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confié à ces mêmes corps administratifs, à la fidélité des gardes nationales, aux pères de famille, aux mères, & aux enfans; peu de tems avant sa destruction, le corps légiflatif avait decrété de regarder comme infâme & traitre à la patrie, quiconque propoferait la republique. Les Jacobins qui n'ont jamais ceffé de la vouloir, font avancer leurs hordes Marseilloifes. Les maffacres font commandés, les victimes defignées, le fang ruiffelle dans les rues de Paris; la confternation & lạ ftupeur qui glacent toutes les ames, font peintes fur toutes les figures, & les 300 Marseillais, renforcés de ces brigands qui fuivent les revolutions comme les corbeaux fuivent les armées, ordonnent au corps legiflatif de renverfer la clef de la voute du gouvernement; conquis par ces étranges auxiliaires, le corps législatif a obéi, la déchéance du Roi a été prononcée, & la France épouvantée a laiffé fair la republique fans ofer dire un mot, & proférer un feul murmure.

Si les corps adminiftratifs, fi les gardes nationaux, ufant des droits que leur donnait la conftitution, avaient montré autant de fermeté que leurs adverfaires ont montré de fureur; fi fidèles à leur ferment, ils avaient employé la force qui était entre leurs mains pour foutenir le Roi; fi enfin par le fupplice des Marseillais, que les tribunaux n'auraient pu fe difpenfer de condamner, ils

avaient

avaient épouvanté les factieux & les brigands dont la France fourmille, ils n'auraient pas eu la honte d'être refractaires à leurs ferments. *La falutaire terreur qu'ils auraient donnée, au lieu de la recevoir aurait retenu, finon dans le devoir, au moins dans le filence, les vils agitateurs du peuple; l'anarchie qui devore la France, & qui finira par l'anéantir, aurait pu être prevenue, & la conftitution aurait exifté paisiblement, jufqu'à ce que convaincus de fon imperfection, le Roi & la nation s'en fuffent delivrés par un effort commun, & ce moment n'était peut-être pas éloigné.

Terreur & pillage, voilà les moyens & le but des mouvemens populaires. Terreur confervation font les inftrumens & les devoirs de rois, ils ne

* La convention nationale vient de juger la conduite de l'affemblée legislative: en improuvant les trois commiffaires Maur, Biroteau, & Le Cointre, qui, envoyés à Chartres pour calmer une émeute, ont taxé le pain pour éviter la mort, tandis que leur devoir était de perir plutôt que de figner la taxation, elle a prononcé l'arrêt de fes prédeceffeurs, dont le devoir était de perir plutôt que de laiffer entamer la constitution.

Quand l'on confidère que les états généraux ont detruit l'autorité des parlemens, qui les avaient demandés; que l'affemblée conftituante a detruit les états généraux; que l'affemblée legislative a renversé la conftitution; que la convention nationale a jugé à mort l'affemblée legislative; & qu'on voit la nation à fon tour menacer de la hart la convention, & la convention vouloir affaffiner le Roi, il femble lire une histoire de parricides.

doivent

doivent jamais fe laiffer prévenir; & certes, s'il appartenait a quelqu'un d'accufer le Roi de la revolution du 10 Août, & des fléaux qui en ont été la fuite, ce n'était qu'aux malheureux qu'a fait fa trop grande bonté, & non pas à ceux qui ne l'ont dethroné que pour fonder l'empire de leurs crimes, fur les débris d'une puiffance qu'il a toujours négligée *.

