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Et

expressément qu'ils ne donneroient à ses enfans que ce qu'il leur plairoit. Dès qu'il fut mort, le Couvent s'em. para de tout le bien. Les pauvres enfans du défunt s’adresserent au duc d'Ollone, viceroi de Naples, & le prierent de leur faire accorder quelque chose. Ce Seigneur, touché de leur infortune , fit venir les Bénédictins, & leur demanda ce qu'ils vouloient donner à ces enfans? Les bons peres lui répondirent : « Huit mille » livres. que vaut le bien que vous retenez? » répliqua le Duc. Les Bénédictins répondirent qu'il pouvoit valoir environ cent mille francs. Mes peres,dit alors le Duc, » il faut suivre l'intention du testateur, qui a été, » que ses enfans auroient ce qu'il vous plairoit; &, par » conséquent, il faut leur remettre ces cent mille francs"; » car je vois qu'ils vous plaisent beaucoup. » Les moines voulurent répliquer; mais le Duc, fans les écouter, fit exécuter sur le champ sa sentence.

6. Une mere refusoit de reconnoître son fils qui revenoit, fort changé, d'un long voyage. Toutes les informations faites , la chose restoit encore douteuse. Enfin l'affaire fut portée devant le tribunal de l'empereur Claude , qui, ne pouvant appercevoir la vérité au travers des nuages dont la passion l'avoit envelopée , eut recours à cet expédient pour la découvrir: il ordonna à cette femme de prendre pour époux celui qu'elle ne vouloit pas reconnoître pour son fils. Cet arrêt fut un coup de foudre, & la mere, jusques-là fropiniâtre, avouant tout-à-coup la vérité, céda a l'hora reur d'un tel inceste.

7. Un Espagnol , étant en procès pour une jeune elclave qu'il avoit à son service, demanda que

son affaire fut décidée par l'autorité d'Alphonse V, roi d'Arragon, qui ne faisoit que de commencer de régner. Voici ce dont il s'agissoit. Les loix en Espagne accordent la liberté aux femmes esclaves qui auront eu des enfans de leurs maîtres. En vertu de cette loi, l'esclave de l'Espagnol demandoit à être déclarée libre , prétendant avoir eu un enfant de son maître; mais, comme le maître craignoit beaucoup de perdre son esclave, il affuroit toujours qu'il n'avoit jamais eu avec elle aucun commerce,

&

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& que l'enfant n'étoit point à lui. Celle-ci, cependant, affirmoit le contraire. Dans cet embarras, Alphonse décida, comme Salomon , que l'enfant seroit vendu publiquement sur la place , & adjugé au plus offrant. Le jugement étoit sur le point de s'exécuter , lorsque le pere, sentant tout-à-coup réveiller fa tendresse, ne pur retenir ses larmes, & réclama l'enfant. Alphonse , sur le champ, le lui fit rendre , &, en même tems , déclara que l'esclave étoit libre.

8. Deux dames de qualité étant en dispute pour le pas dans une église, l'empereur Charles-Quint évoqua cette affaire à lon tribunal. Après s'être fait expliquer les raisons, de part & d'autre : « Que la plus folle des » deux passe la premierè , dit-il. » Ce jugement termina les ridicules prétentions des deux rivales, qui ne s'aviserent plus de disputer sur le pas.

9. Une jeune fille de Boulogne en Italie ayant demandé, en justice, la réparation des violences qu'un jeune homme avoit exercées contre elle , & celui-ci traitant l'accusation d'impofture, on ne laissa point de le condamner à une amende considérable , parce que la plainte devoit prévaloir sur la justification de l'accusé, qui se contentoit de nier le fait. La somme fut comptée en pleine audience, & mise entre les mains de la fille, qui la serra fort soigneusement, & même avec joie. Un moment après, le magiftrat permit au garçon de la lui enlever de force , s'il le pouvoit. Ses efforts furent inua tiles ; & la fille fut amenée devant le juge, auquel elle alloit se plaindre de ce que le condamné vouloit lui ravir son Vous l'a-t-il pris, demanda le juge ? » Non vraiment, répondit-elle ; &, tant que je respi» rerai, il ne le prendra jamais. Ma fille, reprit le » juge , je vous condamne maintenant à le rendre : fi »vous eussiez gardé votre honneur avec autant de soin, » jamais on ne vous l'eût ravi. Allez, & que cette leÝ çon vous rende sage à l'avenir. »

