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en état d'aller trouver un maître de mathématiques, qui lui promit de le mener vite , & lui tint parole. Il fallut cependant commencer par les premieres régles d'arithmétique : il n'avoit de l'argent que pour fept mois, & il étudioit avec toute l'ardeur que demandoit un fonds fi court. De peur que son pere ne découvrît, par la lumiere qui étoit dans sa chambre toutes les nuits, qu'il les passoit à travailler, il étendoit devant sa fenêtre les couvertures de son lit, qui ne lui seryoient plus qu'à cacher qu'il ne dormoit pas. Par cette constance opiniâtre à suivre des études conformes à fon goût, M. Hartsoëker devint bientôt un des plus grands physiciens de son fiécle ; & son pere lui-même eut lieu de se féliciter de la désobéissance.

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IN DU L G E N C E.

E jeune prince de Joinville ayant formé des ininformé. Ce bon Prince, excusant la jeunesse du coupable, fit venir le duc & la duchesse de Guise, & leur apprit le crime de leur fils. «Voilà, leur dit-il, le vé» ritable enfant prodigue. Qu'il s'est imaginé de belles » folies ! mais, comme pleines d'enfances & de nia » velleries , je lui pardonne, à condition que vous le » chapitrerez bien tous deux. »

2. Louis XIV, se nettoyant les pieds, un valet-dechambre, qui tenoit la bougie, lui laissa tomber sur le pied de la cire toute brûlante. « Tu aurois auffi bien v fait de la laisser tomber à terre, » lui dit-il , sans s'émouvoir. Un autre lui apporta, en hiver, la chemise toute froide : « Tu me la donneras brûlante à la » canicule,» lui dit-il en riant. Un portier du parc , qui avoit été averti que le Roi devoit sortir par la porte qu'il gardoit, ne s'y trouva pas, & se fit longtems chercher. Comme il venoit fout en courant, c'ém toit à qui lui diroit des injures. Le Monarque dit : » Pourquoi le grondez-vous croyez-vous qu'il ne fois » pas allez affligé de m'avoir fait attendre *

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Gaye, un de ses musiciens, se croyoit perdu, parce qu'il avoit mal parlé, dans une débauche, de l'archevêque de Cambrai, maître de la mufique du Roi. Il alla se jetter aux pieds du Prince , & lui avoua sa faute, en lui demandant pardon. Le Monarque lui fit la réprimande qu'il méritoit ; & il eut la bonté de lui promettre la protection. Quelque tems après, Gaye chanta un motet devant le Roi. L'archevêque de Cambrai, qui s'y trouva, & qui avoit sur le cæur le discours du muficien, auquel il ignoroit que le Roi avoit pardonné, dit assez haur pour être entendu : « Le » pauvre Gaye perd la voix, & ne chante plus aussi » bien qu'il faisoit: Vous vous trompez ,

lui dit le » Roi; il chante bien, mais il parle mal. »

3. Les clercs de la Bazoche , qui faisoient, du tems de Louis XII, un corps considérable, étoient en pofsession de jouer les farces du tems. Ils eurent l'insolence de jouer le Monarque en plein théatre , & de le représenter malade, avec un visage pâle & maigre, & tel qu'on représente l'avarice, ayant un vase plein d'or devant lui , & dont il paroilloit vouloir éteindre une foif insatiable. Louis, qui le sçut, n'en fit que rire : il loua même ce qu'il trouvoit d'ingénieux dans le jeu de ces bouffons , & se contenta de dire qu'ils lui devoient le bon tems dont ils jouissoient. « Je leur par» donne volontiers , ajoûta-t-il; mais qu'ils ne s'éman» cipent pas jusqu'à insulter la Reine, ni même l’hon» neur d'aucune autre dame ; car je me fâcherois, & » je les ferois pendre. » De pareilles insultes ne se font point à un méchant Prince; & le bon, qui les méprise, les fait oublier. Voyez Bonté. CLÉMENCE. DOUCEUR. PARDON.

IN GÉNUIT É. O

N faisoit, un jour, au célèbre docteur Aboufiécle, une question extraordinaire & difficile. Il avoua ingénument son ignorance ; &, sur cet aveu, on lui

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Te procha de recevoir de fort grosses pensions du thréfor royal , sans cependant être capable de décider les points de droit sur lesquels on le consultoit. « Ce n'est » point une merveille , répondit-il: je reçois du chrésor, » à proportion de ce que je sçais ; mais , fi je recevois » à proportion de ce que je ne sçais pas, toutes les ri» cheffes du Califat ne suffiroient pas pour me payer. »

2. Un jeune homme indiscret demanda , un jour, à M. de Turenne comment il avoit perdu les batailles de Mariendal & de Rhetel? « Par ma propre faute, » répondit ce grand Général. Quelques officiers prétendoient qu'il n'avoit jamais mieux agi que dans ces deux combats : « Je fus , leur dit-il, dans ces deux occa» fions trop facile & trop crédule; mais, quand un » homme n'a point fait de faute à la guerre, il ne l'a » pas faite long-teins. »

