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Il conserva jusqu'à la fin une santé forte et robuste, qui était le fruit de la vie sage et frugale qu'il avait toujours menée. Et au lieu que ceux qui s'abandonnent à la crapule et aux debauches ressentent souvent toutes les incommodités de la vieillesse, lors même qu'ils sont encore jeunes ; Cyrus, dans un âge fort avancé, avait encore toute la vigueur de la jeunesse.

Sentant approcher le jour de sa mort, il fit venir ses enfants, car ils l'avaient suivi dans ce voyage, et assembla les grands de l'empire. Après avoir remercié les dieux de toutes les faveurs qu'ils lui avaient accordées pendant sa vie, et leur avoir demande une pareille protection pour ses enfants, pour ses amis, pour sa patrie, il declara Cambyse, son fils aîné, son successeur, et laissa à l'autre, qui s'appelait Tanaoxare, plusieurs gouvernements fort considérables. Il leur donna à l'un et à l'autre d'excellents avis , en leur faisant entendre que le ferme appui des trônes n'était ni la vaste étendue des pays , ni le grand nombre des troupes, ni les richesses immenses, mais le respect pour les dieux, la bonne intelligence entre les frères, et le soin de se faire et de se conserver de fidèles amis. « Je vous « conjure donc, leur dit-il, mes enfants, au nom des a dieux, de vous porter respect l'un à l'autre, si vous « avez encore quelque envie de me plaire à l'avenir; « car je ne pense pas qu'à cause que vous ne me verrez « plus après ma mort , vous estimiez que je ne sois plus « rien. Vous n'avez pas vu mon ame jusqu'à-présent :

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I« Cyrus quidem apud Xenophontem eo sermone , quem moriens habuit, quum admodum senex esset, negat se unquam sensisse senectu

Tome II. Hist, anc.

tem suam imbecilliorem factam, quàm adolescentia fuisset. » (Cic.de Senect, n. 30.)

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« vous n'avez pas laissé de connaître, par ses actions, « qu'elle existait veritablement. Pensez-vous que l'on a continuât d’honorer ceux de qui les corps ne sont « plus que cendre, si leurs ames n'avaient plus aucune « puissance? Non, non, mes enfants, je n'ai jamais pu « croire que l'ame vécût tandis qu'elle est dans un corps « mortel, et qu'elle mourût lorsqu'elle s'en sépare. Que « si je me trompe, et qu'il ne reste plus rien de moi « après ma mort, du moins craignez les dieux qui ne « meurent point , qui voient tout, et de qui la puissance « est infinie; craignez-les, et que cette crainte vous « empêche de rien faire jamais, ni même de rien mettre « en delibération qui soit contraire ou à la religion ou « à la justice. Après eux, craignez les hommes et les « siècles à venir. Les dieux ne vous ont point cachés « dans l'obscurité, mais vous ont exposés sur un grand « théâtre à la vue de tout l'univers. Si vos actions sont « pures et droites, soyez certains que vous en serez et « plus honorés et plus puissants. Pour mon corps, mes « enfants, lorsqu'il sera privé de vie, ne l'enfermez ni « dans l'or, ni dans l'argent, ni dans quelque autre «« matière que ce soit. RENDEZ-LE PROMPTEMENT A LA « TERRE. Y a-t-il rien de plus heureux que d'être mêle, « et en quelque sorte incorporé à la bienfaitrice et à la « mère commune de tous les hommes ? » Après avoir donné sa main à baiser à tous ceux qui étaient présents, se sentant defaillir, il prononça encore ces dernières paroles : « Adieu, mes chers enfants ; puissiez-vous « mener une vie heureuse! portez de ma part ce dernier « adieu à votre mère. Et vous, mes fidèles amis, tant « absents que présents, recevez mes derniers adieux, et « vivez en paix. » Après avoir dit ces paroles, il se

couvrit le visage, et mourut également regretté de tous An. M. 3475.

Av.J.-C.529. Ise peuples.

L'ordre que donne Cyrus en mourant de RENDRE SON CORPS A LA TERRE me paraît bien remarquable. Il regarderait son corps comme avili et dégradé, si on le couvrait d'or ou d'argent. Il veut qu'on le RENDE à la terre. Où ce prince païen a-t-il appris qu'il en tirait son origine ? Voilà de ces traces précieuses d'une tradition aussi ancienne que le monde. Cyrus , après avoir fait du bien à ses sujets pendant toute sa vie, demande d'être incorporé à la terre, cette bienfaitrice du genre humain, pour perpétuer ce bien, en quelque sorte, même après sa mort.

