurore de cette époque philosophique du monde, elle illumine de la rougeur de ses feux les décombres et les ruines. En vain aussi quelques autres, dont l'impatience domine la raison, se découragent; attendez donc,

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Et quel temps fut jamais si fertile en miracles ?

Attendez, non pas que quelque Deus ex machina descende pour accomplir vos désirs; mais attendez tout de vos propres efforts; il n'y a pas d'autre médiateur que l'esprit humain.

Si la science était inféconde et si la liberté devait mourir, il faudrait condamner Dieu.

Or, on peut prophétiser le triomphe de l'intelligence; il y aura un nouveau développement de la religion pour ceux qui le chercheront, comme il y a eu un nouveau monde pour Christophe Colomb, qui naviguait à sa poursuite; et, comme l'a dit un poëte : « La nature a contracté avec le génie une « éternelle alliance; ce que le génie promet, la nature le tient « toujours. »

La liberté est dans l'ordre politique ce qu'est la science

(1) Epistola secunda Pauli ad Corinthios, cap. II.

dans l'ordre moral, c'est l'esprit humain en son propre nom. Il lui sera donné de fonder son empire et ses lois.

Esprit universel des choses, toi que l'homme ne connaît que par le sien, tu l'animes, tu l'inspires, tu le soutiens, tu l'as créé ton ministre et ton interprète; il n'est rien sans toi, mais tu ne parais sur cette terre que dans lui et par lui; tu vivifies les sociétés, mais tu emportes dans ta course l'image impuissante et la lettre corrompue; tu renouvelles ta face à des époques fatales, ou plutôt l'homme, sur lequel tu as mis ton souffle, te découvre et te voit davantage à mesure qu'il gravit le temps et qu'il se hâte vers l'éternité; tu es notre essence et notre fin, notre intelligence et notre force; ta volonté est la nôtre; tu nous fais travailler à l'accomplissement de tes desseins et des nôtres, et tu nous attends à la fin des siècles comme un grand roi qui, après avoir envoyé ses enfants s'illustrer dans la guerre, les reçoit dans son palais, glorieux et fatigués.

C'est ainsi qu'après 1830, éclataient mon enthousiasme et ma foi dans l'avenir de la liberté. Que de radieuses espérances, que d'enivrantes illusions, faisaient battre alors les ceurs de la génération qui entrait dans la science et dans la vie! Je ne regrette rien de ces nobles émotions, et je n'ai pas voulu dans ce livre en effacer la trace.

Mais le temps a coulé. En face de nos espérances, la réalité sévère et triste s'est levée, et elle en a beaucoup détruit impitoyablement. Néanmoins, tout n'est pas tombé. De grandes convictions nous animent encore, mais épurées, mais dégagées, pour ainsi dire, de ces nuages enflammés que répand entre l'esprit et la vérité l'atmosphère des révolutions.

Je crois toujours à la puissance de la raison humaine ; mais je ne me représente plus cette raison comme vouée à une insurrection éternelle. Elle n'est forte, au contraire, que

dans son ordre, dans sa hiérarchie, dans sa soumission à Dieu. C'est seulement dans cette voie qu'elle peut remonter les degrés qui la séparent du principe divin, et s'approcher le plus possible de sa lumière.

Je crois toujours à l'avenir de la liberté, mais non plus à sa solidarité avec la révolution; car celle-ci a failli l'étouffer dans son étreinte.

Enfin, je crois toujours à l'avenir de l'humanité. Seulement, moins que jamais, je me contente de ces progrès qui transforment la matière, en tirent des ressources nouvelles, mais laissent l'homme dans la même impuissance sur luimême. En vérité, les merveilles de l'industrie jettent une trop vive lueur sur notre faiblesse morale. Combien faudrat-il de siècles pour établir l'équilibre entre la puissance de la matière et la force de l'âme humaine ?

Nous vivons dans un temps difficile et douloureux, temps de luttes sans cesse renaissantes, où ceux qui les soutiennent se proposent toujours un triomphe violent et exclusif. C'est se méprendre étrangement; c'est se tromper d'heure dans l'histoire de l'humanité. Le fond des sociétés et de l'homme a été remué profondément. Pour remettre l'ordre dans ce chaos, il faut embrasser et satisfaire toutes les facultés, toutes les idées, toutes les aptitudes humaines. C'est seulement de cette universalite dans les pensées et dans les actes qu'une vie harmonique et féconde sortira. L'ouvre est immense, et voilà pourquoi, jusqu'à présent, il y a eu tant d'efforts sans durables résultats. Mais aussi l'æuvre est nécessaire, et c'est pourquoi chacun doit continuer son labeur.

FIN DE LA PHILOSOPHIE DU DROIT.

ÉTUDES.

AVERTISSEMENT.

Les études jointes à la Philosophie du droit sont :

1° Un fragment sur la vie et les ouvrages de Saint-Simon. Quand il a paru pour la première fois, quelques mois après la révolution de 1830, plusieurs personnes ont estimé que je plaçais trop haut ce philosophe; mais je persiste à le considérer comme un penseur éminent, de l'originalité la moins incontestable.

2. Une analyse critique de la Monographie de M. OTFRIED Muller sur les Etrusques. J'attachais une grande importance, en étudiant le droit romain, à constater le degré d'influence de la civilisation étrusque sur la civilisation romaine.

3° Une analyse critique de l'ensemble et de quelques points de la belle Histoire romaine de M. Niebuhr. Cet ouvrage est capital pour la connaissance de Rome, et ne saurait être analysé avec trop de détails et de soins. Que ne gagne-t-on pas dans le commerce de tels livres, en assistant pour

ainsi dire à la formation des idées de l'auteur, en les prenant à leur origine, en les suivant dans leurs développements, leurs détours, leurs variations, leurs nuances, leurs transitions, en les décomposant, en les démontant, en interrogeant avec

votre au

lui les sources qu'il a explorées, en les comparant avec ses inductions ! De cette manière , l'admiration

que teur vous inspire est instructive ; les dissentiments que vous exposez seront profitables, et cette contemplation intime est une bonne école où l'esprit exerce ses forces sans compromettre son originalité s'il est destiné à en avoir.

DE LA VIE ET DES OUVRAGES DE SAINT-SIMON.

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Il y a cinq ans, un philosophe meurt dans la pauvreté, l'abandon et l'oubli : durant une vie pleine de travaux et d'amertume, traversée d'orages et vouée tout entière à la passion du vrai, au culte de l'humanité, à la recherche de ses lois morales et progressives et de son avenir positif, cet homme n'a recueilli que dérision et ingratitude; ses contemporains ont passé à côté de lui, soit le sourire moqueur à la bouche, soit en détournant la tête : pas un encouragement, pas un suffrage. Le philosophe a même comparu devant la justice de son pays pour avoir flétri d'une réprobation sévère l'oisiveté dans les cours, et a toujours ainsi marché d'épreuve en épreuve, jamais abattu, ne désespérant jamais jusqu'au dernier soupir, qu'ont reçu un disciple fidèle et deux ou trois amis. Et cependant voilà qu'aujourd'hui, au milieu même des partis, des factions, des trônes qui tombent ou qui craquent, éclate une école nombreuse et puissante qui n'agit, ne parle que pour répandre le nom, la doctrine, la parole de Saint-Simon, les glorifier, et trouve dans son enseignement assez de force et d'autorité pour tourner sur elle les yeux de tous, et devenir l'objet d'une attente universelle. Certes, un fait aussi frappant veut être regardé. Quel est donc cet homme qui revit après sa

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