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les arbres du côté de l'orangerie, ils se déterminerent à entrer eux-mêmes à l'affemblée. Les gardes nationaux fe mirent en tête; la colonne entra jufqu'au tiers de la falle. A la vue de ces hommes armés, l'épouvante s'empara des légiflateurs. Plus de la moitié fe levérent avec précipitation de leurs places, & fe portérent fur la port oppofée pour s'enfuir. (C'eft pour avoir peint quelques jours après avec candeur ce trait de poltronnerie, que le Journal Logographe fut fupprimé.) On fit rebrouffer chemin aux grenadiers nationaux qui étaient entrés; on leur donna ordre de refluer dans les couloirs de la falle. Ce mouvement rétrograde occafionna une certaine confufion dans les grenadiers Suiffes qui fuivaient les nationaux; ils reculérent, & reparurent au nombre d'environ 60 fur la terraffe des Feuillans; un battaillon qui accourait par la porte du manége, fit fur eux une décharge de coups de fufil, à laquelle ils répondi Auffitôt après, ils rentrérent dans les corridors de la falle, & furent défarmés par ordre du roi, comme on l'a vu précédemment.

rent.

Les Suiffes & gentilshommes qui s'étaient retirés par l'escalier de cul-de-fac de l'orangerie, prenaient la route du garde-meuble, afin de fe fauver, foit par les boulevards, foit par les Champs Ely fées. M. le Baron de Viomefnil, quelques autres gentilshommes, & cinq Suiffes trouvérent un refu

ge, & reçurent la plus généreufe hofpitalité dans l'hôtel de M. Pifanit ambassadeur de Venise, ci-devant l'hôtel de l'Ifantando, rue St. Florentin. Envain plufieurs vifites y furent faites dans la journée, les rifques que courait fon excellence en dérobant ces têtes profcrites à la rage des affaffins, n'ebranlérent point fa fermeté. On violait le droit des gens en fa perfonne, dans cette vifite inquifitoriale; mais on fait que les droits de l'homme ont anéanti le droit des gens. M. l'Ambaffadeur ne pouvait oppofer aucune résistance, & pourtant il y allait de fa tête, fi on avait furpris les malheureux qu'il avait accueillis. On ne fait lequel on doit admirer le plus de fon courage, ou de fa fenfibilité *.

En continuant le long du garde-meuble pour parvenir à la rue royale, on apperçut entre les pierres qui couvraient la place Louis XV. pour la conftruction du pont, une piece de canon avec 4 canoniers, & un détachement. Ils prirent la fuite en voyant les Suiffes, & ils abandonnerent ce canon. Déjà ceux-ci commençaient à effayer de l'enclouer, lorfque le pofte qui s'étendait depuis le pont tournant jufqu'aux pieds de la ftatue de Louis XV., & qui était compofé de 2000 hommes, leur

* Ces réfugiés s'évadérent fucceffivement de l'hôtel, fous divers déguisemens. On jettait avec précipitation les fufils dans les latrines. Il en partit un, tandifque la garde était dans l'hôtel. Heureufement la confufion était fi grande, qu'on ne l'entendit pas,

envoya

envoya plufieurs coups de canon à mitraille, qui firent un ravage prodigieux parmi eux & difperferent tout le monde. La gendarmerie qui venait d'arriver avec le battaillon des capucines fe mit à charger auffi ces malheureux. M. de Villers, ancien aide-major de la gendarmerie, & ci-devant capitaine de la garde conftitutionnelle, fuyant du chateau avec les autres, crut que cette cavalerie venait pour protéger leur retraite. Il cria à fes anciens camarades; courage, mes amis; un d'entre eux qui le reconnut tira froidement fon pistolet, & lui brula la cervelle à bout portant, tandis qu'un autre l'acheva à coups de fabre. Cet affaffinat atroce fut applaudi par leurs camarades. Cette portion de gendarmerie alla enfuite se mettre en bataille aux Champs Elysées, vis-à-vis le jardin de Mde. la Ducheffe de Bourbon. Cependant comme le ciel ne permet point que le crime refte fans une vengeance plus ou moins prompte, elle permit que le feu du pont tournant qui dura fix minutes, & qui fut terrible, tuât 6 de ces gendarmes, beaucou pde bourgeois, & beaucoup de brigands; déjà deux autres gendarmes avaient péri dans la route de la place Vendôme à la place Louis XV,