* Une réfléxion douleureuse se présente d'elle même a la suite du tableau que Paris & l'Europe nous offrent à present; elle eft affligeante pour l'humanité, mais elle n'en est pas moins fondée. C'est combien l'homme eft généralement une fotte espèce d'animal. Il faut des fiècles pour le conquérir, le façonner au joug de la loi, à l'empire des mœurs, à l'influence de la religion, il eft enfin bien logé, bien vêtu, bien nourri, il est heureux, il eft bride. Survient un faquin, un fripon, un Payne, un Condorcet, qui vous le débrident en 24 heures, au nom de ses droits; & foudain voila l'homme errant à l'avanture, ses châteaux se changeant en cabanes, fes vêtemens en haillons, fes outils de labourage en inftrumens de guerre; la misère, la faim, le talonnent auffitôt a peine en périffant reconnait-il fon erreur ; il faut enfuite des fiècles pour le resortir de l'état de barbarie, & le faire rentrer dans l'état de fociété, il faut facrifier la moitié des générations pour rendre l'autre heureuse, repandre des torrents de fang pour lui apprendre a vivre; & voila pourtant où nous conduifent ces plats rhéteurs qui, fuivis d'une armée de foux declarent la guerre à tous les gouvernemens. Cette philofophie, fur laquelle ils veulent tout fonder, ne tend qu'a défunir tous les hommes, allumer les paffions, propager l'égoifme, c'est un diffolvant général. Cette nature qu'ils invoquent fans ceffe, leur indique pourtant chaque jour leur fautes & leurs devoirs? En effet, que deviendrait-elle, elle même, fans le gouvernement céleste qui feconde fon fein en lui difpenfant la chaleur du midi, & la rofée

des

des nuits, & qui fait fervir à fes deffeins, la foudre & les ouragans même dont elle les afflige. Eh bien, les éxemples de tous les fiècles, de tous les jours, les leçons de l'antiquité, les loix de la nature, tout vient se brifer devant l'orgueil, & les cervaux étroits des Garat, des Grouvelle, des Siéyés, des Brifsot, il ne faut pas moins qu'un bouleversement du globe pour les convaincre que les élémens du repos, font la politique & la religion; que ce font là les feuls liens qui retiennent l'homme dans l'état de fociété, & qui l'obligent par une force phifique & morale, à éteindre toutes les paffions dans le foyer de l'obéissance & de la charitě; auffi qu'est-il refulté pour nous de leur vanité fpeculative? La vengeance divine s'eft appéfantie fur les contrées que le fer & le fen ont épargnées. Celies qui ont échappé aux ravages de la guerre, n'ont pu fe fouftraire aux horreurs de la famine; a peine quatre mois fe font écoulés depuis que le gouvernement eft détruit en France, & déjà les habitans de nos provinces les plus fertiles font reduits a vivre de choux & des pommes de terres; & bientôt ils feront condamnés à devorer le gland. Peuples de la terre, qu'un tel éxemple ne foit pas perdu pour vous, qu'il vous apprenne qu'il n'y a point de gouvernement, quelqu'il foit, abfolument mauvais ; aidez & ne detruisez pas celui qui vous regit; que la raison confervée au moins dans quelque coin de l'Europe puisse y rester en depôt pour régner encore parmi nous, & que la pofterité ne gé néralife pas le paradoxe de Boileau,

De Paris au Japon, de Pekin jufqu'à Rome,
Le plus fot animal, à mon avis, c'est l'homme.

La

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La Famille Royale à l'Assemblée Nationale, depuis le Vendredi à 10 heures, jufqu'au Lundi à midi.

LORSQUE la famille royale fut placée dans la loge du Logographe, il fut permis aux ministres, & à quelques perfonnes de la cour, de prendre place auprès de leurs majeftés. La petiteffe du local, & la chaleur fuffocante qu'il faifait ce jour-là, auraient fuffi pour les faire périr de fatigue; des dangers, des inquiétudes, des horreurs de mille efpèces s'y joignirent, & mirent cette déplorable famille à une des plus rudes épreuves que le cœur humain ait jamais eu a fupporter. Chaque coup de canon portait la mort dans l'ame du Roi, le fiflement des balles qui paffaient à dix pas de l'af. femblée, les cris des bleffés, la rage du peuple, celle des pétitionnaires qui arrivaient par tous les points de la falle, les hurlemens des tribunes, tout devait faire croire au Roi & à la Reine, que c'en était fait d'eux. On arracha la grille de fer qui féparait la loge, de l'affemblée, afin que la famille royale pût pénétrer dans la falle des députés, fi le peuple venait a forcer les corridors. Une garde de 50 hommes choifis & fidèles, faifant partie de l'escorte des Tuileries fut de fervice toute la journée du 10, & l'ordre fut affez exactement maintenu.

Le

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