Les caractres de La Bruyre: suivis des Caractres de Thophraste, traduits du grec par le mme; prcds d'une notice sur La Bruyre, 1-2

Emler frres, 1829
 

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9 - TOUT est dit : et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il ya des hommes, et qui pensent.
249 - ... l'aurore le trouve dj en pleine campagne, d'o il ne se retire qu'avec le soleil : quels soins ! quelle vigilance ! quelle servitude ! Quelle condition vous parat la plus dlicieuse et la plus libre, ou du berger ou des brebis? le troupeau est-il fait pour le berger, ou le berger pour le troupeau?
13 - Entre toutes les diffrentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos penses, il n'y en a qu'une qui soit la bonne. On ne la rencontre pas toujours en parlant ou en crivant ; il est vrai nanmoins qu'elle existe, que tout ce qui ne l'est point est faible, et ne satisfait point un homme d'esprit qui veut se faire entendre.
320 - ... que le prix qu'ils y ont mis, et l'ide qu'ils se forment de ceux qui ont pris le parti de les cultiver. Il n'ya point d'art si mcanique ni de si vile condition o les avantages ne soient plus srs, plus prompts et plus solides. Le comdien, couch dans son carrosse, jette de la boue au visage de CORNEILLE, qui est pied.
193 - ... et il rit de l'autre. Se formant quelquefois sur les ministres ou sur le favori, il parle en public de choses frivoles, du vent, de la gele; il se tait au contraire, et fait le mystrieux sur ce qu'il sait de plus important, et plus volontiers encore sur ce qu'il ne sait point.
50 - Les enfants des Dieux, pour ainsi dire, se tirent des rgles de la nature, et en sont comme l'exception. Ils n'attendent presque rien du temps et des annes. Le mrite chez eux devance l'ge. Ils naissent instruits, et ils sont plus tt des hommes parfaits que le commun des hommes ne sort de l'enfance.
152 - Giton a le teint frais, le visage plein, et les joues pendantes, l'il fixe et assur, les paules larges, l'estomac haut, la dmarche ferme et dlibre : il parle avec confiance, il fait rpter celui qui l'entretient, et il ne gote que mdiocrement tout ce qu'il lui dit: il dploie un ample mouchoir, et se mouche avec grand bruit ; il crache fort loin, et il ternue fort haut ; il dort le jour, il dort la nuit, et profondment ; il ronfle en compagnie. Il occupe, table et ...
132 - PTS nous font sentir toutes les passions l'une aprs l'autre: l'on commence par le mpris, cause de leur obscurit; on les envie ensuite, on les hait, on les craint, on les estime quelquefois, et on les respecte; l'on vit assez pour finir leur gard par la compassion.
177 - L'on se couche la cour, et l'on se lve sur l'intrt : c'est ce que l'on digre le matin et le soir, le jour et la nuit; c'est ce qui fait que l'on pense , que l'on parle , que l'on se tait, que l'on agit...