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pourvoit au présent et prépare l'avenir : elle ne renverse pas, elle répare; elle n'immole rien et s'allache à tout guérir. »

Si je caractérisais ainsi, dix ans avant la révolution de 1848, la science politique, c'est que j'y portai toujours, non pas l'esprit de système, mais l'esprit d'observation. Telle a été en effet ma disposition constante. J'ai toujours cherché la vérité, non pas dans un dogmatisme préconçu, mais dans l'étude persévérante de l'homme et de l'histoire, plus désireux de découvrir des points de vue et des rapports nouveaus que pressé d'ériger en théories définitives d'insuffisantes affirmations.

« Le premier pas, a dit Turgot, est de trouver un « système; le second est de s'en dégoûter. » Ce mot indique vivement deux dispositions naturelles à l'esprit. L'homme, convaincu qu'il est fait pour la vérité, a la noble ambition d'en réunir les rayons épars. Dès qu'il est frappé des rapports et de la mutuelle dépendance de quelques vérités, restées jusqu'alors dans une sorte d'isolement, il travaille à les associer, et bientôt il se laisse entraîner à prendre cette concentration partielle pour l'image complète de la réalité. Courte ou opiniâ tre, cette illusion finit toujours par s'évanouir. Des faits nouveaux paraissent, qui, de toute part, débordent le système où l'esprit s'était complu, et c'est en l'abandonnant qu'il faut recommencer à poursuivre la vérité.

On se trouve ainsi averti par la caducité des systèmes, que l'observation doit répondre par son étendue à l'immensité des choses. De ce qu'un fait en contredit un autre, il ne suit pas qu'il soit moins réel. Il faut donc

que l'esprit soit assez ferme et assez libre pour tout saisir, même les éléments qui se combattent, et dont l'antagonisme , s'il n'est qu'à la surface, disparaîtra plus tard. Les préjugés de toute sorte font bonne garde autour de la vérité, afin d'en intercepter l'approche et la vue, préjugés de routine, préjugés d’école (1), pré

(1) L'appareil et les formules de la logique ne sont pas un des moindres obstacles à l'aperception de la vérité, comme nous l'avons montré plus d'une fois dans le cours de ce livre, notamment en examinant le système de Hegel. Un sayant professeur de l'Université de Bonn, M. Gustave Frédéric Gaertner, a défendu ce système contre mes critiques dans un écrit intitulé : de summo juris naturalis Problemate. Je voudrais donner ici en entier le chapitre où il fait de ma philosophie du droit, ainsi que du livre du célèbre professeur Stahl, qui parut à la même époque, l'expression d'un positivisme auquel il oppose l'idealisme de Hegel, qui, selon lui, contient toute vérité. L'étendue du chapitre m'oblige à n'en citer que quelques passages. Je les mets sous les yeux du lecteur sans commentaires. Ceux qui accordent à ces grandes questions l'attention qu'elles méritent, trouveront peut-être que les principes et l'esprit de mon livre répondent suffisamment aux attaques du docte hégélien. Après avoir établi que le positivisme avait deux représentants, l'un en France, l'autre en Allemagne, M. Gaertner continue ainsi : « Dicimus Lerminier Franco-Gallicum et Stahl, Germano-Bojovarium (77). Misologus uterque (78), et stomachatur, quod, quum fuisset excogitata libertas, nil sibi foret reliquum, et deplorat degustato conscienciæ arbore amissum paradisum et accusat impietatis ideam, quæ, ut unam se intueretur, animam iuris immolatura fuisset.

a Inyo denique dialectices excusso clamantes ambo: «Le droit est la réa«Jité même ! » « le droit c'est la vie! » ipsi sese in naturalem libertatem inque suam laxitatem recipiunt (79). Iam vero quid sibi volunt illi? Nonne et Hegelio maximæ curæ erat, Realitatem ut demonstraret Iuris? Atque

(77) Philosophie du Droit, par E. Lerminier. 2 vol. Paris, 1831. – Die Philosophie des Rechts nach geschichtlicher Ansicht, von F.-J. Stahl. Bd. I. 1830. II. 1. 1833. II. 2. 1837.

(78) Lerminier I. c. II. p. 215; Stahl 1. c. p. 53 sq. 181.

(79) cf. Lerminier I. c. II. p. 287. cf. II. p. 145; et consonat ad verbum fere Stahl. I. c. II. 151: das Recht ist ein Realität. Ein System muss sich nicht auf logische Kategorien, sondern auf die reellen, positiven Grundlagen des menschlichen Lebens gründen.

jugés de parti. Il faut les écarter tous pour aller droit à la réalité, et celle-ci ne livre la connaissance d'elle

isti nolunt reale esse Ius, sed ipsam Realitatem volunt Ius esse, ita ut ea elocutione non tantum, quale sit qualeque existat Ius, sed ipsum quid sit et definitum et circumscriptum contendant. Verum enimvero Realitas, ex qua quid sit aliquid, oriundum definitur, indefinita et ipsa denique non intelligibilis ponitur; ergo, quum nullius Ideæ esset Realitas (alioquin, quid esset aliquid ex illa, non ex hac petendum fuisset), ipsa etiam nulla esset Realitas sed — Natura. Natura illa naturans, inaccessibilis homini neque ulla ratione capienda, ipsa infinitas res infinitis modis procreans.

