Discours et vrit dans Les voyages de Gulliver de Jonathan Swift

Presses Universitaires Lyon, 2002 - 250
Gulliver se vante (ou s'excuse) de n'avoir rien que de trs " commun " raconter contrairement aux autres auteurs de rcits de voyages, qui ont tant de choses extraordinaires dire. De fait, ce dont il parle, ce n'est pas de pygmes ou de gants, d'le volante ou de chevaux qui pensent : c'est de ce qu'il y a de plus commun entre les hommes, puisqu'il s'agit de l'espce humaine, de la dfinition de la " nature " de l'homme, et de ce que l'homme a fait de cette nature au cours de son histoire individuelle et collective. Tout le livre illustre et dnonce l'abjection laquelle l'homme n'a cess de consentir, cette " perte du propre " (J. Kristeva) qui le condamne la drive loin du lieu de la Vrit, dans les errances d'un discours qui l'en loigne mesure qu'il cherche s'en rapprocher. Cette maldiction se manifeste dans les vicissitudes du texte mme que Gulliver offre au lecteur, texte sans origine ni autorit, dans le langage qui l'oblige dire " la chose qui n'est pas ", dans l'tat de la cit livre la corruption, dans l'histoire du monde men au dsastre par l'intrigue et le mensonge. L'homme est ainsi condamn une inluctable dgradation que les errements de la modernit politique, idologique, pistmologique aggravent au-del de toute rmission. La qute de la Vrit bascule de l'utopie la dystopie, de la satire la mtaphysique, de l'ingnuit l'horreur, tout au long des voyages du marin le plus catastrophique de la littrature. Gulliver est amen pour finir porter tmoignage d'une exprience de l'impossible, dont sa sant mentale fait les frais, au terme de ce " Grand Tour " paradoxal dans l'envers du monde.
 

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DÉRIVES ET DÉSASTRES
109
le nonlieu de la Vrit les Voyages et lUtopie
147
la fin du voyage
189