3. Le duc de la Feuillade, ayant rencontré Derpréaux dans la galerie de Versailles, lui récita un fonnet qu'il vantoit beaucoup, & que Louis XIV avoit approuvé. Le fatyrique lui dit que ce n'étoit point une production merveilleuse,& qu'elle ne donnoit pas une grande idée de son auteur. Il parloit encore, lorsquele Maréchal, ayant apperçu madame la Dauphine, s'élança, vers la Princesse , & lui lut le sonnet, dans l'espace de tems qu'elle mit à traverser la galerie. « Voilà une belle » piéce, M. le Maréchal , répondit la Dauphine qui ne » l'avoit

pas

écouté. » Le Duc accourut auffi -tôt pour rapporter au poëte, le jugement de la Princeffe , en lui disant, d'un air moqueur , qu'il étoit bien délicat de ne pas approuver un sonnet que le Roi avoit trouvé bon , & dont la Princesse avoit confirmé l'approbation par fon fuffrage. « Je ne doute point, re» pliqua Despréaux, que le Roi ne soit très-expert à » prendre des villes , & à gagner des batailles : je suis v aussi très-persuadé que madame la Dauphine est une » Princeffe très-fpirituelle , & remplie de lumieres; » mais, avec votre permission, M. le Maréchal, je crois y me connoître en vers aussi-bien qu'eux. » A ces paa

roles, le Maréchal accourt chez le Roi, & lui dit, d'un air yif & impétueux : « Sire, n'admirez-vous pas

peut-être

» l'infolence de Despréaux qui dit se connoître en vers, » un peu mieux que Votre Majesté ? ---Oh! pour cela, » répondit le Roi, je suis bien fâché, M. le Maréchal, » d'être obligé de vous dire que Despréaux à raison, »

4. A la premiere représentation de l'opéra d'Astrée, en 1691, M. de la Fontaine étoit placé derriere plusieurs dames qui ne le connoisloient pas. Pendant la piéce, il ne ceffoit de répéter: «Cela est détestable, » déręstable , du dernier détestable.» Ces dames, en. nuyées de l'entendre, lui dirent enfin : « Mais, mon» fieur, cela n'est pas si mauvais; l'auteur est un homme » d'esprit: c'est M. de la Fontaine.--- Eh! mesdames, » reprit-il, fa piéce ne vaut rien. La Fontaine, dont » vous parlez, est un stupide , & c'est lui qui vous » parle. »

5. A la représentation de l'Amour & de la Vérité, comédie qui fut donnée fans succès au théatre des Italiens , M. de Marivaux dir, en sortant, que cette piéce l'avoit plus ennuyé qu'une autre. « Pourquoi, lui de» manda t-on ? --- Cest, répondit-il ingénument; c'est » que j'en suis l'auteur; » & il se fit ainsi connoître, Voyez Bonne-Foi. CANDEUR.

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IN N O C E N C E.
N Milord , har du ministre, fut injustement ac-

cusé d'avoir trempé dans une conspiration contre le Roi. En conséquence, il fut injustement puni de mort. Pendant le procès , son épouse ne fit aucune démarche pour travailler à la justification. Quelque tems après , ses enfans tramerent une véritable conspiration contre le Ministre , & résolurent de l'assassiner. Ils fumrent découverts ; & , pendant qu'on leur faisoit leur procès, la mere sollicitoit vivement pour eux. Le Ministre lui dit un jour : « D'où vient, madame, » que vous follicitez si vivement la grace de vos en » fans, & qu'on ne vous a pas vue ici pendant » l'affaire de votre mari? Mon mari écoig innga » cent, » répondit-elle.

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1.

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INTÉGRITÉ.
N jour, Themistocle déclara, en pleine assem-

blée , qu'il avoit conçu un dessein important , mais qu'il ne pouvoit le communiquer au peuple, parce que, pour le faire réussir, il avoit besoin d'un profond secret ; & il demanda qu'on lui nommất quelqu'un avec qui il pût s'en expliquer. Le choix tomba fur Aristide, & tous les citoyens s'en rapporterent entiérement à son avis; tant ils comptoient sur sa probité, sur sa prudence! Thémiftocle, l'ayant tiré à part, lui dit qu'il fongeoit à brûler la flotte des Grecs, qui étoit dans un port voisin, & que par-là Athènes deviendroit certainement maîtreffe de toute la Grèce. Aristide, fans

proférer un seul mot, revint à l'assemblée , & déclara fim. plement que rien ne pouvoit être plus utile que le projet de Thémistocle, mais qu'en même tems , rien n'étoit plus injuste. Alors tout le peuple, d'une commune voix, défendit à Thémistocle de passer outre.

Après la fameuse bataille de Marathon, Aristide fut laillè seul avec sa tribu , pour garder les prisonniers & le butin; & ce grand homme justifia la bonne opinion qu'on avoit de son intégrité. Car l'or & l'argent étant semés çà & là dans le camp ennemi, & toutes les tentes , auffi-bien que toutes les galeres qu'on avoit prises étant pleines d'habits & de meubles magnifiques, & de toutes sortes de richesses, sans nombre, non-seulement il ne fut pas tenté d'y toucher , mais il empêcha que les autres n'y touchassent.

3. Les Boulangers de Lyon, voulant enchérir leur pain, vinrent trouver M. Dugas , prevôt des marchands de cette ville, &, après lui avoir expliqué leurs raisons, laisserent sur la table une bourse de deux cens louis , ne doutant point que cette somme ne plaidât. efficacement leur cause. Quelques jours après, ils vinrent recevoir la réponse du Magistrat. « Messieurs , » leur dit M. Dugas , j'ai pesé vos raisons dans la ba» lance de la justice ; & je ne les ai pas trouvées de

2.

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