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*Le moyen de croire en effet qu'un homme d'état, estime de son siecle , pour le plaisir de diffamer ceux qui l'avoient comblé de biens , ait voulu se diffamer lui-même, en réduisant la postérité au choix, de le regarder comme un calomniateur atroce, ou comme un lâche adu. lateur ? Le moyen de croire qu'un Ecri. vain, jusque-là 'si judicieux, eut perdu le sens & la pudeur, au point de vouloir qu'on prit, sur la parole, pour un homme ébêté, pour in rustre imbécile (a), Justin, ce fage & vertueux vieillard, qui, de l'état le plus obfcur & des plus bas emplois de la Milice, étant inonté aux plus hautes grades par la valeur & ses talens, 4voit fini par réunir les vocux du Sénat, du peuple & des arınées, & par être élu Empereur ? Le moyen de croire qu'un homme qui avoit écrit l'histoire de son tems avec tant d'honnêteté, de décence & de fageffe , ait pu dire de Justinien, qu'il étoit stupide & paresseux comme un åne, qui se laisse mener par le licou, en se couant les oreilles (b); que ce n'étoit pas un

ra) Insignis bomo fto'iditatis, funmd cum infan. tid Juinmâque cum ruslicitate conjunate.

(6) Nam mirè ftolidus fuit, & lento quam fimil. linus' afino, capiftro facile irabendus, cui &aures Subinde agitarentur.

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qu'après avoir fait de Bélisaire un Héros

homme, mais une furie (a); que fa mere elle-même se vantoit d'avoir eu commerce as vec un démon, avant d'être grolle de lui(b); & qu'il avoit fait tant de maux à l'Empire, que la mémoire de tous les âges n'en avoit jamais raljemblé de parcils, ni en si grand nombre (c)? Le moyen de croire accompli, triomphant & comblé.de gloise, il ait osé le donner ensuite pour un méchant imbécile , méprisé de tout le monde, & bafoué comme un fou (d); & cela dans le teins de la plus grande gloire, lorsqu'il fut chargé de sauver l'Empire, en chas. fant les Huns de la Thrace?

Ceux qui, dans le grec des Anecdotes, ont cru reconnoître le style de Procope y ont-ils reconnu son bon sens ? Je le

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(a) Quod vero non bomo, sed, sub bumana specie , furia vifus fit Juftinianus, documento elle pol'unt ingentia quibus affecit bomines mala : quire enine ex® atrocitate facinorum Autoris virium immanitas palam fiat.

(b) Eo gravida antequam efl'et , quandam genti Speciem ad fe ventitale, quæ non ad vifum , fed ad contattum se preberet, accubaretque fibi, & quas maritus se conjugem iniret.

(c) Is denum fuit Romanis tot tantorumqile malorum Autor , quot & quanta audita non funt ex ongni superiorum ætatum memoria.

(d) Tunc enim vero contemni ab omnibus & velu. ti demens fubfannari.

suppose ingrat, méchant, furieux contre ses bienfaiteurs ; est-ce par des déclamations puériles qu'il auroit voulu rétracter & les éloges, & les faits sur lesquels ils étoient fondés ? L'historien Procope fe feroit ainulé à prouver en forme que Ju. ftinien & fes Ministres n'étoient pas des hommes, mais des démons , qui, sous des figures huinaines, avoient bouleversé la terte (a)! Je le croirois à peine capable de cette ineptie, quand tous les Ecrivains de son tems me l'attesteroient; à plus forte raison né le croirai-je pas sur le témoigoage équivoque d'un seul home, qui a vécu cinq cens ans après lui..

Je n'ai donc vu Procope que dans son histoire authentique. C'est là que je l'ai consulté; c'est-là que j'ai pris le caracte. re de mon Héros, la modestie, fa bonté, son affabilité, sa bienfaisance, son extreme fimplicité, sur-tout ce fond d'humanité qui étoit la base de ses vertus, & qui le faisoit adorer des peuples. Erat igitur BiSantinis civibus voluptati Belisarium intueri in forum quotidie prodeuntem.... Pula

(v) Hi nunquam bomines (mibi) viss funt fed perBiciosi demones.... Humanas induti formas, quas femal bomines furiæ, fic universuim terrarum orberus corto qulferins.

chritudo hunc magnitudoque corporis honeftabat. Humilem præterea se , benignumque :adeo , atque aditu obviis quibusque perfacilem exhibebat ut infime fortis viro perfimilis videretur..... In suos præcipuè milites munificentid cæteros antęibat..... Erga agricultores , agrestefque homines, tant d hic indulgentid ac providentid utehatur, ut Belisario du&tante exercitu, nullam bi vim paterentur. ' Segetes insuper , durniz in agris maturefcerent, diligentiùs tuebatur, ne forte equorum greges has devastatent ; frugesque cæteras, invitis dominis, - suos attingere prohibebat. Proc, De Belt: Goth. L. 3.

BELISAIRE.

CHAPITÀ E PREMIER D

épuisé par de longs efforts, approchoit de fa décadence. Toutes les parties de l'administration écoient négligées : les loix étoient en oubli, les finances au pillage, la discipline mili. taire à l'abandon. L'Empereur, lase de la guer: Te, achetoit de tous côtés la paix au prix de l'or, & laisfoit dans l'inaction le peu de Troupes qui lui restoient, comme inutiles & à charge

l'Etat. Les Chefs de ces Troupes délaissées se dillpoient dans les plaisirs ; & lá challe, qui leur retraçoit la guerre, charmoit l'ennui de leur oisiveté.

Un soir, après cet exercice, quelques . uns d'entr'eux loupoient ensemble dans un Château de la Thrace, lorsqu'on vint leur dire qu'un vieillarit aveugle , conduit par un enfant, demandoit l'hospitalité. La jeunesse est compatisfante; ils firent entrer le vieillard. On étoit en automne; & le froid, qui déja fe faisoit sentir, l'avoit faili: on le fit affeoit près du feu.

Le souper continue ; les esprits s'animent; on commence à parler des malheurs de l'Etat. Ce fut un champ vaste pour la censute; & la vanité mécontente se donna toute liberté. Chacun exagéroit ce qu'il avoit fait, & ce qu'il auroit

À

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