صور الصفحة
PDF
النشر الإلكتروني

n que je lui ai toujours demandés inutilement pour l'en » punir, je l'ai placé dans mon Purgatoire ; & je l'y v laisserai , Monseigneur, à moins que votre Grandeur » n'en ordonne autrement. » Le prélat, trouvant la réponse du sculpteur fondée sur l'équité, condamna le moine , honteux & confus , à rester en Purgatoire jufqu'à ce qu'il eût entièrement acquitté son créancier.

16. Acyndinus, gouverneur d'Antioche, apprenant qu’un citoyen n'apportoit pas à l'épargne la livre d'or à laquelle il avoit été taxé, le fit mettre en prison, & le menaça de le faire pendre , s'il ne recevoit cette somme dans le tems qu'il lui marquoit. Le terme alloit expis ter , sans que l'infortuné débiteur fût en état de satisfaire Acindynus. Sa femme, d'une beauté ravissante, crut devoir, dans ce preflant danger, facrifier ce qu'elle avoit de plus cher, pour sauver les jours de son maria Elle alla le trouver dans la prison, & lui communiqua la proposition que lui avoit faite un homme riche , de payer ses faveurs du prix qu'elle defireroit. Le prisons pier l'engagea, lui commanda même d'accepter les of fres. Elle obéit; mais l'homme vil, qui la deshonoroit, au lieu de lui donner l'argent promis, substitua à la place une bourse pleine de terre. La femme, de retour chez elle, ayant apperçu la tromperie, en demanda justice au gouverneur , & avoua le fait ingénument. Acindynus, qui reconnut aussi-tôt les suites honteuses de fa trop grande rigueur, se condama d'abord à payer au fisc la livre d'or: ensuite il adjugea à la femme la terre d'où étoit prise celle qu'elle avoit trouvée dans la bourse.

17. Charles le Hardi, duc de Bourgogne, avoit donné le gouvernement de la capitale de la Gueldre à Claude Rhynsault, Allemand, qui l'avoit bien servi dans les

guerres. A peine fut-il pourvu de cet emploi , qu'il jetta les yeux sur Sapphira , femme d'une rare beauté, & qui étoit mariée à un riche marchand de la ville nommé Paul Dauvelt. Il mit tout en usage pour s'introduire chez elle; mais , instruite de ses vues, elle n'oublia rien pour éviter le piége qu'il lui tendoit. Le gouverneur, convaincu qu'il ne réussiroit jamais par les

Сії. .

1

voies ordinaires, fit emprisonner le mari, sous prétexte qu'il avoit des correspondances avec les ennemis du Prince. On lui fit son procès ; mais, la veille du jour qu'il devoit être exécuté, Sapphita courut implorer la clémence du gouverneur , qui lui dit qu'elle ne pouvoir espérer de sauver la vie à son mari qu'en se rendant à ses desirs. Cette vertueuse femme, accablée de douleur, se transporta à la prison , où elle découvrit à son mari tout ce qui venoit de se passer , & le rude combat qui s'étoit livré dans son ame, entre la tendresse

