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Léon Chapron raconte qu'un jour, ayant proposé, dans une chronique de journal, la fondation d'un dîner de Rougistes, il reçut parmi de nombreuses adhésions, celle d'un jeune Anglais qui s'était pris d'un si bel amour pour le Rouge et le Noir, et avait voué un tel culte à Stendhal, qu'il s'était pieusement mis à la recherche de sa tombe ; et, l'ayant trouvée en piteux état, il avait ordonné les réparations nécessaires et pourvu à son entretien. « Il est difficile, ajoutait le brillant chroniqueur, d'imaginer une cristallisation plus complète » !

Ceci se passait vers 1880”. Certes, lorsque Beyle écrivait, avec une modestie clairvoyante, qu'il serait

peut-être lu” à cette époque-là, il ne prévoyait pas ún fanatisme aussi touchant. Et quel piquant démenti donné à la maxime algébrique de Julien Sorel : « L'esprit et le génie perdent vingt-cinq pour cent de leur valeur, en débarquant en Angleterre »!

Cette manifestation de juvénile ferveur s'est renouvelée de nos jours, sous une forme littéraire non moins intéressante. Une jeune Anglaise, désireuse de conquérir le diplôme de Docteur d'Université, si apprécié par ses compatriotes, a choisi délibérément, pour sujet de sa thèse, Stendhal et l'Angleterre.

Depuis 1899, époque à laquelle M. Albert Kontz présentait une thèse latine sur Stendhal, l'auteur de la Chartreuse de Parme n'avait pas paru à l'amphithéâtre de la Sorbonne. Le 15 Juin 1908, Miss Doris Gunnell soutint vaillamment sa thèse en langue française, et, dût sa modestie en souffrir, je dois ajouter qu'elle reçut, avec son diplôme, les félicitations du Doyen de la Faculté, qui engagea vivement la lauréate à publier sa thèse, pour la satisfaction des lettrés.

Ce précieux avis fut recueilli par M. Charles Bosse, l'intelligent éditeur de la Correspondance ; car Henri Beyle a toutes les chances aujourd'hui : son monument est presque chose accomplie et il a un éditeur attitré.

Stendhal fut très préoccupé de l'Angleterre à tous les points de vue ; son æuvre entière montre l'intérêt qu'excitait en lui cette nation où il avait conquis des amis et des admirateurs éclairés.

Histoire et institutions, mours et préjugés, théâtre et littérature, tout sollicitait son esprit sagace et son inlassable besoin de connaître et de comparer. Il n'est pas jusqu'à la langue qu'il n'ait essayé de s'assimiler, émaillant sa correspondance de phrases anglaises, dont l'incorrection fait sourire M. Casimir Stryienski.

Les opinions de Stendhal, pour sujettes à caution qu'elles puissent être, se trouvant éparses dans ses cuvres, il était intéressant de les réunir et coordonner en un tout harmonieux. C'est la tâche à laquelle s'est vouée Miss Doris Gunnell; elle s'en est acquittée avec un véritable talent et une érudition du meilleur aloi.

ADOLPHE PAUPE.
Paris, octobre 1908.

AVANT-PROPOS

Ce livre débuta, il y a quelques mois, dans la salle de doctorat de la Sorbonne. Aujourd'hui, il s'est déridé un peu et, vêtu d'une mise moins austère, il vient faire son apparition dans le monde.

En écrivant ces pages sur Stendhal et l'Angleterre, j'ai voulu payer – un peu tardivement, il est vrai une dette nationale. Ne devons-nous pas l'hommage de cette étude à l'écrivain qui appela un jour l'Angleterre « la nation la plus civilisée et la plus puissante du monde entier », et qui éprouvait pour elle « le sentiment que

feu M. Jésus-Christ avait pour les hommes ), ainsi qu'il le disait avec une pointe d'impiété.

Que j'exprime de nouveau toute ma reconnaissance à ceux qui m'ont généreusement aidée dans ma tâche, à M. Léon Morel, professeur à la Sorbonne, à qui fut soumise la première ébauche de ma thèse ; à Miss Lætitia Sharpe, nièce de Sutton Sharpe, qui m'a fourni des renseignements précieux sur ce grand ami de Stendhal; à Mrs. Janet Ross, à la gracieuseté de qui je dois une lettre inédite de Stendhal, d’un intérêt indiscutable ; à mon ami M. Daniels, qui m'a généreusement aidée de ses conseils et, finalement, à M. Adolphe Paupe, bibliothécaire du Stendhal-Club, qui a mis à mon service sa riche érudition avec une spontanéité dont je le remercie ici, beyliquement.

D. G.

CHAPITRE PREMIER

Voyages de Stendhal en Angleterre

« L'état habituel de ma vie a été celui d'amant malheureux, aimant la musique et la peinture, c'est-à-dire, jouir des produits de ces arts et non les pratiquer gauchement », a écrit Stendhal quelque part. Mais il oublie ses voyages, son goût le plus fort, celui où il se réfugie pour échapper à l'ennui d'une existence sèche et plate, à des déceptions politiques, au chagrin d'un amour trahi, à la gêne d'une liaison qui se faisait trop sérieuse.

Il affirme que lorsqu'on a un coeur et une chemise, il faut vendre sa chemise pour voir l'Italie et jamais il n'hésite à mettre cette maxime en pratique. A diverses reprises, il a vendu sa chemise pour visiter l'Italie, l'Allemagne, l'Angleterre, toujours de plus en plus épris des voyages, faisant mille observations curieuses, constatant, comparant, prenant, comme le caméléon, la teinte du sol où il pose le pied, sans pour cela perdre tout à fait ce fonds bien français qu'il se donne une peine inutile pour dissimuler.

Abstraction faite d'un parti-pris de dénigrement de

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