صور الصفحة
PDF
النشر الإلكتروني

que le fcellé a été mis fur fes papiers. Un troifième fe préfente tout dégoutant de fueur; c'eft un canonier de la garde nationale, les plus horribles blafphêmes font fur fa bouche, il montre à l'affemblée fon bras nud & tout fanglante; il l'offre pour arracher la vie au Roi, s'il eft néceffaire. Apprenez, dit-il à l'assemblée, que le feu eft aux Tuileries, & que nous ne l'arrêterons que lorfque la vengeance du peuple fera fatisfaite. Fe fuis chargé encore une fois, au nom de ce peuple, de vous demander la déchéance du pouvoir éxécutif. Je fupprime le refte de fon difcours, pour ménager la fenfibilité de mes lecteurs, qui n'ont pas oublié fans doute que le Roi était à quinze pas dû pétitionnaire, entouré de fa famille, & feparé par une fimple cloifon d'une horde de furieux prête a mettre à éxécution, ce que propofait l'orateur; une fituation auffi horrible peut fe concevoir, mais, certainement, elle ne peut fe décrire.

Enfin, l'affemblée qui jufques là, avait paru le quartier général de l'infurrection, prend le parti d'agir, & de confommer fon crime. La conftitution eft mûre, elle va tomber. Cette production bizarre du bel efprit, des paffions, de la peur, de l'intêret, des vengeances, cet avorton forti avec tant de peine du cerveau de Thouret, & des flancs de Target, n'a pas éxifté même auffi long tems qu'il

qu'il en a fallu pour le concevoir & le mettre au jour.

Vergniaud monte à la tribune au nom de la commiffion extraordinaire. "Je viens, dit-il, vous "préfenter une mefure bien rigoureufe; mais je "m'en rapporte à la douleur dont vous êtes péné"trés pour juger combien il importe au falut de "la patrie que vous l'adoptiez fur le champ."

En conféquence, on rend les décrets fuivans pour l'abolition de la conftitution, du pouvoir éxécutif, des loix, des mœurs, du gouvernement, des propriétés, des fubfiftances: tout ordre ceffe, la fociété eft rappellée à l'état primitif de la nature, le nom même de la monarchie Française n'existe plus, fa gloire, fes monumens, ses arts, vont être anéantis; la barbarie va renaitre, la conquête va devenir notre unique reffource, le cahos va recommencer, les cataractes du brigandage font ouvertes, fe fauvera qui pourra dans ce deluge gé

néral.

Décrets du 10 Août.

L'affemblée nationale, confidérant que les dangers de la patrie font parvenus à leur comble;

Que c'est pour le corps légiflatif le plus faint des devoirs d'employer tous les moyens de la fauver;

Qu'il eft impoffible d'en trouver d'efficaces, tant qu'on ne s'oc cupera pas de tarir la fource de fes maux :

Confidérant que ces maux dérivent principalement des défiances qu'a infpirées la conduit du chef de pouvoir exécutif dans une guerre entreprise en fon nom contre la conftitution & l'indépendance nationale;

Que ces défiances ont provoqué de diverfes parties de l'Empire un vou tendant à la révocation de l'autorité déléguée à Louis XVI:

Confidérant néanmoins que le corps légiflatif ne doit ni ne veut agrandir la fienne par aucune ufurpation ;

Que dans les circonftances extraordinaires ou l'ont placé des événemens imprévus par toutes les lois, il ne peut concilier ce qu'il doit à la fidélité inébranlable à la constitution, avec fa ferme réfolution de s'enfevelir fous les ruines du temple de la liberté, plutôt que la laiffer périr, qu'en recourant à la fouveraineté du peuple, & prenant en même-temps les précautions indispensables pour que ce recours ne foit pas rendu illufoire par des trahifons, décrète ce qui fuit :

ART. I. Le peuple Français eft invité à former une convention nationale: la commiffion extraordinaire préfentera demain. un projet pour indiquer le mode & l'époque de cette convention.