10. Un riche marchand de Nuremberg vint', un jour, se plaindre à l'empereur Rodolphe I, qu'ayant donné à garder à fon hôte fa bourse, où il y avoit environ cent florins, & , l'ayant voulu retirer, l'hôre, avoit nie D. d'Educ. T. II.

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argent: «

texte,

le dépôt , parce qu'il n'y avoit pas de témoins. Cet hôte étoit riche, un des premiers de la ville , & ne pou: voit être aisément convaincu. L'occasion seule étoit ca. pable de le confondre. Un jour que les députés de Nuremberg se présenterent à l'audience de l'Empereur , Rodolphe reconnut l'hôte parmi eux. Il s'approche de lui ; & , examinant sa parure : « Vous avez , lui dit-il, » un assez beau chapeau; troquons. » L'hôte, avec joie, présente aussi-tôt son chapeau, & reçoit celui de l'Empereur. Rodolphe fort de la salle , lous quelque pré

& ordonne à un bourgeois qu'il rencontre d'aller, de la part de l'hôte, demander à sa femme la baurse où étoit le dépôt que le marchand avoit désigné, & de lui montrer le chapeau, pour preuve de fa misfion. L'hôteffe , à ce ligne, remet la bourse au bourgeois, qui la rapporte à l'Empereur. Il rentre dans la salle avec le marchand qu'il avoit fait appeller, & fait de nouveau plaider la caule à son tribunal. L'hôte infidèle affirme encore, avec serment, qu'il n'a point la bourse. Rodolphe indigné la lui présente; la remet au marchand, & condamne l'hôte à une grosse amende.

11. Un marchand avoit perdu une bourse remplie d'une fomme confiderable, & d'un bon nombre de pierreries; &, pour la retrouver plus facilement, il fit publier qu'il en donneroit la moitié à celui qui la lui rapporteroit. Un Mahoméran, qui l'avoit trouvée, la loi porta ; mais il ne voulut lui rien donner, disant

que

le tout n'y étoit pas. L'affaire alla jufqu'à Octaï-Khan empereur des Tartates , qui voulut en prendre connois fance. Le Mahometan jura que la bourse étoit en fon entier, & qu'il n'en avoit rien pris ; & le marchand foutint, par ferment, qu'il y avoit plus d'argent & plus de pierreries. Oftaj-Khan prononça, & dit au Mahomée tan : « Emportez la bourse , & gardez-la jusqu'à ce que w celui à qui elle appartient vienne vous la demander. » Pour le marchand, qu’ibaiile chercher ailleurs ce qu'il* » a pendu; car, de son propre aveu, la bourse n'est pas » à lui. »TS

12. Un marchand Chrétien ayant confié à unchamelier Turc un certain nombre de balles de foie , pour les voi

ne put

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turer d'Alep à Constantinople , fe mit en chemin avec lui; mais, au milieu de la route, il tomba malade , &

suivre la caravanne, qui arriva long-tems avant lui. Le chamelier , ne voyant point venir lon homme, au bout de quelques semaines, s'imagina qu'il étoit mort; vendit les soies , & changea de profession. Le marchand Chrétien arriva enfin, le trouva, après avoir perdu bien