« Itaque Stahl Ius appellai appetitum quemdam multa multis modis generantem (80), vim quamdam formatricem (81), quæ (82), datas quasdam, secundum naturales quasdam affinitates (scilicet ex lege attractionis et repulsionis) conglomeratas materias, intrinsece agens in individuas quasdam species conformans, his suis institutis articulatum Iuris corpus efficiat (83). Nec alia nisi audacior laudati Lerminierii est sententia, quippe qui (84) cuivis homini, cuivis populo et spontaneitatem irresistibilem et infinitam suarum idearum producendarum facultatem cum vindicet, tum denique contendat : « La liberté est dans l'ordre politique ce qu'est la a science dans l'ordre moral (85). »

Libertatem namque, quam emancipavissent ex potestate Rationis, reddidisse infinitam, hæc est utriusque et sententia et voluntas. Iam vero illam suam libertatem confestim, ne pereat misera, quippe quæ denudata a Ratione frigore torpeat, alia quadam veste quam celerrime vestiri, aliquam alicuius esse libertatem statuere, ambobus opus erat. Quæ vero aliqua alicuius libertas concipitur, iam altera, scilicet aut Dei aut Hominis libertas est et concepta et concipienda, atque etiam, quum utraque infinita poneretur, altera alteri necessario adversa. Inde nostri mutatis partibus hinc Stahl hinc Lerminier discedunt infesti: Dei ille petit infinitam libertatem Creatoris atque Ducis, ita, ut Dei Factum, quæ omnia et facta fuerint et fiant et futura sint tum contemplelur tum interpretetur; hic Homini humanoque generi ut infinitam libertatem recuperaret, futurunı tempus nulla præterita re nullo Deo definitum spontaneitati absoluta populorum alta voce vindicat. Mox vero digressos obviam venientes vides.

(80) I. c. II. p. 147 — 165. 169.
(81) I. c. II. p. 112. 113.
(82) I. c. p. 144. 156. 110.

(85) 1. c. II. p. 106 sp. 108.
• (84) I. c. II. p. 283, cf. I. p. 46,
(85) 1. c. II. p. 340.

même qu'à la pénétration d'un regard qui ne se laisse ni détourner ni éblouir.

Toujours difficile, la science politique a vu de nos jours ses complications et ses devoirs augmenter. Pendant la plus grande partie de la première moitié de notre siècle, on s'est flatté de l'espoir d'avoir obtenu, sur des points importants, des solutions définitives. Nous avons été détrompés brusquement, et jetés dans un chaos où tout sembla disparaitre, les travaux des siècles précédents, non moins que nos illusions.

Dès que la société du moyen âge eut élé irréparablement ébranlée par l'altération de la foi, par les schismes et les déchirements du christianisme, le monde se remit à une poursuite nouvelle de la vérité, tant dans l'ordre religieux que dans l'ordre politique. Qui eût dit qu'à trois cents ans de distance nous nous retrouverions dans la même anarchie, et que le dix-neuvième siècle aurait à subir les épreuves et les douleurs du seizième? Cette analogie n'est pas un caprice de l'imagination : plus on la creuse, plus on l'établit.

Considérez attentivement les deux siècles, vous y

Nec mirum. Efficere enim non possunt, ut qualem confinxerint libertatem futuram, sive Dei omnipotentis Creatoris revelationem, sive Hominis humanique generis absolutam indefinitamque perfectionem, ea aliquidquam proficiat, cui nisi aliquantum Rationis admiscuerint (88).

« Ne vero, quam furca expulerint, ea Ratio redierit, alia hæc, quæ operetur, alia, quæ cogitet, istis statuendum est. L'esprit des choses est illa, quä ipsam se efficiat, libertas. »

(88) cf. Sthal I. c. II. 1. p. 123. Durch das sittliche Bewusstsein der Menschen in ihrer Gemeinschaft und die ihm entsprechende Handlungsweise bildet sich das Recht...... Das System inuss die Thatsachen und die juristische Gestaltung sondern...... obwohl immer in dem Bewusstsein, das derselbe Gedanke, welcher die rechtliche Gestaltung bestimmt, auch schon die erzeugende Ursache der thatsächlichen Zustände ist. II. 1. p. 147. — Lerminier II. 286. Dans la philosophie sociale, l'homme se voit agissant et cherche les lois de ses actions.

trouverez la même vivacité dans les luttes de croyances et de principes, la même violence dans les actes, le même aspect tragique des événements. Il est certain que le seizième siècle laissa aux générations qui le suivirent des impressions sinistres. Bayle (1) en parlait en ces termes sévères : « Malheureux siècle, où l'assas« sinat, le parjure, la déloyauté, étaient les moyens or« dinaires de s'agrandir!» Après cetle exclamation, il ajoutait, en appliquant les vers suivants de Juvénal à l'époque de Catherine de Médicis, des Guise et de Henri III : « Siècle pire que celui de fer, et dont cha« cun pouvait dire :

a Nunc ætas agitur, pejoraque sæcula ferri •
« Temporibus, quorum sceleri non invenit ipsa
<< Nomen, et a nullo posuit Natura metallo (2). >>

Précisons davantage la comparaison entre les deux époques. Au seizième siècle, la religion fut la cause suprême qui détermina les changements politiques ; au dix-neuvième, les commotions politiques conduisent de plus en plus les sociétés à reconnaître la puissance de la religion. Il y a trois cents ans, la vérité religieuse et sa recherche étaient considérées comme le premier des intérêls; de nos jours, la guerre ardente que se font les intérêts et les idées, tourne les esprits vers les

(1) Dictionnaire historique et critique, vo Lognac.

(2) Ces vers se trouvent dans la treizième satire, communément appelée le Dépôt, et l'une des plus éloquentes qu’ait écrites Juvénal. Il est remarquable que Bayle, dans sa citation, a substitué le mot nunc au mot nona, Juvénal parlait d'un neuvième âge. Était-ce seulement une hyper. bole en présence de la tradition, qui n'en énumérait que quatre, ou bien était-ce une allusion à la durée du monde, que quelques Grecs avaient partagée en huit époques ?

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