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saire à l'étude des institutions romaines. Le savant président de Brosses, par son audacieuse restitution de l'Histoire de la république romaine dans le cours du septième siècle, par Sallusle, fit briller l'érudition française dans le champ de l'histoire conjecturale. Au commencement de ce siècle, Levesque, membre de l'Institut, renouvela, dans son Histoire critique de la république romaine, le scepticisme de Pouilly et de Beaufort; mais sa critique est trop arbitraire, et, malgré quelques aperçus qui ne sont pas sans valeur, il est inférieur à ses devanciers.

L’Angleterre a sur l'histoire romaine deux auteurs capilaux, Fergusson et Gibbon. Fergusson, dans son Histoire des progrès et de la chute de la république romaine, offre une narration du plus grand intérêt, surtout pour le dernier siècle de la république. Gibbon commença son grand ouvrage où Fergusson avait fini le sien. Après un coup d'ail sur la monarchie d'Auguste et ses successeurs immédiats, il expose, à partir du siècle des Antonins, les tristes progrès de la décadence de l'empire romain. On a tout dit sur les mérites et les défauts de ce grand monument; les censures les plus vives ne sauraient compromettre la gloire de Gibbon, car il est de la destinée des choses véritablement grandes et fortes de durer et de survivre aux critiques qui en ont signalé les faiblesses et les misères.

Cependant, en Allemagne, le grand Heyne avait ranimé le goût et la connaissance de l'antiquité, et avait lui-même beaucoup écrit sur les antiquités romaines. Plus tard, Voss, qui encouragea la jeunesse de M. Niebuhr, rendit général dans la littérature allemande, par ses traductions d'Homère et de Virgile, le sentiment profond des anciens. Il faut voir, dans la belle préface de M. Niebuhr, comment la philologie prit alors un vaste essor, et se fit le plus puissant soutien de l'histoire.

Jusqu'à M. Niebuhr, l'érudition allemande, tout en cultivant l'antiquité romaine, n'avait rien promis de véritablement original. En 1811, par la première édition de son Histoire romaine, l'illustre philologue commença une ère nouvelle. Dans cet ouvrage, qui n'est plus aux yeux de l'auteur qu'un essai de jeunesse, et dont il a conservé à peine dans sa seconde et dans sa troisième édition quelques morceaux isolés, l'Allemagne reconnut unanimement une science profonde et originale, des résultats nouveaux, des conjectures puissantes, une voie nouvelle ouverte, et déjà fortement sillonnée. Néanmoins, il s'éleva des contradictions. M. Guillaume de Schlegel fit, en 1816, dans le cinquante-troisième numéro des Jahrbücher de lleidelberg, une critique longue et savante de plusieurs points capitaux. M. Wachsmuth, professeur à l'université de Ialle, publia, en 1819, un ouvrage intitulé die altere Geschichte des römischen Staales, où il s'attacha à combattre M. Niebuhr en s'en référant assez souvent aux anciennes opinions et à l'autorité de Tite-Live. M. Niebuhr, sans répondre à ses critiques, continua, perfectionna ses travaux; et, en 1827, il donna une seconde édition de son livre, mais du premier volume seulement, seconde édition qui fut suivie immédiatement d'une troisième, l'auteur ayant jugé nécessaire d'éclaircir et de préciser plusieurs points de vue par des additions et des notes.

Dans les siècles précédents, les savants et les historiens avaient presque toujours déserté l'exploration des origines et des premiers temps de Rome: Ainsi, au dix-septième siècle, Sigonius, dans le premier chapitre de son traité de Jure antiquo civili romano, annonce qu'il ne cherchera pas à débrouiller ce qu'était le citoyen romain sous les rois et dans les premiers temps de la république ; mais qu'il commencera ses recherches à une époque où les dignités devinrent communes entre les patriciens et les plébéiens, notamment après la guerre de Tarente. Dans le siècle dernier, Fergusson passe en quelques pages et avec un scepticisme superficiel sur les trois cents premières années. M. Niebuhr, au contraire, s'enfonçant dans des voies inconnues à tous ses devanciers, s'attache à l'étude des premiers éléments de la chose romaine, à l'investigation de ses rudiments primitifs; il aborde de front des difficultés désertées jusqu'à lui : c'est son caractère et son originalité de vouloir donner à ce qui est primitif, inconnu, obscur, de la certitude et de la réalité. Aussi, jusqu'à présent, a-t-il porté tout son effort sur l'Italie primitive et les quatre premiers siècles de Rome. C'est grâce à ses travaux que la première période de l'histoire romaine a pris enfin une physionomie, reconquis son importance, et présenté des résultats féconds. Ce que n'avaient pas tenté ses devanciers, M. Niebuhr l'a exécuté : manière puissante d'innover et de trouver la gloire.

