Oeuvres de Boileau-Despraux, 2

J. J. Blaise, 1821
 

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182 - Enfin Malherbe vint, et, le premier en France, Fit sentir dans les vers une juste cadence, D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir. Et rduisit la muse aux rgles du devoir. Par ce sage crivain la langue rpare N'offrit plus rien de rude l'oreille pure.
573 - Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes : Ils peuvent se tromper comme les autres hommes ; Et ce choix sert de preuve tous les courtisans Qu'ils savent mal payer les services prsents.
183 - Surtout qu'en vos crits la langue rvre Dans vos plus grands excs vous soit toujours sacre. En vain vous me frappez d'un son mlodieux. Si le terme est impropre ou le tour vicieux : Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme, Ni d'un vers ampoul l'orgueilleux solcisme. Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin Est toujours, quoi qu'il fasse, un mchant crivain.
223 - Un rimeur, sans pril, del les Pyrnes . Sur la scne en un jour renferme des annes. L souvent le hros d'un spectacle grossier, Enfant au premier acte, est barbon au dernier. Mais nous, que la raison ses rgles engage, Nous voulons qu'avec art l'action se mnage : Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu' la fin le thtre rempli.
241 - Chaque vertu devient une divinit : Minerve est la prudence, et Vnus la beaut. Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre, C'est Jupiter arm pour effrayer la terre...
196 - Je hais ces vains auteurs dont la muse force M'entretient de ses feux, toujours froide et glace: Qui s'affligent par art; et, fous de sens rassis, S'rigent, pour rimer, en amoureux transis. Leurs transports les plus doux ne sont que phrases vaines...
87 - L'autre, fougueux marquis, lui dclarant la guerre, Voulait venger la cour immole au parterre. Mais, sitt que d'un trait de ses fatales mains La Parque l'eut ray du nombre des humains, On reconnut le prix de sa muse clipse. L'aimable Comdie, avec lui terrasse, En vain d'un coup si rude espra revenir Et sur ses brodequins ne put plus se tenir.
89 - Moi-mme, dont la gloire ici moins rpandue Des ples envieux ne blesse point la vue, Mais qu'une humeur trop libre, un esprit peu soumis, De bonne heure a pourvu d'utiles ennemis, Je dois plus leur haine, il faut que je l'avoue, Qu'au faible et vain talent dont la France me loue.
239 - C'est un droit qu' la porte on achte en entrant. Il faut qu'en cent faons, pour plaire, il se replie, Que tantt il s'lve et tantt s'humilie; Qu'en nobles sentiments il soit partout fcond , Qu'il soit ais, solide, agrable, profond, Que de traits surprenants sans cesse il nous rveille; Qu'il coure dans ses vers de merveille en merveille; Et que tout ce qu'il dit, facile retenir, De son ouvrage en nous laisse un long souvenir.
221 - En vain vous talez une scne savante : Vos froids raisonnements ne feront qu'attidir Un spectateur, toujours paresseux d'applaudir, Et qui, des vains efforts de votre rhtorique Justement fatigu, s'endort ou vous critique. Le secret est d'abord de plaire et de toucher : Inventez des ressorts qui puissent m'attacher.