ART. II. Le chef du pouvoir exécutif eft provifoirement fufpendu de fes fonctions jusqu'à ce que la convention nationale ait prononcé fur les mefures qu'elle croira devoir adopter pour affurer la fouveraineté du peuple, le règne de la liberté & de l'égalité.

ART. III. La commiffion extraordinaire préfentera dans le jour un mode d'organiser un nouveau ministère: les ministres actuellement en activité, continueront provifoirement l'éxercice de leurs fonctions.

ART.

ART. IV. La commiffion extraordinaire, préfentera égale ment dans le jour un projet de décret fur la nomination du Gou verneur du Prince-Royal.

ART. V. Le paiement de la lifte civile demeurera fufpendu jufqu'à la décifion de la convention nationale. La commiffion extraordinaire préfentera, dans vingt quatre heures, un projet de decret fur le traitement a accorder au Roi pendant sa sufpenfion.

ART. VI. Les regiftres de la lifte civile feront depofés fur le bureau de l'affemblée nationale, après avoir été cotés & paraphés par deux commiffaires de l'affemblée, qui fe transporteront à cet effet chez l'intendant de la lifte civile.

ART. VII. Le Roi & fa famille demeureront dans l'enceinte du corps législatif, jufqu'à ce que le calme foit rétabli dans

Paris.

ART. VIII. Le département donnera des ordres pour leur faire préparer, dans le jour, un logement au Luxembourg, où ils feront mis fous la garde des citoyens & de la loi..

ART. IX. Tout fonctionnaire public, tout foldat, fous-officier, officier, de tel grade qu'il foit, & général d'armée, qui, dans ces jours d'alarmes, abandonnera fon pofte, eft déclaré infâme & traitre à la patrie.

ART. X. Le département & la municipalité de Paris feront proclamer fur le champ & folemnellement le présent décret.

ART. XI. Il fera envoyé par des couriers extraordinaires aux quatrevingt trois départemens, qui feront tenus de le faire parvenir dans les vingt-quatre heures aux municipalités de leur reffort, pour y être proclamé avec la même folemnité.

Après

Après avoir rendu ces decrets deftructeurs de la conftitution*, l'affemblée nationale adopte une adreffe au peuple Français. Elle eft conçue en

ces termes :

Depuis long-tems de vives inquiétudes agitaient tous les departemens: depuis long-tems le peuple attendait de fes repréfentans des mesures qui puffent le fauver. Aujourd'hui les citoyens de Paris ont déclaré au corps legislatif qu'il était la seule autorité qui eut confervé leur confiance. Les membres de l'asfemblée nationale ont juré individuellement, au nom de la nation, de maintenir la liberté & l'égalité, ou de mourir à leur pofte: ils feront fidéles à leur ferment.

"L'affemblée nationale s'occupe de préparer les loix que des circonftances fi extraordinaires ont rendu nécessaires. Elle invite les citoyens, au nom de la patrie, de veiller à ce que les droits de l'homme foient refpéctés, & les propriétés affurées: Elles les invite à fe rallier à elle, à l'aider à fauver la chose publique, à ne pas aggraver par de funeftes divifions, les maux & les dangers de l'empire.

pa

"L'affemblée nationale declare infâme & traitre envers la trie, tout fonctionnaire public, tout officier & foldat, qui défer tera fon pofte, & n'y attendra pas fes répréfentans."

*

Il eft inutile de faire aucune refléxion fur ces

Lorfque l'affemblée renver sa ainfi la conftitution à laquelle elle devait fon existence, le Roi caufait avec bonté avec quelques membres de l'affemblée. M. Coutard fe leva pour voter en faveur du decret. Le Roi lui obferva que ce qu'il faisait là n'était pas trop conftitutionnel.-C'est vrai, Sire, repondit-il, mais je vous fauve la vie-quelle impudence!

TÔME I.

$

decrets.

« السابقةمتابعة »