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POEME.

CHANT CINQUIÈME.

LES ARTS. (2

Tor, que l'antiquité fit éclore des ondes,
Qui descendis des cieux et règnes sur les mondes ;
Toi, qu'après la bonté l'homme chérit le mieux,
Toi, qui naquis un jour du sourire des dieux,
Beauté! je te salue : (•) hélas ! d'épais nuages
A mes yeux presqu'éteints dérobent tes ouvrages !
Voilà

que le printemps reverdit les coteaux,
Des chaînes de l'hiver dégage les ruisseaux,
Rend leur feuillage aux bois , ses rayons à l'aurore;
Tout renaît : pour moi seul rien ne renaît encore;

à travers de confuses vapeurs, A peine ont entrevu tes tableaux enchanteurs.

Et mes yeux,

Plus aveugle que moi , Milton fut moins à plaindre; (3
Ne pouvant plus te voir, il sut encor te peindre;
Et, lorsque par leurs chants préparant ses transports,
Ses filles avaient fait entendre leurs accords,
Aussitôt des objets les images pressées
En foule s'éveillaient dans ses vastes pensées ;
Il chantait; et les dons, tes chef-d'oeuvres divers,
Éclipsés à ses yeux , revivaient dans ses vers.
Hélas ! je ne saurais égaler son hommage;
Mais dans mes souvenirs j'aime encore ton image.
Source de volupté, de délices , d'attraits,
Sur trois règnes divers tu répands tes bienfaits !
Tantôt, loin de nos yeux, dans les flancs de la terre,
En rubis enflammés tu transformes la pierre;
Tu donnes en secret leurs couleurs aux métaux,
Au diamant ses feux, et leur lustre aux cristaux ;
Au sein d'Antiparos tu filtres goutte à goutte
Tous ces glaçons d'albâtre, ornement de sa voûte ;
Édifice inconnu qui, dans ce noir séjour,
Attend que son éclat brille à l'éclat du jour.
Tantôt nous déployant ta pompe éblouissante
Pour colorer l'arbuste , et la fleur, et la plante,
D'or, de pourpre et d'azur tu trempes tes pinceaux ;
C.cst toi qui dessinas ces jeunes arbrisseaux ,

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Ces élégants tilleuls et ces platanes sombres
Qu'habitent la fraîcheur, le silence et les ombres.
Dans le monde animé qui ne sent tes saveurs ?
L'insecte dans la fange est fier de ses couleurs;
Ta main du paon superbe étoila le plumage;
D'un souffle tu créas le papillon volage;
Toi-même au tigre horrible, au lion indomté,
Donnas leur menaçante et sombre majesté;
Tu départis au cerf la souplesse et la grâce;
Tu te plus à former le coursier plein d'audace,
Qui, relevant sa tête et cadençant ses pas,
Vole et cherche les prés, l'amour ou les combats;
A l'aigle, au moucheron tu donnas leur parure;
Mais tu traitas en roi le roi de la nature;
L'homme seul eut de toi ce front majestueux,
Ce regard noble et doux, fier et voluptueux,
Du sourire et des pleurs l'intéressant langage;
Et sa compagne enfin fut ton plus bel ouvrage.
L'homme en naissant voyait les globes radieux;
Sa compagne naquit, elle éclipsa les cieux ;
Toi-même t'applaudis en la voyant éclore;
Dans le reste on t'admire, et dans elle on t'adore.
Que dis-je? cet éclat des formes, des couleurs ,
O beauté! ne sont pas tes plus nobles faveurs :

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Non; ton chef-d'æuvre auguste est une ame sublime':
C'est l'Hôpital si pur , sous le règne du crime;
C'est Molé, du coup-d'oeil de l'homme vertueux,
Calmant d'un peuple ému les flots tumultueux;
C'est Bayard, dans les bras d'une mère plaintive,
Sans tache et sans rançon remettant sa captive;
C'est Crillon (7), c'est Sully, c'est l'austère Caton,
Tenant entre ses mains un poignard et Platon,
Parlant, et combattant, et mourant en grand homme,
Et senl resté debout sur les débris de Rome.

Soit donc que vous teniez la plume ou le pinceau,
La lyre harmonieuse ou l'habile ciseau;
Soit
que

du coeur humain vous traciez la peinture, Soit que

dans ses travaux vous peigniez la nature, C'est le choix da vrai beau qu'il faut étudier. N'allez

pas

imiter cet artiste grossier, Qui va choisir sans goût ce qu'il peint sans adresse. Veut-il représenter les traits de la vieillesse ? Son crayon fera choix d'un

fera choix d'un pauvre à cheveux blancs , Qu'a flétri le besoin, bien plutôt que les ans. S’il peint les champs, ses fleurs, ses arbres sont vulgaires; Dans l'asile honteux des amours mercenaires Il cherche une Vénus qu'il copie au hasard, L'opprobre de son sexe et la honte de l'art.

O combien chez les Grecs, où l'art a pris naissance,
Des modèles plus purs assuraient sa puissance !
Là, dans les jours brillants de leurs solennités,
De superbes rivaux, l'élite des beautés,
Dans la première fleur de leur fraîche jeunesse,
Disputaient de vigueur , de grâce et de souplesse.
Toujours le ris moqueur ou l'applaudissement
Jugeait chaque attitude et chaque mouvement.
Qui tombait avec art ne tombait point sans gloire,
Et souvent le vaincu remportait la victoire.
Ainsi de la beauté le modèle certain
Instruisait le regard et dirigeait la main.
Mais, pour en retracer la peinture fidèle,
Ne croyez pas que l'art fût content d'un modèle;
La nature se plaît à diviser ses dons.
Dans le pompeux concours de trente nations,
Parmi l'essaim charmant des filles de Crotone,
Des vierges de Lesbos ou bien de Sicyone,
Tout ce qui , dans l'éclat des fêtes et des jeux ,
Dans le cirque, au théâtre, avait frappé les yeux,
Composait la beauté du choix de mille belles :
Ainsi Vénus naquit sous le pinceau d'Apelles.

C'est peu : l'art plus hardi, plus noble en son essor, Dans ce monde borné se sent captif encor :

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