Oeuvres compltes de Boileau, 2

Garnier Frres, 1872
 

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111 - Le premier qui ayant enclos un terrain s'avisa de dire Ceci est moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la socit civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misres et d'horreurs n'et point pargns au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou. comblant le foss, et cri ses semblables : Gardez-vous d'couter cet imposteur ; vous tes perdus si vous oubliez que les fruits sont tous, et que la terre n'est personne...
296 - Que toujours dans vos vers le sens, coupant les mots, Suspende l'hmistiche, en marque le repos.
305 - Htez-vous lentement ; et, sans perdre courage, Vingt fois sur le mtier remettez votre ouvrage : Polissez-le sans cesse et le repolissez ; Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
341 - Enfant au premier acte, est barbon au dernier. /"Mais nous, que la raison ses rgles engage, ' Nous voulons qu'avec art l'action se mnage ; Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu' la fin le thtre rempli 5.
261 - Quand pourront les neuf surs, loin des cours et des villes, M'occuper tout entier, et m'apprendre des cieux Les divers mouvements inconnus nos yeux, Les noms et les vertus de ces clarts errantes Par qui sont nos destins et nos murs diffrentes...
303 - Surtout qu'en vos crits la langue rvre Dans vos plus grands excs vous soit toujours sacre. En vain vous me frappez d'un son mlodieux. Si le terme est impropre ou le tour vicieux : Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme, Ni d'un vers ampoul l'orgueilleux solcisme. Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin Est toujours, quoi qu'il fasse, un mchant crivain.
290 - Et je me sauve peine au travers du jardin. Fuyez de ces auteurs l'abondance strile ; Et ne vous chargez point d'un dtail inutile. Tout ce qu'on dit de trop est fade et rebutant ; L'esprit rassasi le rejette l'instant. Qui ne sait se borner ne sut jamais crire.
289 - S'ils pensaient ce qu'un autre a pu penser comme eux. Évitons ces excs : laissons l'Italie De tous ces faux brillants l'clatante folie. Tout doit tendre au bon sens : mais , pour y parvenir, Le chemin est glissant et pnible tenir ; Pour peu qu'on s'en carte , aussitt on se noie. La raison pour marcher n'a souvent qu'une voie. Un auteur quelquefois , trop plein de son objet , Jamais sans l'puiser n'abandonne un sujet.
377 - En pensant bien, il parle souvent mal; il se sert des phrases les plus forces et les moins naturelles. Trence dit en quatre mots, avec la plus lgante simplicit, ce que celuici ne dit qu'avec une multitude de mtaphores qui approchent du galimatias.
235 - Le faux est toujours fade, ennuyeux, languissant : Mais la nature est vraie, et d'abord on la sent; C'est elle seule en tout qu'on admire et qu'on aime.