Textes classiques de la littrature franaise: extraits des grands crivains franais avec notices biographiques et bibliographiques, apprciations littraires et notes explicatives

Hachette et cie, 1878 - 249
 

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56 - La mort a des rigueurs nulle autre pareilles ; On a beau la prier, La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles, Et nous laisse crier. Le pauvre en sa cabane, o le chaume le couvre, Est sujet ses lois ; Et la garde qui veille aux barrires du Louvre N'en dfend point nos Rois. De murmurer contre elle et perdre patience II est mal propos ; Vouloir ce que Dieu veut est la seule science Qui nous met en repos.
264 - Ah ! c'est moi ! Mon esprit est troubl, et j'ignore o je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hlas ! mon pauvre argent ! mon pauvre argent ! mon cher ami ! on m'a priv de toi ; et, puisque tu m'es enlev, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie : tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde. Sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait : je n'en puis plus ; je me meurs ; je suis mort ; je suis enterr.
227 - Ds qu'on voit qu'on nous mle avec tout l'univers : Sur quelque prfrence une estime se fonde, Et c'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde. Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps, Morbleu ! vous n'tes pas pour tre de mes gens ; Je refuse d'un cur la vaste complaisance Qui ne fait de mrite aucune diffrence ; Je veux qu'on me distingue ; et, pour le trancher net, L'ami du genre humain n'est point du tout mon fait.
216 - Pleure, Jrusalem, pleure, cit perfide, Des prophtes divins malheureuse homicide : De son amour pour toi ton Dieu s'est dpouill; Ton encens ses yeux est un encens souill. O menez-vous ces enfants et ces femmes * ? Le Seigneur a dtruit la reine des cits, Ses prtres sont captifs, ses rois sont rejets ; Dieu ne veut plus qu'on vienne ses solennits : Temple, renverse-toi ; cdres, jetez des flammes. Jrusalem, objet de ma douleur, Quelle main en un jour t'a ravi tous tes...
360 - LE CHÊNE ET LE ROSEAU Le chne un jour dit au roseau : "Vous avez bien sujet d'accuser la nature : Un roitelet pour vous est un pesant fardeau. Le moindre vent qui d'aventure Fait rider la face de l'eau Vous oblige baisser la tte : Cependant que mon front, au Caucase pareil, Non content d'arrter les rayons du soleil, Brave l'effort de la tempte.
337 - II n'est point de serpent ni de monstre odieux, Qui, par l'art imit, ne puisse plaire aux yeux : D'un pinceau dlicat l'artifice agrable Du plus affreux objet fait un objet aimable.
137 - Je suis matre de moi comme de l'univers ; Je le suis, je veux l'tre. O sicles! mmoire ! Conservez jamais ma dernire victoire ; Je triomphe aujourd'hui du plus juste courroux De qui le souvenir puisse aller jusqu' vous. Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie...
448 - Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature? Un nant l'gard de l'infini, un tout l'gard du nant : un milieu entre rien et tout. Infiniment loign de comprendre les extrmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachs dans un secret impntrable; galement incapable de voir le nant d'o il est tir, et l'infini o il est englouti.
240 - C'est, de la tte aux pieds, un homme tout mystre, Qui vous jette, en passant, un coup d'il gar, Et sans aucune affaire, est toujours affair. Tout ce qu'il vous dbite, en grimaces abonde; A force de faons, il assomme le monde, Sans cesse il a tout bas pour rompre l'entretien Un secret vous dire, et ce secret n'est rien; De la moindre vtille il fait une merveille, Et jusques au bonjour, il dit tout l'oreille.
216 - D'o lui viennent de tous cts Ces enfants qu'en son sein elle n'a point ports? Lve , Jrusalem , lve ta tte altire ; Regarde tous ces rois de ta gloire tonns: Les rois des nations, devant toi prosterns, De tes pieds baisent la poussire : Les peuples l'envi marchent ta lumire. Heureux qui pour Sion d'une sainte ferveur Sentira son me embrase ! Cieux , rpandez votre rose , Et que la terre enfante son sauveur ! JOSABET.