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rendroit immortel. Un de ses ministres , qui étoit présent, ayant tenté inutilement de le désabuser, prit la coupe & but la liqueur. L'Empereur, irrité de cette hardiesse, condamna à mort le Mandarin, qui lui dit d'un air tranquille : « Si ce breuvage donne l'immortalité, » vous ferez de vains efforts pour me faire mourir; &, » s'il ne la donne pas, auriez-vous l'injustice de m’ar» racher la vie pour un si frivole larcin ? » Ce discours calma l'Empereur, qui ne put s'empêcher de louer la prudente sagacité de son ministre.

SA G ESSE.

1.

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A plậpart des évêques, rassemblés pour le con

cile de Nicée, avoient entr'eux des querelles particulieres. Ils croyoient l'occasion favorable pour porter leurs plaintes à l'Empereur, & en obtenir jultice. C'étoient, tous les jours, de nouvelles Requêtes , de nouveaux Mémoires d'accusation. Constantin, en ayant reçu un grand nombre, les fit rouler emsemble, sceller de son anneau , & afsigna un jour pour y répondre. Il travailla , dans cet intervalle, à réunir les elpris divisés. Le jour venu, les parties s'étant rendues devant lui pour récevoir la décision, il se fit apporter le rouleau ; & , le tenant entre les mains : « Tous ces » procès , dit-il, ont un jour auquel ils sont assignés; » c'est celui du jugement général. Ils ont un juge natu» rel; c'est Dieu même. Pour moi, qui ne suis qu'un » homme , il ne m'appartient pas de prononcer dans » des causes où les accusateurs & les accusés sont des » personnes consacrées à Dieu. C'est à eux de vivre » sans mériter de reproches, & sans en faire. Imitons » la Bonté divine , & pardonnons , ainsi qu'elle nous » pardonne : effaçons jusqu'à la moindre de nos plain » tes, par une réconciliation sincere ; & ne nous occu-, » pons que de la cause de la foi qui nous rassemble. » Après ces paroles, il jetta au feu tous ces libelles, alsurant , avec ferment, qu'il n'en avoit pas lu ua seule

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» Il faut , disoit-il, se, donner de garde de révéler les » fautes des ministres du Seigneur, de peur de fcanda» liser le peuple, & de lui prêter de quoi autoriser ses » désordres. » On dit même qu'il ajoâta que , s'il furprenoit un évêque en adultere ; il le couvriroit de fa pourpre , pour en cacher le scandale aux yeux des fidèles.

2. Darius Ochus , en montant sur le thrône Perlan, fit voir à tous les peuples de ce vaste Empire qu'il en étoit digne par la profonde sagesse, & par la rare modération. Le premier objet de ses soins fut la réforme de ses Etats que l'agitation des règnes précédens avoir jettés dans une horrible confusion. Avant lui , Cyrus & Cambyse se contentoient de recevoir des peuples conquis des dons gratuits qu'on sembloit offrir volontairement, & d'exiger d'eux certain nombre de troupes dans le besoin. Darius comprit qu'il ne lui étoit pas poflible de maintenir dans la paix & dans la sûreté routes les nations qui lui étoient soumises, sans avoir sur pied des troupes réglées, ni d'entretenir ces troupes, sans les soudoyer, ni de payer exactement cette folde, fans mettre des impositions sur les peuples. Or, pour mertre plus d'ordre dans ses finances, il divisa tout l'Em: pire en vingt départemens, ou gouvernemens , dont chacun devoit payer, tous les ans, une certaine somme au Satrape comimis pour cet effet; mais, afin d'observer une compensation exacte dans ces impositions, le sage Monarque fit venir les principaux de chaque province, qui en pouvoient le mieux connoître toutes les ressources, & qui avaient intérêt de parler avec fincérité. Il leur demanda fi une certaine fomme, qu'il proposoit à chacun d'eux pour leurs provinces, ne montoit point trop haut, & n'excédoit point leurs forces; fon intention, leur disoit-il, n'étant pas d'accabler ses sujets , mais de tirer d'eux des fecours proportionnés à leurs revenus, & qui étoient absolument récessaires pour la dé: fense de l'État. Ils répondirent tous que cette fomme leur paroissoit fort raisonnable, & qu'elle ne seroit point à charge aux peuples. Il en rabatit pourtant encore la

moitié, aimant mieux demeurer beaucoup en deçà des juftes bornes, que de s'exposer peut-être à passer au-delà.

3. réphon, disciple zélé de Socrate , étant, un jour, allé à Delphes, demanda à l'Oracle s'il y avoit au monde un homme plus fage que Socrate? La prêtresle répondit qu'il n'y en avoit aucun. Cette réponse jetta Socrate dans l'embarras, & il eut peine à en comprendre le sens; car, d'un côté, il sçavoit bien, dit-il lui-même, qu'il n'y avoit en lui aucune sagesse, ni pecite ni grande ; &, de l'autre, il ne pouvoit soupçonner l'Oracle de faussete ou de mensonge, la divinité étant incapable de mentir : il fit donc mille efforis pour en comprendre le sens. D'abord il s'adresse à un puissant citoyen , homme d'état, & gránd po.itique, qui passoit pour un des plus sages de la ville, qui lui-même étoit encore plus persuadé, que tous les autres, de fon mérite. Il trouve, dans la conversation, qu'il ne sçait rien, & le lui insinue adroitement; ce qui le rendit très-odieux à ce citoyen, & à tous ceux qui avoient été témoins de cette épreuve. Il en fut de même de plusieurs autres qui se piquoient aussi d'une fublime sagelle ; & tout le fruit de ses recherches fut de s'attirer un plus grand nombre d'ennemis. De ces hommes d'état, il passa aux poëres qui lui parurent encore plus rem. plis d'estime pour eux-mêmes, mais, en effet , plus vuides de science & de fagesse, Il poufla ses enquêtes jufqu'aux artisans Il n'en trouva pas un qui, parce qu'il réufliffoit dans fon art, ne fe crût très-capable & trèsinftruit des plus grandes choses : cette présomption étoit le défaut presque général des Athéniens. Comme ils avoient naturellement de l'esprit, ils prétendoient fe connoître à tout , & se croire capables de juger de tout, Ses recherches chez les étrangers ne furent pas plus heureuses. Socrate ensuite , rentrant en lui-même , & se comparant à tous ceux qu'il avoit interrogés, reconnoissoit

