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n'échappa à cette tournure des esprits à Rome, pas même Caton, si savant dans les origines italiques. Toutefois, on ne saurait méconnaître que les écrivains comme Caton, Cincius et Varron, durent consulter les monuments de l'Étrurie, soit directement, soit par des intermédiaires ; car Varron luimême n'entendait pas l'étrusque.

C'est une curiosité bien naturelle qui nous pousse, en abordant l'histoire d'un peuple, à nous informer de ses origines, de sa souche, de la place qu'il occupe dans la grande famille des races et des nations humaines. Mais ici il est malaisé de satisfaire ce désir. Les fables et l'érudition se sont si souvent disputé le berceau des Étrusques par les traditions et les hypothèses les plus contraires, qu'il est presque impossible d'assigner, avec quelque certitude le point d'où est parti ce peuple original. Tour à tour les Chananéens, les Phéniciens, les Celtes, les Pélasges et les Grecs ont été présentés par les savants italiens et français comme les auteurs des Étrusques (1). Nous n'exposerons pas sur ce point les excursions de M. de Otfried Müller, qui d'ailleurs s'attache à constater surtout l'originalité de la langue et des mæurs des Étrusques : aussi commence-t-il par des études de linguistique sur l'idiome des peuples italiques, en particulier sur celui des Eixenci, qui, suivant une tradition fort accréditée dans l'antiquité, vinrent d'Italie dans l'île à laquelle ils donnent leur nom, sur le latin, sur l'osque, sur la langue, ombrique, et finit par conclure, avec Denys d'Halicarnasse, que les Étrusques ne ressemblent à aucun autre peuple d'Italie pour leur langue, leurs moeurs et leurs institutions.

Le véritable nom de ce peuple est Pagevai. Les Latins et les Ombriens l'appelaient Tusci; les Grecs ne le connaissaient que sous le nom de Tyrrhéniens. M. Otfried Müller examine

(1) Voyez aussi M. Creuzer, traduit par M. Guigniaut, tome II, première partie, page 296.

comment ils étendirent leur domination sur l'Étrurie, leurs rapports et leurs guerres avec les peuples voisins, comment ils détruisirent trois cents villes aux Ombriens, leurs luttes avec les Liguriens, leurs avantages sur Rome, qu'ils eurent un moment en leur puissance (1), et enfin leurs victoires successives et le triomphe définitif des Romains, qui, par l'établissement des colonies militaires, ruinèrent les villes et les habitants, si bien que Properce eut raison d'écrire à la louange d'Auguste :

« Eversosque focos antiquæ gentis etruscx (2). »

On ne sait rien de bien clair et de certain sur leur domination dans la haute Italie. Ils y jetèrent un éclat vif, mais court (3). Ils envoyèrent aussi des colonies dans la Campanie et dans les îles. Hors de l'Italie, nous ignorons si, parmi les peuples qui les touchèrent en quelque chose, ils eurent affaire aux Phéniciens; au reste, dans leur civilisation, on ne saisit aucune trace de ce peuple oriental. Mais les Carthaginois furent un temps leurs ennemis ; les deux peuples combattirent pour la possession de la Sardaigne, puis se réunirent contre un ennemi commun, les Phocéens, et paraissent depuis avoir vécu en bonne intelligence; de façon que, par une sorte de convention tacite, la Sardaigne resta à Carthage, et la Corse aux Étrusques. L'opulente et puissante Corinthe fut aussi bien connue des Toscans, et dut avoir avec Tarquinii des rapports de commerce; la tradition sur Démarate en est la preuve.

La nature et la fertilité du territoire de Toscane, ses produits, le parti qu'on en tirait pour l'usage de la vie, le négoce et le commerce des Étrusques, leur monnaie, leur richesse pécuniaire, occupent le premierlivre de la monographie de M. Otfried Müller. Nous arrivons au second livre, où il traite de la vie politique et domestique.

(1) Voyez Niebuhr, tome I, deuxième édition. La guerre de Porsenna,

page 565.

(2) Livre II, élégie I.

(3) Voyez Histoire des Gaulois, par M. Amédée Thierry, tome 1, page 51, etc.

Il est difficile de connaitre nettement l'intérieur de l'état et de la famille dans l'antique Étrurie. Les livres religieux et rituels de la nation (rituales Etruscorum libri) sont perdus; ils contenaient, suivant Festus (1), les rites et les usages suivant lesquels on fondait les villes, on consacrait les autels et les temples, ce qui faisait la sainteté des murs, la solennité de la porte; comment se divisaient les tribus, les curies, les centuries; comment se formaient et s'organisaient les armées, et les autres choses de ce genre, qui touchajent à la paix et à la guerre. Nous n'avons que quelques renseignements fournis par les Grecs et les Romains, qui ne s'arrètent souvent qu'aux rapports les plus extérieurs. Les Romains, dans les récits qu'ils sont de leurs guerres, parlent souvent de la fédération générale des douze villes étrusques. M. Otfried Müller, après une discussion qu'il faut comparer avec celle de M. Niebuhr (2), au lieu des douze villes dont on parle partout, croit pouvoir en compter dix-sept, savoir : Cortone, Péruse, Arretium, Volsinii, Tarquinii, Clusium, Volaterre, Ruselle, Vetulonium, Pise, Fesule, Veïes, Cere, Falere, Aurinia ou Celetra, Volci et Salpinum. Quoi qu'il en soit, dans cette confédération, qui n'est pas sans analogie avec celles des villes grecques, surtout dans l'Asie Mineure, les différents états gardaient leur indépendance; Tarquinii

