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HISTORIQUE
D'ÉDUCATION,

Où, sans donner de préceptes, on se propose

d'exercer & d'enrichir toutes les facultés de
l'ame & de l'esprit, en substituant les exemples
aux leçons, les faits aux raisonnemens, la
pratique à la théorie.

Longum per præcepta, breve per exemplum iter.

QUINTILIEN.

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- A PARIS,
Chez VINCENT, Imprimeur-Libraire , rue des

Mathurins, Hôtel de Clugny.

M DCC LXXI. ·

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IV . Le prince de Condé faisoit peindre, dans la galerie de Chantilly , l'histoire de son pere , connu en Europe sous le nom du grand Condé. Il se rencontroit un inconvénient dans l'exécution du projet. Le héros, durant la jeunesse , s'étoit trouvé lié d'intérêt avec les ennemis de l'Etat; & il avoit fait une partie de ses belles actions, quand il ne portoit pas les armes pour sa patrie. Il fembloit donc qu'on ne devoit point faire parade de ces faits d'armes dans la galerie de Chantilly. Mais, d'un autre côté, quelquesunes de ces actions, comme le secours de Cambrai , & la retraite de devant Arras, étoient si brillantes, qu'il devoit être bien mortifiant, pour un fils amoureux de la gloire de son pere, de les supprimer dans le monument qu'il élevoit à la mémoire de ce héros. IL trouva lui-même un heureux expédient; car c'étoit non-seulement le prince, mais l'homme de son tems né avec la conception la plus vive & l'imagination la

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plus brillante. Il fit donc dessiner la Muse de l'Histoire personnage allégorique , mais très-connu, qui tenoit un Livre, sur le dos duquel étoit écrit : VIE DU PRINCE DE CONDE. "Cette Mufe arrachoit des feuillets du Livre , qu'elle jettoit par terre ; & fur ces feuillets on lisoit : Secours de Cambrai; Secours de Valenciennes ; Retraite de devant Arras, enfin le titre de toutes les belles actions du grand Condé, durant son séjour dans les Pays-bas; actions dont tout étoit loua. ble , à l'exception de l'écharpe qu'il portoit quand il les fit. Malheureusement ce tableau n'a pas été exécuté suivant une idée si ingénieuse & fi fimple. Le Prince, qui l'ayoit conçue, eut, en cette occasion ,' un excès de complaisance ; &, déférant trop à l'art, il permit au peintre d'altérer l'élégance & la fimplicité de fa pensée, par des figures qui rendent le tableau plas composé, mais qui ne lui font rien dire de plus que ce qu'il disoit déjà d'une maniere si sublime.

2. Un homme, d'une humeur bizarre, ne voyoit point un malade , qui fût de ses amis ou non, qu'il ne lui fit entendre, pour l'inquiéter , que la maladie étoit plus dangereuse qu'elle ne pouvoit l'être en effet. Si le ma. lade toussoit naturellement & sans effort, comme il arrive aux personnes qui font en santé, il auguroit mal, & disoit qu'elle tendoit à une fluxion de poitrine; si le malade se sentoit altéré, & demandoit à boire , il lui disoit que son mal pourroit bien tourner en hydropisie. Si son visage étoit un peu changé, il lui disoit qu'il ne le reconnoisloit point: enfin, loin d'adoucir son mal & de le confoler, en lui cachant ce qu'il en pouvoit connois tre, il se faisoit un plaisir de le lui rendre plus confidérable. Trois personnes de sa connoissance, voulant le corriger de ce défaut, convinrent de lui persuader qu'il étoit bien malade, & prirent le lendemain pour l'exécution de ce deflein, dont ils firent part aux personnes chez lesquelles il devoit aller, afin de réussir plus sûrement. Au jour marqué, comme il étoit aisé de connoître sa route, ils se partagerent tous trois en dif férentes rues, éloignés les uns des autres; & le premier, le voyant venir , l'aborda civilement , & lui demanda somment il se portoit? «Fort bien, i répondit-il.

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