que la différence qui étoit entr'eux & lui, c'est que tous les autres croyoient sçavoir ce qu'ils ne sçavoient pas; au lieu que, pour lui, il avouoit fincérement son ignorance; & de-là il concluoit qu'il n'y a que Dieu qui loit véritablemem sage , & que c'est aussi ce qu'a voulu

dire l'Oracle, en faisant entendre que toute la fagesse humaine n'est pas grand-chose, ou, pour mieux dire, qu'elle n'est rien. « Et, quant à ce que l'Oracle nommé Socrate, il s'est sans doute servi de mon nom, dit-il, pour me proposer en exemple, comme disant à tous les hommes : Le plus fage d'entre vous, c'est celui qui reconnoît, comme Socrate, qu'il n'y a véritablement aucune lagesse en lui. »

1.

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tous ces

S À N G - FRO 1 D.
N orateur déclamoit publiquement contre le cé-

lèbre Iphicrate, l'un des plus grands généraux de son fiécle. Qui es-tu , lui disoit-il avec mépris ? & » qui peut te rendre fi fier ? Dans quel genre de service » t'es-tu distingué ? Es-tu cavalier , ou fantassın, ar» cher, ou cuiraslier? --- Non, dit froidement Iphi» crate ; mais je suis lui qui commande » gens-là. »

2. Sylla, après avoir rempli l'univers de meurtres & de carnage, abdiqua cette fameuse Dictature , qui avoit été fi funeste aux Romains, & s'en retourna chez lui, en fimple particulier. Un jeune homme infolent le poursuivit jusqu'à la maison, en l'accablant d’injures. Sylla supporta cet outrage avec un grand fangfroid ; il dit seulement : « Ce jeune étourdi sera caule » que personne, après moi, ne se démettra volontai» rement de la Dictature. »

3. Phocion regardoit, coirme indigne d'un homme d'état, d'employer dans les discours un style mordant & fatyrique , & ne répondoit que par le lilence & la patience à ceux qui s'en servoient contre lui. Un orateur l'ayant interrompu pour lui dire force injures, il le laissa parler autant qu'il voulut; puis reprit son discours froidement, comme s'il n'avoit rien entendu.

4. Epictère , philosophe Stoïcien, esclave d'Epaphrodite , affranchi de l'empereur Néron, fut, dans cet état d'humiliation, un modèle de patience. Un jour, son maître , homme violent & emporté, lui donna un

grand coup sur la jambe.« Prenez garde de la rompre,» lui dit Epictète, sans s'émouvoir. » Là-dessus , Epaphrodite redoubla de relle sorte qu'il lui cassa l'os: Le philofophe., avec le même sang-froid , ajoûta : » Ne vous l'avois-je pas dit, que vous pourriez me » casser la jambe ? »

5. Le jour même que César fut affaffiné, Brutus, chef de la conjuration, étant alors Préteur , rendit la justice, & écouta ceux qui se présenterent, avec autant de sang-froid & de tranquillité, que s'il n'eût point eu d'autre affaire. Quelques-uns même de ceux qu'il avoit condamnés, fe plaignant de la sentence, & criant qu'ils en appelloient à César; Brutus , sans s'émouvoir , regardant l'assemblée , dit hautement : « César ne m'em» pêchera jamais de faire ce que commandent les loix. »

6. L'empereur Marc-Aurèle touchoit aux portes du tombeau; mais ce dernier moment, qui souvent déconcerte l'ame la plus intrépide , ne lui avoit rien fait perdre de ce lang-froid philosophique, qui constituoit son caractere. Le Tribun vint , suivant l'usage, lui demander le mot : « Mon ami, lui répondit-il, adressez» vous au soleil levant ; pour moi , je me couche. »

7. Philippe II, roi d'Espagne, ayant arıné une flotte qu'on nomma l'invincible , parce qu'elle couvroit tout l'Océan, à dessein de conquérir l'Angleterre, il n'en put revoir que quelques débris ; la tempête l'ayant ruinée entièrement à la vue des côtes de la Grande, Bretagne. Lorsqu'on lui apprit ce délaftre, il étoit à écrire. Il répondit seulement : « Je ne l'avois pas en » voyée combattre les vents ; » & il reprit la plume, comme si cette nouvelle lui eût été absolument étrangere. Une autre fois , ayant passé toute une nuit à faire des dépêches, sur le matin , il les donna à son secrétaire, qui les étala toutes sur une table pour y mettre les adresses. Pour qu'elles ne s'effaçassent point, il voulut y mettre du sable ; mais, comme il étoit à moitié endormi, au lieu de la sabliere , il prit l'encre, & la répandit tellement, que tout l'ouvrage de la nuit fut perdu. Philippe lui dit tranquillement : « Voilà le cor» net à l'encre, & voilà la fabliere ; » &, fans autre

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