Tout le monde avait été difperfé par cette canomade. Quelques uns des fuyards fe jetterent dans la rue St. Florentin, d'autres dans la rue Royale, d'autres enfin dans les Champs Elysées.

Ceux

Ceux qui prirent la rue Royale étaient au nombre de 30 Suiffes, & un feul gentilhomme, ci-devant page du roi. Ils entrerent à l'hôtel de la marine. Ce gentilhomme, leur obferva qu'ils feroient tous infailliblement égorgés, s'ils y reftaient, les Suiffes ne l'écouterent pas, & opinerent entre eux de mettre bas les armes. Au moment même ils s'avancerent fur la porte, & jetterent leurs fufils à 5 ou fix pas d'eux en criant: vive la nation. A ce cri il s'avança vers eux un grouppe de 8 Sansculottes, qui leur dirent, qu'ils étaient des traitres, qu'ils ne fe rendaient que parce qu'ils voyaient bien qu'ils étaient pris; qu'ainfi on ne leur ferait point de quartier. Cependant ils leur firent crier de force une feconde fois : vive la nation. Malgré cela un de ces malheureux fut tué roide d'un coup de pique qui lui traverfa le corps. Un autre fut tué d'un coup de fufil. On leur coupa enfuite le col pour promener les deux têtes. L'indignation s'empara des Suiffes qui reftaient; la rage & la vengeance dans le cœur ; ils courent reprendre leurs armes se délivrer de ces 8 affaffins; ils en tuent 7: mais d'autres fans culottes étant allés s'emparer de la piece de canon laiffée fur la place Louis XV. ils la dirigerent vers ce grouppe de 28 Suiffes, & d'un feul coup à mitraille, ils en tuerent 23: les 5 reftans avec le page rentrerent auffitôt dans l'hôtel. Ils allerent fe cacher dans une cave. On vint les y chercher l'inftant d'après, mais ils avaient pu pé

pour

nétrer

nétrer dans un caveau voifin, en enfonçant & refermant une porte avec affez d'adreffe pour que l'on ne s'en apperçut pas. Un de leurs camarades avait été fauvé par le concierge de l'hôtel voifin, & dépofé dans le même gîte où venaient de fe refugier fes 6 compagnons d'infortune. Une heure après, ce concierge vint leur apporter a boire & a manger; on leur fournit furtout des couvertures, car ils avaient été obligés de s'enterrer dans du fable humide, & ils étaient mourans de froid, & tranfis de faim, de fueur, de fatigue, & de colère. Hommes & femmes dans cette maifon s'emprefferent de leur prodiguer les foins les plus touchans. On leur apporta des vêtemens, on arrondit leurs chapeaux, on coupa leurs cheveux, & ils purent fe fauver à l'entrée de la nuit.

Quant à ceux qui fe fauvèrent par les Champs Elyfées, M. Foreftier de St. Venant, jeune officier Suiffe, auffi intéreffant par les qualités du cœur que par les graces de fa figure, fe retirait en bon ordre avec 30 Suiffes. Il apperçoit un peloton de pareil nombre, qui fuyait par la rue royale avec quelques gentilshommes. 11 laiffe le commandement de fa petite troupe à M. de Mon..... et court pour effayer de rallier celle qui fuyait. Il les rallié en effet, mais en revenant fur la Place de Louis XV. il ne trouve plus ceux qu'il avait confiés à M. de Mon.... Fufillés de tous côtés, ils

avaient

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