tems à le chercher , & lui demanda fes marchandises. Le fourbe feignit de ne le pas connoître, & nia d'avoir jamais été chamelier. Le Cadi, devant lequel cette affaire fut portée , dit au Chrétien: « Que » demandes-tu ? --- Vingt balles de soie , répondit-il, » que j'ai remises à cet homme. Que réponds-tu à » cela', dit le Cadi au chamelier ? Je ne sçais ce qu'il » veut dire avec ses balles de soie & ses chameaux; je » ne l'ai jamais ni yu ni connu.» Alors le Cadi , se tournant vers le Chrétien, lui demanda quelle preuve il pourroit donner de ce qu'il avançoit. Le marchand n'en put donner d'autre, finon que la maladie l'avoit empêché de suivre le chamelier. Le Cadi leur dit à tous deux qu'ils étoient des bêtes , & qu'ils se retirassent de fa prélence. Il leur tourna le dos; &, pendant qu'ils fortoient ensemble, il se mit à une fenêtre , & cria allez haut : « Chamelier, un mot. » Le Turc aussitôt tourna la tête , fans fonger qu'il venoit d'abjurer cette profession. Alors le Cadi, l'obligeant de revenir sur ses pas, lui fit donner la bastonnade , & avouer la fripponnerie. Il le condamna à payer au Chrétien fa foie, &, de plus, une amende considérable , pour le faux-ferment qu'il avoit fait.

13. Un Turc prêta cent écus à un Chrétien, à condition que, s'il ne lui rendoit cette fomme dans un tems qu'il fixa , il lui pourroit couper deux onces de chair. Le Chrétien , au terme expiré, ne put pas payer. Le Turc, plein de colère, vouloit exécuter la peine convenue; & le Chrétien s'efforçoit de s'en affranchir. Ils furent traduits tous deux devant Amurat I, qui essaya d'abord de concilier le débiteur avec le créancier; mais l'inflexible Turc ne voulut rien accorder. Alors le Grand-Seigneur, pour le punir de fan inhumaine obfti.

nation, lui permit de couper les deux onces de chair, mais à la charge , s'il excédoit ce poids , de fubir la même peine. Ce jugement effraya l'implacable Mululman : aussi-tôt il se délista de ses poursuites , & remit fa dette au malheureux Chrétien.

14. Un peintre étant convenu avec un marchand de représenter, en petit, un cheval, le plus furieux qu'on le pourroit peindre , sans selle , ni mords, ni bride , le peintre représenta ce cheval si fort au naturel, & fi furieux, qu'il faisoit peur aux chevaux véritables mais avec une selle , une bride, & un mords. Là-dessus le marchand prétendit qu'il n'étoit point obligé de payer le tableau. Le peintre le traduit en justice : enfin le, juge lui ordonna de compter à l'artiste la somme convenue , parce que, dit-il , il étoit fort difficile de retenir un cheval si furieux, en un lieu si étroit, sans mords ni bride.

15. Des chanoines ayant fait réparer dans leur église une chapelle dédiée aux ames du Purgatoire, le sculpteur , qui en fit la représentation en bas-relief, plaça directement au milieu de ses figures , l'effigie du pere prieur d'un couvent voisin. Elle étoit fi reflemblante que personne ne s'y méprit : le pere s'y reconnut luimême. Aussi-tôt il en porte ses plaintes aux chanoines, qui font venir le sculpteur, pour délivrer sa révérence des flammes du purgatoire. L'artiste s'en défend, sous prétexte qu'il ne peut toucher à son ouvrage, fans le gâter. Le révérend pere, peu content de cette défaite , croit qu'il y va de son honneur de se plaindre à l'archevêque. Le prélat demande au sculpteur si cette ressemblance est un effet du hazard : « Non, Monfei» gneur , » répond-il. --- Eh bien ! il faut donc détruire » cette figure , puisqu'elle outrage celui qu'elle repré» sente. --- Je m'en garderai bien , Monseigneur ; & » vous m'approuverez , sans doute. Le Carême passé, » M. le prieur, dans un de ses sermons, prouva, d'une » maniere invincible, que ceux qui retiendroient le bien » d'autrui , seroient détenus dans les flammes du Pur» gatoire, jusqu'à ce qu'ils eussent payé leurs dettes : » or il y a plus de deux ans qu'il me doit cent écus,

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