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dans son ordre, dans sa hiérarchie, dans sa soumission à Dieu. C'est seulement dans cette voie qu'elle peut remonter les degrés qui la séparent du principe divin, et s'approcher le plus possible de sa lumière.

Je crois toujours à l'avenir de la liberté, mais non plus à sa solidarité avec la révolution; car celle-ci a failli l'étouffer dans son étreinte.

Enfin, je crois toujours à l’avenir de l'humanité. Seulement, moins que jamais, je me contente de ces progrès qui transforment la matière, en tirent des ressources nouvelles, mais laissent l'homme dans la même impuissance sur luimême. En vérité, les merveilles de l'industrie jettent une trop vive lueur sur notre faiblesse morale. Combien faudrat-il de siècles pour établir l'équilibre entre la puissance de la matière et la force de l'âme humaine ?

Nous vivons dans un temps difficile et douloureux, temps de luttes sans cesse renaissantes, où ceux qui les soutiennent se proposent toujours un triomphe violent et exclusif. C'est se méprendre étrangement; c'est se tromper d'heure dans l'histoire de l'humanité. Le fond des sociétés et de l'homme a été remué profondément. Pour remettre l'ordre dans ce chaos, il faut embrasser et satisfaire toutes les facultés, toutes les idées, toutes les aptitudes humaines. C'est seulement de cette universalité dans les pensées et dans les actes qu'une vie harmonique et féconde sortira. L'quvre est immense, et voilà pourquoi, jusqu'à présent, il y a eu tant d'efforts sans durables résultats. Mais aussi l'æuvre est nécessaire, et c'est pourquoi chacun doit continuer son labeur.

FIN DE LA PHILOSOPHIE DU DROIT.

ÉTUDES.

AVERTISSEMENT.

Les études jointes à la Philosophie du droit sont :

1° Un fragment sur la vie et les ouvrages de Saint-Simon. Quand il a paru pour la première fois, quelques mois après la révolution de 1830, plusieurs personnes ont estimé que je plaçais trop haut ce philosophe; mais je persiste à le considérer comme un penseur éminent, de l'originalité la moins incontestable.

2. Une analyse critique de la Monographie de M. OTFRIED MULLER sur les Étrusques. J'attachais une grande importance, en étudiant le droit romain, à constater le degré d'influence de la civilisation étrusque sur la civilisation romaine.

3° Une analyse critique de l'ensemble et de quelques points de la belle Histoire romaine de M. Niebuhr. Cet ouvrage est capital pour la connaissance de Rome, et ne saurait être analysé avec trop de détails et de soins. Que ne gagne-t-on pas dans le commerce de tels livres, en assistant pour ainsi dire à la formation des idées de l'auteur, en les prenant à leur origine, en les suivant dans leurs développements, leurs détours, leurs variations, leurs nuances, leurs transitions, en les décomposant, en les démontant, en interrogeant aver: lui les sources qu'il a explorées, en les comparant avec ses inductions ! De cette manière , l'admiration que votre auteur vous inspire est instructive ; les dissentiments que vous exposez seront profitables, et cette contemplation intime est une bonne école où l'esprit exerce ses forces sans compromettre son originalité s'il est destiné à en avoir.

DE LA VIE ET DES OUVRAGES DE SAINT-SIMON.

Il y a cinq ans, un philosophe meurt dans la pauvreté, l'abandon et l'oubli : durant une vie pleine de travaux et d'amertume, traversée d'orages et vouée tout entière à la passion du vrai, au culte de l'humanité, à la recherche de ses lois morales et progressives et de son avenir positif, cet homme n'a recueilli que dérision et ingratitude; ses contemporains ont passé à côté de lui, soit le sourire moqueur à la bouche, soit en détournant la tête : pas un encouragement, pas un suffrage. Le philosophe a même comparu devant la justice de son pays pour avoir flétri d'une réprobation sévère l'oisiveté dans les cours, et a toujours ainsi marché d'épreuve en épreuve, jamais abattu, ne désespérant jamais jusqu'au dernier soupir, qu'ont reçu un disciple fidèle et deux ou trois amis. Et cependant voilà qu'aujourd'hui, au milieu même des partis, des factions, des trônes qui tombent ou qui craquent, éclate une école nombreuse et puissante qui n'agit, ne parle que pour répandre le nom, la doctrine, la parole de Saint-Simon, les glorifier, et trouve dans son enseignement assez de force et d'autorité pour tourner sur elle les yeux de tous, et devenir l'objet d'une attente universelle. Certes, un fait aussi frappant veut être regardé. Quel est donc cet homme qui revit après sa

