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ne pouvait pas les haïr, mais elle ne pouvait plus les aimer.

Ainfi froiffé entre trois partis, dont l'un voulait rétablir le roi de France, au péril de la vie de Louis XVI; dont l'autre ne voulait point de roi en France, à quelque prix que ce fût; & dont le troifième voulait feulement un roi dépendant & efclave dans une conftitution inéxécutable, le roi devait néceffairement chercher un moyen de fortir d'une pofition fi malheureufe: car c'eft envain qu'on le diffimulerait, le roi connaiffait trop bien la conftitution pour l'aimer. Il devait défirer que l'on y apportât des modifications qui permiffent de gouverner, & de réunir fous l'étendart de la paix, les cœurs aigris & divifés de tous fes fujets. Tel fut conftamment le vou de fon cœur; s'il n'a pas pu y réuffir, c'eft-que les moyens de révifion de la conftitution fuivant les bafes décrétées, étaient, comme elle, inéxécutables. Ne pouvant y parvenir conftitutionellement, le roi dut effayer de faire demander cette révision aux départemens par des moyens doux: par celui de l'opinion; par celui de la confiance, en s'entourant des lumières des plus hommes de bien de fon royaume; par celui de l'union, en faifant prêcher partout la paix, en éloignant la guerre; & enfin par la loi, en fe rapprochant le plus poffible de la lettre de l'acte conftitutionel. La république fut plus forte que la conftitution! perfonne ne

voulait

voulait de celle-ci, tous les fripons voulaient de l'autre, & la fage politique du roi échoua.

Quant à l'opinion publique; fa Majefté ne pouvait fe tromper fur celle de tous les propriétaires de fon royaume: tous les cours tendaient d'un effort commun vers elle. Chaque-fos que l'occafion fe préfentait de lui témoigner ce fentiment, soit aux fpectacles, foit dans fon palais, ce befoin de tout bon Français devenait une fureur. On fe rappelle avec quelle affluence étaient fuivi s les pièces où brillait un peu de royalifme. On fe rappelle auffi avec quelle violence l'opéra de Richard cœur-de-lion fut profcrit par la municipalité, & avec quel foin celui d'Adrien fut étouffé avant même d'avoir été repréfenté & jugé. La démagogie ne pouvait pardonper à la folitude qui règnait aux représentations de Gracchus, de Calas, de Charles IX, & à toutes ces autres productions Jacobites de nos efprits fanx, où l'on remarquait par deffus-tout, le mauvais sens burlant en mauvais vers. Cette démagogie ne pouvait pardonner au théâtre du vaudeville qui nous reportait à notre ancien caractère. Sa gaieté fut un crime, fa loyauté un grief, le plaifir des uns commanda la rage des autres, & tous les fpectateurs penferent périr au fortir d'une représentation, fous les maffues d'une troupe échappée de la caverne Jacobite.

Le

Le roi avait encore une autre bafe pour confulter Popinion publique. Chaque parti avait fes clubs, chaque opinion fes écrivains, chaque fecte fes journalistes; cordeliers, jacobins, feuillans, monarchistes, ariftocrates, avaient chacun leurs gazettes: l'ami du peuple, le patriote Français, la gazette univerfelle, le mercure & l'ami du roi, allaient périodiquement corrompre ou careffer l'opinion de leurs lecteurs. La proportion des abonnés des trois derniers ouvrages aux deux premiers, était de 35 à 2; & le nombre des journaux modérés ou royalistes était le triple des autres. Le roi ne pouvait donc fe tromper fur le vœu général de fon royaume. Il lui fut propofé d'encourager le développemeut de cette opinion, & de combattre par des armes femblables, les traits que la faction lui lançait: fa majefté y confentit, mais en recommandant par-deffustout l'efprit d'ordre public, & le refpect pour les autorités conftituées. Alors commença la guerre des affiches; la Sentinelle d'une part; de l'autre le Chant du coq; ici l'Ami des citoyens; plus loin l'Ami de la conftitution couvrirent les murs de la capitale pendant trois mois, & fatiguèrent tout le monde fans convertir perfonne. Cette prétendue confpiration des placards eft pourtant devenue l'arrêt de mort de l'infortuné Laporte. Mais il n'eft pas tems encore de parler de la frivolité de l'accufation & du courage de l'accufé, je reviens au fecond

fecond moyen de réfiftance employé par le roi; l'influence & l'opinion des plus hommes de bien & des gens les plus éclairés de fon royaume.

Ici, il n'eft point inutile de jetter un coup d'œil fur les confeillers qui pendant cette époque furent chargés du pouvoir éxécutif.

Et d'abord, que l'on ne cherche point à faire un crime au roi de l'obligation qu'il eut d'aller chercher des miniftres parmi ceux-là qui avaient fait quelques facrifices à la révolution; remercions-le bien plutôt des choix qu'il fit, toutes les fois qu'il put fuivre fa propre volonté, & de l'impulfion qu'il donna à fon confeil. 26 miniftres fe fuccédèrent dans l'efpace de dix mois, cette fucceffion fi rapide eft déjà une preuve affez frappante de la violence qu'on lui faifait. Ces 26 miniftres formèrent quatre confeils fucceffifs. Le premier qui éxifta cinq mois & finit en mars, fut compofé

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De ces miniftres, un furtout fut éxempt de faures & fut conftamment l'homme du roi: ce fut M. Bertrand. L'hiftoire reprochera toujours à M. Duportail d'avoir follicité l'admiffion des foldats dans les clubs; à M. Thévenard, un républicanifme outré, fruit d'une vie dure & d'une éducation groffière dans un port de mer; à M. de Gerville, un athéifme féroce dont il avait l'infolence de fe targuer au confeil du roi le plus pieux; à M. Duport-du-Tertre, d'avoir fcellé l'ordre d'arrêter fon maître au mois de Juin 1791; & à M. de Narbonne, fon intrigue, fa légéreté & fon indifcrétion. Les malheurs de M Deleffart l'ont abfous de fes liaifons avec M. Necker. M. Tarbé chargé feulement de la fabrication des affignats & des fous-clothes, s'éclipfe dans la nullité de fes fonctions. Il ne reste donc que M. Bertrand dont le caractère ferme & vigoureux puifle être confervé: j'y reviendrai par la fuite, lorfque j'aurai appris qu'il a échappé aux piques des affaffins.

L'accufation de M. Deleffart entraîna la diffolulution totale du premier ministère. La faction de. Condorcet, de Briffot, & de la députation de la Gironde, impatiente de règner, préparait à la fuite du décret contre M. Delcifart la fcandaleufe acs

culation

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