(1) Nous avons sous les yeux l'édition Dacier. Voyez page 450. « Ritua« les nominantur Etruscorum libri in quibus perscriptum est, quo ritu « condantur urbes, aræ, ædes sacrentur, qua sanctitate muri, quo jure « portæ, quo modo tribus, curice, centurie, distribuantur, exercilus cona stiluantur, ordinentur, cæteraque ejusmodi ad bellum, ad pacem perti« nentia. »

(2) Tome I, pages 119-124. – Dempster et Cluvier, cités par M. 01fried Müller, ne comptent aussi que douze villes, comme M. Niebuhr, mais les noins sont différents. ·

a pu dominer un instant dans le second siècle de Rome; mais Volsinii et Clusium secouèrent vivement la suprématie de cette ville rivale, qu'ils finirent par renverser. Le lien politique qui unissait ces différentes cités était fort léger; la grande affaire, c'étaient les solennités religieuses. Le peuple toscan se rassemblait tous les ans au printemps, auprès du temple de Voltumna; les villes élisaient un grand prêtre pour toute la fédération ; les sacrifices se terminaient par des jeux : comme en Grèce et en Orient, il y avait des marchés pendant ces fêtes nationales. Les réunions étaient annuelles ; cependant, dans les circonstances urgentes, quelques villes prenaient l'initiative pour convoquer sur-le-champ une assemblée générale. Les réunions solennelles se composaient incontestablement du peuple entier; mais l'aristocratie seule y délibérait sur les affaires; aussi ces assemblées sont-elles souvent nommées, par Tite-Live, principum concilia. Ici, M. Otfried Müller se trouve, sans le dire, en dissentiment complet avec M. Niebuhr, car ce dernier ne peut consentir à reconnaître chez les Étrusques des assemblées nationales ; il pense que c'étaient les principes seuls qui non-seulement délibéraient sur les affaires, mais même se réunissaient, et que les conférences d'une aristocratie sacerdotale et guerrière n'ont aucune analogie avec les assemblées des Latins et des Samnites (1). Nous inclinons à cette dernière opinion, qui nous semble plus conforme à l'esprit des institutions étrusques. Les formes de la fédération semblent avoir survécu quelque temps à la prospérité nationale; et, sous la domination romaine, on en rencontre encore quelques traces toujours sous les auspices de la religion.

C'est grand dommage, pour la connaissance intime de l'histoire de Rome, que nous sachions si peu de choses sur les rapports politiques et civils des peuples de l'Italie, 'surtout. des Étrusques. L'Étrurie dut avoir, comme Rome, des colo

(1) Tome I, page 124.

nies et des municipes, qui se rattachaient aux cités souveraines de la fédération. Toute ville qui s'administrait elleméme avait à sa tête une aristocratie, que les Romains désignaient ordinairement par le nom de principes. C'étaient eux qui seuls avaient la conduite des affaires ; ils formaient une noblesse de race dont chaque membre s'appelait lucumo. Les Romains firent à tort de lucumo un nom propre; Denys d'Halicarnasse tomba dans la même erreur. Lucumo était la désignation générale des nobles étrusques. Ainsi, le savant Varron nous dit que Romulus demanda secours aux Lucumons, c'est-à-dire aux Étrusques.

Les familles nobles pouvaient seules prétendre aux grandes dignités, surtout à la dignité royale, qui probablement n'était pas héréditaire, et dont l'exercice devait se trouver fort restreint par la surveillance jalouse de l'aristocratie dont en réalité les rois étrusques n'étaient que les chefs (1). Néanmoins, cette dignité royale, restreinte par les sublimes viri et par le sénat, était en honneur en Étrurie; les écrivains romains en parlent souvent. Denys d'Halicarnasse pense que les insignes des magistrats romains furent empruntés des rois étrusques ; on sait que le lars Porsenna est appelé par les historiens roi de Clusium, quelquefois aussi roi de l'Étrurie entière ; on peut présumer qu'il commandait l'armée générale de la fédération.

L'aristocratie étrusque aimait la pompe et la magnificence dans les insignes et le costume; différente en cela des Grecs, et surtout des rois de Lacédémone. Rome l'a imitée. Les licteurs, les apparitores, la chaire curule d'ivoire, la toge prétexte, la pompe du triomphe, le diadème d'or (etrusca corona), et d'autres insignes furent empruntés à l'Étrurie (1) Il y a donc peu de vérité dans ces vers de Voltaire :

Esclaves de leurs rois, et même de leurs prêtres,
Les Toscans semblent nés pour servir suus des maîtres,
Et, de leur chaîne antique adorateurs heureux,
Voudraient que l'univers füt esclave comme eux.

(BRUTUS.)

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