Éloge et caractère de Cyrus. On peut regarder Cyrus comme le conquérant le plus sage et le prince le plus accompli dont il soit parlé dans l'histoire profane. Aucune presque des qualités qui forment les grands hommes ne lui manquait : sagesse, modération, courage, grandeur d'ame, noblesse de sentiments, merveilleuse dextérité pour manier les esprits et gagner les caurs, profonde connaissance de toutes les parties de l'art militaire autant que son temps le comportait, vaste étendue d'esprit soutenue d'une prudente fermeté pour former et pour exécuter de grands projets.

Il est assez ordinaire à ces héros qui brillent dans les combats et dans les actions guerrières, de paraître trèsfaibles et très-médiocres dans d'autres temps, et par rapport à d'autres objets. On est étonné, quand on les voit seuls et sans armées, combien il y a de distance entre un général et un grand homme; combien , dans

le particulier, ils conservent de petitesses et de bas sentiments; combien ils sont dominés par la jalousie et gouvernés par l'intérêt; combien ils se rendent desagréables et même odieux, par une fierté et une hauteur qu'ils croient nécessaires pour conserver leur autorité, et qui ne servent qu'à leur attirer le mépris.'

Cyrus n'avait aucun de ces défauts. Il paraissait toujours le même, c'est-à-dire toujours grand, jusque dans les plus petites choses. Sûr de sa grandeur, qu'il savait maintenir par un mérite réel, il ne songeait qu'à se rendre affable et d'un facile accès ; et le peuple lui rendait dans le fond de son cæur, par des sentiments d'amour et de respect, beaucoup plus qu'il ne quittait pour s'abaisser jusqu'à lui.

Jamais prince ne posséda mieux que lui l'art des insinuations, si nécessaire pour le gouvernement, et si peu pratiqué. Il savait en perfection ce que peut un mot placé à propos , une manière obligeante, une raison mêlée au commandement, une grace accompagnée d'un éloge, un refus adouci par des termes honnêtes. Son histoire est pleine de ces traits.

Il était riche dans une sorte de bien qui manque à la plupart des souverains, qui ont tout excepte des amis fidèles, et à qui l'abondance et l'éclat qui les environnent cachent cette secrète indigence. Cyrus était aimé parce qu'il aimait lui-même”;car, quand on n'aime point, a-t-on des amis ? et mérite-t-on d'en avoir? Rien n'est plus beau que de voir dans Xenophon comment il vivait et conversait avec ses amis, retenant de la dignité avec eux tout ce qui était nécessaire aux bienseances, mais infiniment éloigné d'une mauvaise fierté qui prive

! « Habes amicos, quia amicus ipse es. » ( Paneg. Traj.)

cap. 26.

les grands du plus innocent plaisir de la vie, en leur ötant celui d'un commerce doux et aimable avec des personnes de mérite, quoique d'une condition trèsinférieure.

L'usage qu'il faisait de ses amis est un modèle parfait Plat. lib. 3, pour tous ceux qui sont dans les premières places. Ils avaient reçu de lui, non-seulement la liberté, mais un commandement exprès de lui dire tout ce qu'ils pensaient. Quoique beaucoup supérieur en lumières à tous les officiers, il ne faisait rien sans les consulter; et soit qu'il s'agit de réformer quelque chose dans le gouvernement, ou de faire quelque changement dans les troupes, ou de former quelque entreprise, il voulait que tout le monde dît son sentiment, et souvent il en profitait; bien différent de celui dont Tacite dit, qu'il Hist. lib. 1, lui suffisait, pour se déclarer contre les meilleurs avis, qu'ils ne fussent pas venus de lui : consilii, quamvis egregii, quod ipse non afferret, inimicus., Cicéron remarque que, pendant tout le temps de son L. 1, epist. 2

ad Quint. gouvernement, il ne lui échappa jamais une seule parole fratr. de colère et d'emportement : cujus summo in imperio nemo unquàm verbum ullum asperius audivit. Ce petit mot est un grand éloge pour un prince. Il fallait que Cyrus, au milieu de tant d'agitations, et malgré l'enivrement de la puissance souveraine, fût bien maître de lui-même pour conserver toujours son ame dans une assiette calme et tranquille, sans qu'aucun contre-temps, aucun accident imprévu , aucun mécontentement pût donner atteinte à sa douceur, ni lui arracher aucune parole dure ou offensante.

Mais ce qu'il y avait en lui de plus grand et de plus Xenoph.' veritablement royal, c'est l'intime conviction où il était

1.

I,

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