mort, qui, privé de la célébrité et de l'apothéose de coterie, entre dans la véritable gloire cinq ans après avoir disparu, et dont la doctrine, répandue et développée par un vaste prosélytisme, menace d'une révolution la religion et la poli-. tique ? Quelle est cette école active, infatigable, pleine d'une conviction ardente, qui tous les jours se recrute et se fortifie, écrit, prêche, enseigne, sait braver le martyre du ridicule, renvoie aux salons dédains pour dédains, et marche ouvertement à la conquête de la société ?

Je parlerai d'abord de Saint-Simon ; j'arriverai ensuite à son école.

Claude-Henri, comte de Saint-Simon, naquit à Paris en 1760, et fut ainsi, pendant son enfance, contemporain de Voltaire, de Rousseau et de tout l'éclat du dix-huitième siècle. Il appartenait à ces Saint-Simon que Louis XIII combla de faveurs, qui eurent, sous Louis XIV et le régent, un représentant illustre qu'une immense publication vient de nous révéler comme un des plus grands écrivains de notre langue, qui descendaient des comtes de Vermandois, et, par eux, du sang de Charlemagne. Henri de Saint-Simon était fier de son origine et la rappelait souvent. Ainsi, dans l'avant-propos de son Introduction aux travaux scientifiques du dix-huitième siècle, après avoir dit que, tout à fait étranger aux prétentions littéraires des écrivains de profession, il n'écrit que parce qu'il a des choses neuves à dire, il ajoute : « J'écris comme un gentilhomme, comme un des« cendant des comtes de Vermandois, comme un héritier de « la plume du duc de Saint-Simon. » Et ailleurs : « Ce qu'il «y a eu de plus grand de fait, de plus grand de dit, a été « fait, a été dit par des gentilshommes. Notre ancêtre Char« lemagne, Pierre le Grand, le grand Frédéric et l'empereur « Napoléon étaient nés gentilshommes, et les penseurs du « premier ordre, tels que Galilée, Bâcon, Descartes et New« ton étaient aussi gentilshommes. » Etrange rencontre du sort ! ce hardi novateur était du même sang que «e duc de

Saint-Simon, champion si zélé de la noblesse héréditaire et de l'étiquette monarchique : on dirait que de ces deux gentilshommes l'un était destiné à montrer ce que les préjugés historiques peuvent avoir de plus entèté et de plus industrieux, l'autre ce que l'esprit de l'homme peut avoir de plus général, de plus libre et de plus investigateur.

On n'a pas de détails sur l'enfance de Saint-Simon : dans une de ses lettres, où il raconte l'histoire de sa vie, et que nous avons sous les yeux, il ne remonte qu'à l'époque de son entrée au service, en 1777 ; deux ans après, en 1779, il partit pour l'Amérique ; il y servit sous les ordres de M. de Bouillé et sous ceux de Washington. Pour un jeune homme plein d'enthousiasme, d'avenir, et qui, à dix-sept ans, se faisait éveiller chaque matin avec ces paroles : Levez-vous, monsieur le comte ; vous avez de grandes choses à faire ; c'était un beau spectacle qu'une révolution et un monde nouveau. Là il causa avec Franklin, assista à l'émancipation armée d'un grand peuple, étudia surtout les meurs, la civilisation industrielle, et demeura convaincu dès ce moment que la révolution d'Amérique signalait le commencement d'une nouvelle ère politique, et amènerait bientôt de grands changements dans l'ordre social européen.

Saint-Simon resta cinq ans en Amérique. A la paix, il présenta au vice-roi du Mexique le projet d'établir entre les deux mers une communication qui était possible en rendant navigable la rivière in Partido, dont une bouche verse dans notre Océan, tandis que l'autre se décharge dans la mer du Sud. Le projet fut froidement accueilli : il l'abandonna. De retour en France, il fut fait colonel ; il n'avait pas encore vingt-trois ans. Le dés@uvrement dans lequel il se trouva ne tarda pas à lui déplaire: il partit pour la Hollande en 1785. De retour à Paris, uil an après, il fit un voyage en Espagne en 1787. Le gouvernement espagnol avait entrepris un canal qui devait faire communiquer Madrid à la mer; mais il manquait d'ouvriers et d'argent. De concert avec le comte de

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