Comment a-t-il procédé dans sa laborieuse entreprise? S'isolant des travaux modernes, ne vivant qu'avec l'antique, de longs séjours à Rome, des conversations vivifiantes avec Savigny, un enthousiasme persévérant et plein de bon sens, un noble caur, une érudition toujours vive et fraiche, jamais d'emprunt, un instinct historique merveilleux, un cil sachant percer dans ce que les faits ont d'énigmes, de détours et de profondeur, une sagacité qui ne fléchit jamais et qui, par sa vivacité, ressemble parfois à de l'imagination, voilà comment et avec quoi M. Niebuhr a travaillé. C'est un ancien, ou plutôt il lui a été donné au dix-neuvième siècle de sentir mieux parfois l'antiquité et les idées romaines que Tite-Live et Varron; car il vit dans un temps plus heureux pour l'intelligence de l'histoire que les conteniporains d'Auguste : depuis Actium jusqu'à Waterloo, il y a eu des leçons et des enseignements pour l'historien.

Dans le livre de M. Niebuhr, que de nouveautés heureuses ! Nous signalerons aux historiens et aux jurisconsultes :

Le tableau de l'Italie primitive;
L'appréciation des gentes patriciennes et des curies ;
La commune et les tribus plébéiennes;

La constitution de Servius Tullius et le système des centuries;

Les nexi.

Toutefois, il ne faut pas s'imaginer que tous les résultats obtenus par M. Niebuhr soient définitifs ; plusieurs de ses opinions, de ses conjectures, peuvent être l'objet d'une polémique sérieuse. Si M. Niebuhr est entré le premier dans des voies nouvelles, il y a été et sera suivi par des contradicteurs et des émules ; s'il a ouvert la carrière de l'histoire romaine dans ce siècle, il ne la fermera pas; quelques-uns de ses résultats pourront être attaqués, mais son nom et son monument n'en souffriront pas; il aura facilité les progrès qui pourront se faire après lui; ceux qui le suivront trouveront toujours sa trace, ils y passeront sans l'effacer. La gloire qui résiste le plus au temps est celle de venir le premier en quelque chose, et le nom de M. Niebuhr durera aussi longtemps que la philologie et l'histoire seront en honneur dans notre Europe.

Le traduire n'était pas facile; M. Niebuhr a un mérite lit. téraire que nous avons déjà signalé dans une autre occasion; nous avons relevé ailleurs « cette philologie ingénieuse qui « donnait la vie à ce que l'antiquité avait de plus primitif et « de plus obscur; ce style à la fois åpre et brillant, mélange « d'abstractions et d'images, et dont la poétique rudesse «« semble s'inspirer quelquefois d'Eunius et de Caton. » Pour reproduire ce caractère et cette couleur, il eût fallu toute la puissance du plus habile et du plus brillant écrivain ; et encore peut-être eût-il échoué : tant M. Niebuhr est indigène et original dans sa façon d'écrire; tant il est difficile de trouver des équivalents à son archaïsme, qui est laborieux pour les Allemands eux-mêmes. M. de Golbery a pris le parti de renoncer tout à fait à la reproduction du caractère littéraire pour s'attacher à une exactitude littérale et minutieuse. Il le déclare lui-même dans sa préface : il ne faut donc pas lui demander un reflet d'artiste, une lutte avec l'original; et, pour avoir une idée de M. Niebuhr comme écrivain, il faudra toujours le lire en allemand.

Nous n'avons pas encore eu le temps de comparer la traduction avec le texte sous le rapport de l'exactitude, mais tout nous dispose à en bien augurer; car M. de Golbery, qui lui-même a une connaissance profonde de la langue allemande, a eu l'avantage de soumettre à M. Niebuhr les épreuves de sa traduction, et de se conformer aux corrections indiquées par l'illustre historien. Peut-être, en donnant à la France la traduction d'un ouvrage aussi capital, eût-il été nécessaire de définir nettement l'état de l'érudition européenne et allemande sur les antiquités romaines, de faire connaître aux lecteurs français les dissentiments qu'ont soulevés en Allemagne plusieurs opinions du bel ouvrage de M. Niebuhr, ce qui eût été facile par une introduction et des notes. Quoi qu'il en soit, M. de Golbery, déjà connu par d'estimables travaux, a bien mérité du public, des philologues, des historiens et des jurisconsultes, en traduisant un ouvrage monumental pour l'archéologie, l'histoire de Rome et du droit romain (1).

Ne serait-il pas temps de reporter un peu sur l'antiquité l'attention et la faveur que nous avons prêtées presque exclusivement au moyen âge et aux temps modernes ? Il y a quinze ans, Millot et Anquetil étaient nos historiens classiques, et nous savions l'histoire comme les cadets de l'École militaire avant la révolution. Aujourd'hui, les problèmes les plus difficiles de la science historique, les établissements et les lois barbares, les origines des races, leurs aventures, leurs catastrophes, la féodalité, la chevalerie, les époques les

(1) M. de Golbery continue en ce moment sa traduction, et nous rend le service de populariser l'euvre de Niebuhr.

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