pour hui, & la fidélité qu'elle lui devoit. L'époux , honteux d'avouer ce que la crainte de la mort lui suggéroit, laissa échapper quelques mots qui lui firent entendre qu'il ne la croyoit pas deshonorée par une action où il étoit bien persuadé que la volonté n'auroit aucune part. Avec cette priere indirecte de lui sauver la vie, elle prit congé du triste prisonnier, qu'elle embrassa mille fois. Le lendemain matin , elle alla trouver le gouverneur , & fe mit à la discrétion. Rhynsault loua ses charmes; se flatta d'avoir avec elle un commerce libre dans la suite, & lui dit, d'un air cruellement gai, d'aller retirer son mari de la prison ; « mais, ajoûta-t-il, vous ne devez pas » être tâchée si j'ai pris des mefures, afin qu'il ne loit » pas à l'avenir un obstacle à nos rendez-vous. » Ces derniers mots lui présagerent le malheureux fort de son époux, qu'elle trouva exécuté, lorsqu'elle arriva à la prison. Outrée de douleur , elle alla trouver en secret le duc de Bourgogne, à qui elle remit un placet qui contenoit le récit de sa funeste aventure. Le Duc le lut avec des mouvemens d'indignation & de pitié. Rhynfault fut mandé à la Cour, & confronté avec Sapphira. Dès qu'il put revenir de la surprise , le Prince lui demanda s'îl connoissoit cette dame? Il répondit que oui, & qu'il l'épouseroit, fi Son Altesse vouloit bien regarder cette démarche , comme une juste réparation de son crime. Le Duc en parut content, & fit d'abord célébrer le mariage. Il dit ensuite au gouverneur: « Vous » en êtes venu-là, forcé par mon autorité ; mais je ne n croirai jamais que vous ayez de la tendresse pour vo» tre femme, à moins que vous ne lui fassiez une do.

a nation de tout votre bien, pour en jouir après votre n mort. » Quand l'acte eut été expédié, le Duc dit à la dame : « Il ne me reste plus qu'à vous mettre en pos» leífion du bien que votre mari vous a donné; » & là-dessus il commanda que Rhynsau't fût mis à mort.

18. Un esclave, nommé Furius Etésinus , s'étant tiré de servitude, avoit acheté un petit champ, & l'avoit cultivé avec tant de soin , qu'il devint le plus fertile de tout le pays. Le succès de ses travaux excita la jalousie de tous les voisins, qui l'accuserent de magie. Il fut ap pellé en jugement devant le peuple Romain. Le jour de affignation étant venu , il amena dans la place publique, fa fille qui étoit une grosse paysanne bien nourrie & bien vêtue : il fit apporter tous les instrumens de labour, qui étoient en fort bon état, des hoyaux trèspesans , 'une charrue bien équipée , & bien entretenue; il fit aufli venir ses boufs, qui étoient gros & gras, Puis le tournant vers les juges : « Voilà, dit-il, mes v sortiléges , & la magie que j'emploie pour rendre » mon champ fertile. » Les suffrages ne furent poins parsagés : il fut absous d'une commune voix; & le peu. płe le reconduisit dans la chaumiere, en le comblant d'éloges.

19. Nicon, fameux athlète de Thase, avoit été cou. sonné, comme vainqueur , jusqu'à quatorze çents fois, dans les jeux folemnels de la Grèce. Un homme de ce mérite ne manqua pas d'envieux. Après la mort, un de les rivaux insulta la statue , & la frappa de plusieurs .coups , peut-être pour se venger de ceux qu'il avoit tecus autrefois de celui qu'elle représentoit. Mais la fatue, comme si elle eur été fenfible à cet outrage, tomba fur l'auteur de l'insulte, & le tua. Les fils de l'homme écrafé poursuivirent la katue juridiquement, comme coupable d'homicide , & punistable en verre de la loi de Diacon. Ce fameux légiflateur d'Athènesie pour inspirer une plus grande horreur de l'homicide, avoit ordonné qu'on exterminât les choses mêmeina Dimées, dont la chuce causeroit la mort d'un homme. Conformément à cette loi, les Thasiens ordonnerent que la statue feroit jettée dans la mer; mais, quelques

années après, étant affligés d'une grande famine, & ayant consulté l'oracle de Delphes, ils la firent retirer du milieu des flots, & lui rendirent de nouveau les honneurs que méritoit le héros dont elle consacroix la mémoire. Voyez ÉQUITÉ. JUSTICE.

JUSTESSE

ne

sieurs médecins, plus pour s'en divertir que pour fuivre leurs ordonnances. Il demanda à chacun d'eux en particulier : Quot ? Ils demeuroient confus concevant pas l'idée du Prince. Un vieux routier d'en. tr'eux, comprenant que le Monarque, par ce monofyllabe demandoit combien ils avoient fait mourir de personnes, suivant les règles de l'art, prit à pleine main la barbe & lui dit, Tot, voulant fignifier qu'il avoit fait mourir autant de malades que la barbe avoit de poils. Cette réponse spirituelle lui mérita un favo. rable accueil, & l'empereur l'écouta avec toute la constance , que méritoit sa rare sincérité.

2. Un gentilhomme fort brutal , ayant pris pofler fion d'une terre qu'il venoit d'acquérir , demanda aux habitans ce qu'ils pensoient de leur curé; &, comme ils lui dirent que c'étoit un grand astrologue, ce seigneur, croyant qu'il se mêloit de deviner, l'envoya chercher le lendemain matin , & le menaça de son indignation, s'il ne lui rendoit raison sur quatre choses. » Je veux, lui dit-il , que vous m'appreniez, premié31 rement, où est le milieu du monde ; fecondement » ce que je vaux, troisiemement, ce que je pense; mi quatriemement, ce que je crois, » Le bon curé eut beau protester qu'il ne se mêloit point de deviner, le feigneur voulut qu'il le fatisfît sur le champ, ou qu'il avocât qu'il étoit un impofteuta: Pour sortir d'embarras

& préparer ses réponses, le curé demanda Teulement jufqu'au lendemain ; ce qui lui fut accordé. En repre

nant le chemin de son presbytere , il rencontra fon meânier, qui , le voyant triste, & apprenant de lui ce

[ocr errors]
[ocr errors][merged small]

qui s'étoit passé, fechargea de le délivrer de fa peine.
Le pasteur, que le genti homme n'avoit pas bien re-
marqué, y consentit. Le meûnier s'affuble de son bon-
net carré, de sa soutane , & se présente, sous son nom,
à l'heure marquée. «Hé bien ! lui dit le seigneur ,
» pourrez-vous bien satisfaire à mes questions ?
» Qui , monseigneur, au péril de ma vie, répondit le
» meûnier ; mais pour répondre à votre premiere pro-
» position, il faut que nous fortions. » Il le mena dans
une grande campagne, où, après avoir feint de me-
furer la terre avec un long bâton, il le ficha en terre,
& lui dit : « Voilà justement le milieu du monde.
» Comment me le prouverez-vous, dit le seigneur ?

Parbleu , monsieur, lui dit-il , faites-le mesurer ; » & fi vous y trouvez une ligne de manque, je veux » perdre la vie. --- L'expedient est bon, reprit le sei» neur; mais j'aime mieux vous en croire. Venons à » l'autre question : combien croyez-vous que je vaille? » --- Monsieur, répondit le meủnier , Notre-Seigneur, » qui , sans vous faire tort,

mieux que » vous, ne fut vendu que trente deniers: quand je » vous mettrois à vingt-neuf, auriez-vous sujet de vous » plaindre? Non, monsieur le curé, vous avez » raison. Mais voyons si vous pourrez me dire à quoi »je pense? --- Je gage que vous pensez plus à votre » profit qu'au mien? Il est vrai ; mais vous ne » me direz point ce que je crois. N'est-il pas vrai » que vous croyez que je suis votre curé ? Assure

Hé bien! c'est ce qui vous trompe; car » je ne suis que son meûnier. » Cette subtilité le fit rise ; & la justesse d'esprit de ce rustique dérida le front sourcilleux de ce leigneur rebarbatif.

3. Quand la reine Elizabeth proposa au docteur Dale de l'employer en Flandres , elle lui dit, pour l'encourager, qu'il auroit vingt fchelings à dépenser par jour. «Alors, Madame , dit-il, j'en dépenserai dix» neuf.

Que ferez-vous donc de l'autre ? Je -» le réserve pour ma Katty, & pour Tom & Dick, » C'étoient les noms de la femme & de ses enfans. La Reine augmenta ses appointemens, pour rendre Katty,

valoit un peu

:) ment.

DO.

« السابقةمتابعة »